‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 386 sur 518 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Prières (te U liturgie atliibuée è saint ClirrseetSine : ce

((u'H rapporte loi-mSoie de la liturgie de son tempe, et

les rénexions qu'd éut dessus.

Dans la liturgie attribuée à saint Chrysostême , mais plus ancienne que lui dans son fond , du moins en beaucoup d'endroits , comme il parait par Ini-mème, un fait les mêmes prières, et par la bouche du diacre les mêmes eabortations que BOUS avons vues ; ce qui se pratique aussi unanimement dans les autres liturgies. On demande donc en celle<i , que Dieu nous donne une vie pure de péché, que nous passions le reste de notre vie dans la pénitence ‘ ; et sur les catéchumènes en particulier : Fidèles, dit le diacre’, prions pour eux, que Dieu leur révèle son Évangile, qu’il les amène à l'Église. Ce n'est pas pour dire qu’ils n'y viendront pas par leur libre arbitre ; mois on prie Dieu de s'en rendre maître, de les conserver, de les défendre, de tes garder par sa grâce. Encore en un autre endroit^ : Prions que Dieu les effermisse et les confirme dans le bien. Quel bien ne demande-t-on pas pour eux? Éclaire c-les par lafoi, fortifie Srles par Cespérance, petfeclionncz-les parla charité. C'est toujours l'effet qu’on demande, quoiqu’on sache que cet effet dépend du libre arbitre ; parce qu'on «dt que Dieu le fléchit. On dit , dons ic même esprit pour lesiidèlest : Purifieznos livres qui vous louent; retenez nos mains ; faites qu’elles s' abstiennent des mauvaises œuvres , et qu'elles fassent les bonnes; on ne veut pas que Dieu prenne nos mains par force; mais qu'il règne sur le libre arbitre , au pouvoir de qui il les a mises. Nous en truuverons davantage sur le sujet des catéchumènes dans saint Cbryiostême ; et on sera bien Bise d’entendre ce qu'il nous rapporte des prières de l'Église, dans la seconde homélie sur la seoonde épitre aux Corinthiens , avec les réflexioos qu'il fait dessus.

On y trouvera d.'abord les mêmes demandes que nous avons déjà vues dans la messe attribuée à ce Père ; mais on les y trouvera bien plus éten-

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dues et plus Inculquées dans cette longue prière que saint Chrysostême récite. Les Grecs comme les Latins dans la suite des temps, et quand le zèle s'est ralenti , ont aeeonrei leur office ; mais ils n'ont pas pour cela changé leur doctrine, ni le fond de leurs prières.

Le diacre disait donc ainsi ; Prions pour les catéchumènes. C’était là cette exhortation dont saint Augustin nous a parlé , qui précédait la prière; c’est ce célèbre obbhus, prions, <pjl se répète encore si souvent panni nons. Que cette exhortation se fasse ou par les prêtres , ou par 1rs diacres, il n'importe ; et l’intention de la prière qui demande à Dieu, non pas un simple pouvoir, mais avec le pouvoir l'effet et l'actuelle conversion , y est toujours également marquée. Car voici une des demandes ' : Prions que Dieu sème sa cmi’nfe dans leurs cœurs { dans le cœur des catéchumènes) ; et voici la réflexion de saint Chrysostême : Ce ne serait pas a.rsez que Dieu semât seulement, si celte semence était de celtes qu’on jette sur le chemin ou sur des rochers, où elle ne prit pas : ce n’est pas aussi cela que nous demandons pour les catéchumènes; mais qu’il se fasse en etix des sillons par lesquels celle semence céleste entre bien avant, en sorte que renouvelés dans le fond de l’âme, non-seulement ils la reçoivent, mais encore qu’ils la retiennent avec soin : voilà , dit-il , ce que nous demandons. Or cela n’est antre chose que demander le consentement intime et profond , qu'on demande comme l'effet de la grêce, selon la remarque de saint Chrysostême ; ce qui aussi , poursuit-il , se confirme par la demande suivante : Prions Dieu qu'il affermisse la foi dans leurs cœurs; c’està-dire, dit saint Chrysostême, qu’elle n’y demeure pas seulement, mais qu’elle y jette de profondes racines ; ce qu’on ne fait qu’en y consentant et en la recevant de tout son coeur. Cest donc, encore un coup, rela qu’on demande; et c’est pourquoi il continue : que Dieu leur révèle f’^ivingl/c/surquoisaintChrysostêmc fait cette observation ; Cest qu’on voit dans cette prière comme deux voiles sur l’Évangile, pourCempêeher de se découvrir à nous ; l’un , si nous fermons les yeux; l’autre, si on ne nous le montre pas. Car, poursuit-il , quand nous serions disposés à le recevoir, il nous sera inutile, si Dieu ne nous le découvre ; et quand Dieu nous le découvrirait, il ne nous apporterait aucun fruit, si nous le rejetions ; nous demandons donc l’un et l’autre, c'est-à-dire , qu'il nous montre l'Évangile et qu'il nous empêche de le rejeter ; ou comme l'explique ce Père , et que Dieu y ouvre les cœurs, et qu’il découvre l’Évangile :

( llfm. If, tn U. oà Cor. p. ti7.

ET DES SAINTS PEtlES. LIV. X.

qui e$t demander, non-seulemait oe qui vient du cAté de Dieu , mais encore ce qni vient du nMre, c’est-à-dire , notre libre consentement. Ilest pourtant vrai, dit ce Père, qu’on n’ouvre pae let yeux, si on ne veut auparavant tes ouvrir ; mais il vient de trouver dons la prière , qu’il faut demander à Dieu qu'on le veuille , et qu’on le veuille si bien que l'Évangile ne soit pas seulement proposé , mais encore reçu.

Lre autres demandes sont, que Dieu donne aux catéchumènes un esprit possédé de lui , et tout divin de chastes pensées, une sainte vie : qu’il leur soit donné de penser continuellement à lui , de s’en occuper, et de méditer sa loi nuit et jour’ ; toutes choses qui ne se font que par l’exercice du libre arbitre : exercice par conséquent qu’on demande à Dieu , quand on lui demande ces choses. Qu’y o-t-il qu’on fasse pins par son libre arbitre, que de s’abstenir du péché? Hais c’est encore cela même qu’on demande à Dieu avec plus d'attention que tout le reste. Prions Dieu, dit-on , avec encore plus d’attention , que Dieu les délivre de tout mal, de tout péché, de toute la malice de Tennemt.Quiest celui qui, en faisant cette prière , veut seulement demander le pouvoir de ne pécher pas , qu'il a d^à , s'il est justifié ; et qui ne sent , au contraire , que ce que demandent les plus justes, et ce qu'il faut demander, est qu’en effet on ne pèche point ; et que Dieu , qui tient en sa main notre libre arbitre, le conduise de telle sorte , qu’il ne s’égare jamais de la droite voie , et que la tentation ne prévale pas?

Cest aussi oe que Jésus-Christ nous a lui-méme appris àdemander, comme nous verrons bientét ; mais oe n’est pas ce que nous avons à considérer : nous en sommes à remarquer un fait constant dans les prières de l’Église, que ce qu'elle demande pour scs enfants est l'effet et le bon usage actuel de leur libre arbitre; c’est-à-dire, oe qu’il y a de plus libre en nous, ou plutét précisément ce qni nous fait libres.

Pendant qu’on faisait ces prières , les catéchumènes étaient prosternés : tous les fidèles répondaient Amen *. C’était donc la fol commune de tous les fidèles qu’on y venait d’énoncer : or on y venait d’énoncer le tout-puissant effet de la grâce. Cotait donc la foi de l’Église autant en Orient qn’cn Occident ; et saint Prosper a raison de dire avec saint Augustin, que la loi de prier établissait ce qu’il fallait croire.

M. Simon reprend ce saint homme de ce qu’il établit la grâce efficace par cette manière secrète dont on entend an dedans le Père céleste , et dont on y apprend sa vérité. Mais saint Chrysostéme

> ut. Prêt- p. 51*.

, • me.

l'explique de même, en montrant que ceux-là apprennent et sont véritablement enseignés de Dieu ', à qui a a mis dans le coeur, selon Cexpression du prophète, une oreille qui écoute; puisqu'ttlors ce n’est point des hommes, ni du maître qui est sur la terre, qu’on apprend: mais on est enseigné de Dieu, et Cinstruction vient d’en haut; ce qu’il prouve par ce qu’on ajoute dans la prière : et que Dieu répande au dedans la parole de vérité; au dedans, dit-il , parce qu’on n’apoint véritablement appris jusqu’à ce qu’on ait appris de cette sorte , qui est aussi précisément ce qu’enseigne saint Augustin, et ce qu’il prouve par les mêmes passages, tant des prophètes -que de l'Évangile, le confirmant par ce bel endroit de sîûnt Paul “ : Je n’ai pas besoin de vous instruire sur la charité fraternelle, puisque vous avez déjà appris de Dieu à vous aimer tes lin* les autres : car vous le faites ,- ce qui montre , dit saint Augustin, que le propre effet de cette grâce spéciale, par laquelle Dieu nous enseigne, est qu’on en vienne à l'effet : et c’est aussi ce que la prière apprenait à saint Chrysostéme.

Et tant s'en faut que ce saint docteur soupçonnât que cette prière, et la vertu de la grâce qu’on y demandait , affaiblissent le libre arbitre , qu’il s’en sert au contraire pour l’établir; puisqu'il trouve tout ensemble dans la prière , et l'instruction de ce qu'on doit (hire librement pour plaire à Dieu , et le secours qu’on doit demander pour l’exécuter. On verra dans tout le discours de saint Chrysostéme , qu'il fbit toujours marcher ensemble ces deux choses ; et saint Augustin n’a pas un autre esprit, lorsqu’il enseigne que ie commandement et la prière sont unis ensemble : puisque nous ne devons demander à Dieu que ce qu'il commande , comme il ne commande rien que ce dont il iMnis ordonne de lui demander l’actuel accomplissement; en sorte, dit-ll, que le précepte n’est qu’une invitation à prier, comme la prière est le moyen sfir d’obtenir l’accomplissement du précepte.

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