‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 84 sur 518 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les révotulioos des empires ont des csiises particulières que les princes doivent étudier.

Mais ce qui rendra ce spectacle plus utile et plus agréable , ce sera la réAexion que vous ferez , non-seulement sur l'élévation et sur la chute des empires , mais encore sur les causes de leur progrès et sur eelles de leur décadence.

Car ce même Dieu qui a fait l'enchaînement de l'univers , et qui , tout-puissant par lui-même , a voulu, pour établir l’ordre, que les parties d'un si grand tout dépendissent les unes des autres ; ce même Dieu a voulu aussi que le cours des choses humaines eût sa suite et ses proportions : je veux dire, que les hommes et les nations ont eu des qualités proportionnées à l'élévathm à laquelle ils étaient destinés ; et qu'à la réserve de certains coups extraordinaires , où Dieu voulait que sa main parût toute seule , il n'est point arrivé de grand changement qui n'alt eu ses causes dans les siècles précédents.

Et comme dons toutes les affaires II y a ce qui les prépare , ce qui détermine à les entreprendre, et ce qui les fait réussir, la vraie science do l'histoire est de remarquer dons chaque temps ces secrètes dispositions qui ont préparé les grands changements , et les conjonctures bnportantes qui les ont fait arriver.

En effet , il ne sufAt par de regarder seule-

SLR L’HISTOlhE UNIVERSELLE.

ment devant scs yeux , c'cst-à-dire, de considérer CCS )^nds événements qui décident tout à coup de la fortune des empires. Qui veut entendre à fond les choses humaines , doit les reprendre de plus haut ; et il lui faut observer les inclinations et les mœurs , ou , pour dire tout en un mut , le caractère , tant des peuples dominants en général que des princes en particulier, et enfln de tous les hommes extraordinaires, qui par l'importanee du personnage qu'ils ont en à faire dans le monde , ont contribué , en bien ou en mal , au changement des États et A la fortune publique.

J'ai tâché de vous préparer à ces importantes réflexious dans la première partie de ce Ùiscours ; vous y aurez pu observer le génie des peuples et celui des grands hommes qui les ont conduits. Les événements qui ont porté coup dans la suite ont été montrés; et afin de vous tenir attentif à renchalnement des grandes affaires du monde, que Je voulais principalement vous faire entendre , j'ai omis beaucoup de faits particuliers dont les suites n'ont pas été si considérables. Mais parce qu'en nous attachant à la suite , noos avons passe trop vite sur beaucoup de choses pour pouvoir faire les réflexions qu'elles méritaient , vous devez maintenant vous y attacher avec une attention plus particulière , et accoutumer votre esprit A rechercher les effets dans leurs causes les plus éloignées.

Par là vous apprendrez ce qu'il est si nécessaire que vous sachiez ; qu'encore qu'A ne regarder que les rencontres particulières, la fortune semble seule décider de l'établissement et de la ruine des empires, A tout prendre il en arrive A peu près comme dans le Jeu , où le plus habile l'emporte A la longue.

En effets dans ce jeu sanglant où les peuples ont disputé de l'empire et de la puissance, qui a prévu de pius loin , qui s'est ie plus appliqué , qui a duré le plus lon^emps dans les grands travaux , et enfin qui a su le mieux ou pousser on se ménager suivant la rencontre , A la fin a eu l'avantage, et a fait servir la fortune même A ses desseins.

Ainsi ne vous iassez point d'examiner les causes des grands changements, puisque rien ne servira jamais tant A votre instruction; mais recherchez-les surtout dans la suite des grands empires , où la grandeur des événements les rend plus palpables.

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