IT
• Plol. InTIm.
3 Diod. lUi.i.HCt. Il, n* 10.
• Id. Ibid. Cl 30. Hmd. Itb. Il, up. IT.
V />im/. lib. l.Mct. ii,n*s.
s noMaTim. niod.Ub. l, scct. I, ■* 0.
'sur [.'HISTOIRE UNIVERSELLE.
l'antlqultf et la noblesse de leur pays. Au reste , leur vraie histoire était renfermée dons des bornes raisonnables ; mais ils trouvaient beau de se perdre dons un abîme infini de temps qui semblait les approcher de l'étcmité.
Cependant l'amour de la patrie avait des fondements plus solides. L'Égypte était en effet le plus beau pays de l'univers , le plus abondant par la nature, le mieux cultivé par l'art, le plus riche , le plus commode , et le plus orné par les soins et la magniflcence de ses rois.
Il n’y avait rien que de grand dons leurs desseins et dans leurs travaux. Ce qu'ils ont fait du Nil est incroyable. Il pleut rarement en Égypte : mais ce fleuve , qui l’arrose toute par ses débordements réglés , lui apporte les pluies et les neiges des autres pays. Pour multiplier un fleuve si bienfaisant , l'Egypte était traversée d’une inflnité de canaux d'une longueur et d'une largeur incroyable'. Le Nil- portait partout la fécondité avec ses eaux salutaires , unissait les villes entre elles , et la Grande-Mer avec la mer Rouge , entretenait le commerce au dedans et au dehors du royaume , et le fortlflait contre l'ennemi : de sorte qu'il était tout ensemble et le nourricier et le défenseur de l'Égypte. On lui abandonnait la campagne ; mais les villes , rehaussées avec des travaux immenses , et s'élevant comme des Iles au milieu des eaux, regardaient avec Joie de cette hauteur toute la plaine inondée et tout ensemble fertilisée par le Nil. Lorsqu'il s’enflait outre mesure , de grands lacs , creusés par les rois , tendaient leur sein aux eaux répandues. Ils avaient leurs décharges préparées ; de grandes écluses les ouvraient ou les fermaient selon le besoin ; et les eaux , ayant leur retraite , ne s^oumaient sur les terres qu'autantqu'il fallait pourics engraisser.
Tel était l'usage de oe grand lac qu'on appelait le lac do Myris ou de Mœris : c’était le nom du roi qui l’avait ftdt faire *. On est étonné quand on Ht , ce qui néanmoins est certain, qu'il avait de tour environ cent quatre-vingts de nos lieues. Pour ne point perdre trop de bonnes terres en le creusant, on l’avait étendu principalement du cdté de la Libye. Iji pèche en valait au prince des sommes Immenses; et ainsi quand la terre ne produisait rien , on en tirait des trésors en la couvrant d’eaux. Deux pyramides , dont chacune portait sur un tidne deux statues colossales , l'une de Myris , et l’autre de sa femme , s’élevaient de trois cents piedsau milieu du lac, et occupaient sous les eaux un pareil espace. Ainsi elles faisaient voir qu’on les avait érigées avant que le
* Bend. Hb. Il, cap. cvm. HknI.ID). I, lecl. n, O—IO, 14.
• Hmirf.lUi.n,eap.ci,csui. n/«I.IUi.i,iMt. ii.n-s.
creux eût été rempli , et montraient qu'un lac de cette étendue avait été fait de main d’homme sous uu seul prince.
Ceux qui ne savent pas jusques à quel point on peut ménager la terre , prennent pour fable ce qu'on raconte du nombre des villes d'Égypte '. Iji richesse n’en était pas moins incroyable. Il n'y en avait point qui ne fût remplie de temples magnifiques et de superbes palais ’. L’architecture y montrait partout cette noble simpUcité , et cette grandeur qui remplit l'esprit. De longues galeries y étalaient des sculptures que la Grèce prenait pour modèles. Thèbes le pouvait disputer aux plus belles villes de l'univers ^.Sescentportesebantées par Homère sont connues de tout le monde. Elle n'était pas moins peuplée qu'elle était vaste ; et on a dit qu’elle pouvait faire sortir ensemble dix mille combattants par chacune de ses partes Qu’il y ait , si l’on veut , de l’exagératiob dans ce nombre, toujours est-il assuré que son peuple était innombrable. Les Grecs et les Romains ont célébré sa magnificence et sa grandeur ‘ , encore qu'ils n'en eussent vu que les ruines : tant les restes en étaient augustes.
Si nos voyageurs avaient pénétré jusqu’au lieu où cette ville était bâtie , ils auraient sans doute encore trouvé quelque chose d’incomparable dans ses ruines : car les ouvrages des Egyptiens étaient faits pour tenir contre le temps. Leurs statues étalent des colosses. Leurs colonnes étaient immenses ‘. L’Égypte visait au grand , et voulait frapper les yeux de loin , mais toujours en les contentant par la justesse des proportions. On a découvert dans le Solde (vous savex bien que c'est le nom de la Thébaide) des temples et des palais presque encore entiers , où ces colonnes et ces statues sont innombrables On y admire surtout un palais dont les restes semblent n'avoir subsisté que pour effacer la gloire de tous les plus grands ouvrages. Quatre allées â perte de vue , et bornées de part et d’autre par des sphinx d’une matière aussi rare que leur grandeur est remarquable, servent d'avenues à quatre portiques dont la hauteur étonne les yeux. Quelle magniflcence , et quelle étendue ! Éneore ceux qui nous ont décrit ce prodigieux édifice n'ont-ils poseu le temps d’en faire le tour , et ne sont pas même assuré d’en avoir vu la moitié; mais tout ce qu'ils y ont vu était surprenant. Une salle, qui apparent- ■ B^rod, llb. n. cap. axxvn. Diod. Ub. i , acci. ii , o* 6 et «t-
' Hmd. lib. n , cap. CIL VIII , cun, etc.
* Diod. lib. 1, aeet. ii, □* 4.
' Poaap. Mtta, lib. l. cap. ix.
S strab. llb. xvii. Tacil. Annal, lib. Il , cap. lx. s Dtrod. et Dwd. Inc. dt.
' Voyagea du LeTant, par JT. ThHfOMOt, Uv. a, cbap. v.
DISCOURS
ment faisait le milieu de ce superbe palais, était soutenue de six-vingt colonnes de six brassées de grosseur , grandes à proportion , et entremêlées d’obélisques que tant de siècles n’ont pu abattre. Les couleurs mômes , c’est-à-dire , ce qui éprouve le plus tôt le pouvoir du temps , se soutiennent encore parmi les ruines de cet admirable édifice , et y conservent leur vivacité : tant l’Égv'ptc savait imprimer le caractère d’immortalité à tous ses ouvrages. Maintenant que le nom du roi pénètre aux parties du monde les plus inconnues , et que ce prince étend aussi loin les recherebes qu’il fait faire des plus beaux ouvrages de la nature et de l’art , ne serait-ce pas un digne objet de cette noble curiosité , de découvrir les beautés que la Tbébaîde renferme dans ses déserts , et d’enriebir notre architecture des inventions de l’Égypte? Quelle puissance et quel art n pu faire d’un tel pays la merveille de l’univers? et quelles beautés ne trouverait-on pas si on pouvait aborder la ville royale , puisque si loin d’elle on découvre des choses si merveilleuses!
11 n’appartenait qu’à l’Égypte de dresser des monuments pour la postérité. Scs ol>élisques font encore aujourd’hui , autant par leur beauté que par leur hauteur , le principal ornement de Rome ; et la puissance romaine , désespérant d’égaler les Égyptiens , a cru faire assez pour sa grandeur d’emprunter les monuments de leors rois.
L’^'pte n’avait point encore va de grands édifices que la tour de Babel , quand elle imagina ses pyramides , qui , par leur figure autant que par leur grandeur , triomphent du temps et des Barbares. Le bon goût des Égyptiens leur fit aimer dès lors la solidité et la régularité toiite nue. N’cst-ce point que la nature porte d’elle-môme à cet air simple , auquel on a tant de peine à revenir, quand le goût a été gâté par des nouveautés et des hardiesses bizarres? Quoi qu’il en soit, les Égyptiens n’ont aimé qu’une hardiesse réglée : ils n’ont cherché le nouveau et le surprenant, que dans la variété infinie de la nature ; et ils se vantaient d’ôtre les seuls qui avaient fait , comme les dieux , des ouvrages immortels. Les inscriptions des pyramides n’étaient pas moins nobles que l’ouvrage. Elles parlaient aux spectateurs Une de ces pyramides, bâtie de brique , avertissait par son titre qu’on se gardât bien de la comparer aux autres , et qu’elle était» autant au- « dessus de toutes les pyramides que Jupiter était f au-dessus de tous les dieux. »
Mais quelque effort que fassent les hommes , leur néant paraît partout. Ces pyramides étaient des tombeaux ‘ ; encore les rois qm les ont bâties
• Ifnvd. lib. Il , cap. cxxxvi.
* Herod. iblii. Diod. lib. i, scct. II, n*’, 15, 16, 17.
n’ont-ils pas eu le pouvoir d’y être inhumés , et ils n’ont pas joui de leur sépulcre.
Je ne parlerais pas de ce beau palais qu’on appelait le Ijibyrinthc ' , si Héi-odote , qui l’a vu, ne nous assurait qu’il était plus surprenant que les pyramides. On l’avait bâti sur le bord du lac de Myris , et on lui avait donné une vue proportionnée à sa grandeur. Au reste ce n'étoit pas tant un seul pahds qu’un magnifique amas de douze palais disposés régulièrement , et qui communiquaient ensemble. Quinze cents chambres mêlées de terrasses s’arrangeaient autour de douze salles, et ne laissaient point de sortie à ceux qui s’engageaient à les visiter. Il y avait autant de bâtiments par-dessous terre. Ces bâtiments souterrains étaient destinés à la sépulture des rots ; et encore (qui le iwurrait dire sans honte et sans déplorer l’aveuglement de l’esprit humain?) à nourrir les crocodiles sacrés , dont une nation d’ailleurs si sage faisait scs dieux.
Vous vous étonnez de voir tant de magnificence dans les sépulcres de l’Égv'pte. C'est qu’outre qu’on les érigeait comme des monuments sacrés pour porter aux siècles futurs la mémoire des grands princes, on les regardait encore comme des demeures étemelles Les maisons étaient appelées des hôtelleries, où l’on n’était qu’en passant, et pendant une vie trop courte pour terminer tous nos desseins : mois les maisons véritables étaient les tombeaux , (pic nous devions habiter durant des siècles infinis.
Au reste, ce n’était pas sur les choses Inanimées que l’Égypte travaillait le plus. Ses plus nobles travaux et son plus bel art consistait à former les hommes. La Grèce en était si persuadée, que ses plus grands hommes, un Homère, un Pythagore, un Platon, Lycurgue même et Solon , ces deux grands législateurs , et les autres qu'il n’est pas bc.soin de nommer, allèrent apprendre la sagesse en Égypte Dieu a voulu <pie Moïse même ft'U instruit dans toute ta sagesse des Égijptic/is : c’est par là qü’il a commencé à être puissant en paroles et en œuvres L La vraie sagesse se sert de tout ; et Dieu ne veut pas (pie ceux qu’il inspire négligent les moyens humains , qui viennent aussi de lui à leur manière.
Co.s sages d’Égj'pte avaient étudié le régime (pii fait ies esprits solides, les corps robustes , les femmes fécondes, et les enfants vigoureux. Par ce moyen , le peuple croissait en nombreeten forces. Le pays était sain naturellement; mais la philosophie leur avait appris que la nature veutôtre aidée. Il y a un art de former les corps aussi bien
' llcrod. Ilb. II , cap. cxLTiii. Diod. lib. I, soct. il, n'* 13.
> Diod. ibid.
3 Dini. ibid. n* 36. Plut, delsid. cap. 5.
SUR LIIISTOIRK UMVRRSEI.LE.
que les esprits. Cet art , que notre nonehalanca nous a fait perdre, était bien connu des anciens, et rÉgA pte l’avait trouvé. Kllc employait principalement à ce beau dessein la fmgnlité et les exercices '. Dans un grand champ de bataille, qui a été \ai par Hérodote * , les crânes des Perses aisés à percer, et ceux des Égj'pticns plus durs que les pierres auxfpielles ils étaient mélés, montraient la raolle.sse des uns, et la robuste constitution qu'une nourriture frugale et de ^^goureux exercices donnaient aux autres. La course à pied , la course à cheval , la course dans les chariots se pratiquait en Égypte avec une adresse admirable; et il n’y avait point dans tout l'univers de meilleurs hommes de cheval que les Égj-ptiens. Quand Diodore nous dit qu’ils rejetaient la lutte ^ comme un exercice qui donnait une force dangereuse et peu durable , il a dû l’entendre de la lutte outrée des athlètes, que la Grèce elle-même, qui lacouronnait dans ses jeux , avait blâmée comme peu convenable aux personnes libres : mais avec une certaine modération , elle était digne des honnêtes gens ; et Diodore lui-même nous apprend ^ que le Mercure des Égyptiens en avait inventé les règles aussi bien que l’art de former les corps. Il faut eniendre de même ce que dit encore a*t auteur touchant la musitpje Celle qu’il fait mépriser aux Égj'ptiens, comme capable de ramollir les courages , était sans doute cette musique molle et efféminée qui n’inspire que les plaisirs et une fausse tendresse. Car pour cette musique généreuse dont les nobles accords élèvent l’esprit et le cœur, les Égyptiens n’avaient garde de la mépriser, puistpie, selon Diodore même®, leur Mercure l’avait inventée , et avait aussi inventé le plus grave des instruments de musique. Dans la procession solennelle des Égyptiens, où l’on portait en cérémonie les livres de Trismégisle, on voit marcher ù la tête le chantre tenant en main wi symbole de la musique ne sais pas ce (pie c'est) et le livre des hymmes sacrés"’. Enfin l’Égv'pte n’oubliait rien pour polir l’esprit , ennoblir le cœur, et fortifier le corps. Quatre cent raille soldats (pi’elle entretenait étaient ceux de ses citoyens (pi’elle exerçait avec plus de soin. Les lois de la milice se conservaient aisément, et comme par elles-mêmes, parce que les pères les apprenaient ù leurs enfants : car la profession de la guerre passait de père en fils comme les autres ; et apres les familles saccrdotalre , celles tpi’on estimait les plus illustres étaient, comme parmi
* Diod. llb. I , secl. ii , n* ‘29.
» Herod. lib. itl, Cflp. xit.
* Diod. llb. I , socU II , n“ 29.
* /d. lib. I , si^t. I , II' 8.
* /d. Ub. I, s<>cl. Il, n' 29.
* Id. lib. I, serl. I , u"8.
’ ///rx. Strum. M, P- 833.
nous , les familk'sdestinées aux armes. Je ne veux pas dire pourtant que l’Égj'^pte ait été guerrière. On a Ixuiu avoir des troupes réglées etentretenues, on a beau les exercer à l’ombre dans les travaux militaires et parmi les images des combats : il n’y a jamais (pie la guerre et les combats effectifs qui fassent les hommes guerriers. L’Égj'ptc aimait la paix , parce qu’elle aimait Injustice , et n’avait des soldats que pour sa défense. Ckmtente de son pays, où tout abondait , elle ne songeait point aux conquêtes. Elle s’étendait d’une autre sorte , en envoyant ses colonies par toute la terre , et avec elles la politesse et les lois. Les villes les plus célèbres venaient apprendre en Égypte leurs antiquités, et la .source de leurs plus belles institutions *. On la consultait de tous côtés sur les règles de la sagesse. Quand ceux d’Élidc curent établi les jeux OlympUpies, les plus illustres de la G rèce , ils recherchèrcnt par une ambassade solennelle l’approbation des Égyptiens , et apprirent d’eux (le nouveaux moyens d’encourager les combattants *. L’Égj'pte régnait par ses conseils; et cet empire d’esprit lui parut plus noble et plus glorieux que celui (pi’on établit par les armes. Encore que les rois de Thèbes fussent sans comparaison les plus puissants de tous les rois de l’Égypte, jamais ils n’ont entrepris sur les dynasties voisines , qu’ils ont occupées seulement quand elles eurent été envahies par les Arabes; de sorte qu’à vrai dire ils les ont plutôt enlevées aux étrangers , qu’ils n’ont voulu dominer sur les naturels du pays. Mais quand ils se sont mêlés d’être compiérants, ils ont surpassé tousles autres. Je ne parle point (l’Osiris, vainqueur des Indes ; apparemment c’est Baechus , ou (pielque autre héros aussi fabuleux. Le père de Sésostris ( les doctes veulent que ce soit Aménophis, autrement Memnon ) , ou par instinct , ou par humeur, ou , comme le disent les Égv'ptiens, par l’autorité d’un oracle , conçut le dessein de faire de son fils un conquérant^. Il s’y prit à la manière des F^^ptiens, c’est-à-dire, avec de grandes pensées. Tous les enfants (jui natpiirent le mêmejourque S(*sostris furent amenés à la cour par ordre du roi. Il les fit élever comme ses enfants , et avec les mêmes soins (jue Sésostris , près duquel ils étaient nourris. Il ne pouvait lui donner de plus fidèles ministn*s , ni des compagnons plus zélés de ses eombats. Quand il fut un peu avancé en âge, il lui fit faire son apprentissage par une guerre contre les Arabes. Ce jeune prince y apprit à supporter la faim et la soif, et soumit cette nation jus(pi’aiors indomptable. Accoutumé aux travaux guerriers
I Pla/. in Tim. .
* Herod. lib. Il, cap. CLX. ■
J Diod. lib. I , wl . Il , n“ 9.
DISCOURS
par cette conquête , >on père le flt toamer vers l'occident de l'Égypte : il attaqua la Libye , et la plus grande partie de cette vaste région fut subjuguée. En ce temps son père mourut, et le laissa en état de tout entreprendre. Il ne conçut pas un moindre dessein que celui de la conquête du monde : mais avant que de sortir de son royaume, il pourvut à la sûreté du dedans , en gagiuuit le coeur de tous ses peuples par la libéralité et par la Justice, et réglant nu reste le gouveniemcnt avec une extrême prudence '. Cependant il faisait ses préparatifs : il levait des troupes , et leur donnait pour capitaines les jeunes gens que son père avait fait nourrir avec lui. Il y en avait dix-sept cents , capables de répandre dans toute l'armée le courage , la discipline , et l'amour du prince. Cela fait, il entra dans l'Éthiopie qu'il se rendit tributaire. Il continua ses victoires dans l'Asie. Jérusalem fut la première à sentir la force de scs armes. I.e téméraire Roboam ne put lui résister, et Sésostris enleva les richesses de Salomon. Dieu , par un juste jugement , les avait livrées entre scs mains. Il pénétra dans les Indes plus loin qu'Hercule ni que Bacclius, et plus loin que ne fit depuis Alexandre , puisqu'il soumit le pays au delà du Gange. Jugez par là si les pays plus voisins lui résistèrent. Les Scythes obéirent jusqu'au Tanals : l'Arménie et la Cappadoce lui furent sujettes. Il laissa une colonie dans l'ancien royaume de Colchos , où les mœurs d'Égypte sont toujours demeurées depuis. Hérodote a vu dans l’.Asie Mineure , d'une mer à l'autre, les monuments de ses victoires, avec les superbes inscriptions de Sésostris roi des rois et seigneur des seigneun. II y en avait jusque dans la Thrace , et il étendit son empire depuis le Gange jusqu'au Danube. Ladifllculté des vivres l'empêcha d'entrer plus avant dans l'Europe. Il revint après neuf ans, chargé des dépouilles de tous les peuples vaincus. Il y en eut qui défendirent courageusement leur liberté ; d'autres cédèrent sans résistance. Sésostris eut soin de marquer dans ses monuments la différence de CCS peuples en figures hiéroglyphiques, à la manière des Égyptiens. Pour décrire son empire, il inventa les cartes de géographie. Cent temples fameux érigés en actions de grâces aux dieux tutélaires de toutes les villes, Rirent les premières aussi bien que les plus belles marques de ses victoires ; et il eut soin de publier, par les inscriptions , que ces grands ouvrages avaient été achevés sans fatiguer ses sujets *. Il mettait sa gloire à les ménager, et à ne faire travailler aux monuments de ses victoires que les captifs.
■ Diad.Ub. I, a«ct. Il, n* B.
■ Ikrod. Ub II, cap. en et wq. Diod. Ub. i, wcl. ii, n*
Salomon lui en avait donné l'exemple. Ce sage prince n'avait employé que les peuples tributaires dans les grands ouvrages qui ont rendu son règne immortel '. Les citoyens étaient attachés à de plus nobles exercices : ils apprenaientà faire la guerre , et à commander. Sésostris ne pouvait pas se régler sur un plus parfait modèle. Il régna trente-trois aas , et jouit longtemps de ses triomphes , beaueoup plus digne de gloire , si la vanité ne lui eût pas fait traîner son char par les rois vaincus *. Il semble qu'il oit dédaigné de mourir comme les autres hommes. Devenu aveugle dans sa vieillesse , il se donna la mort à lui-même , et laissa l'Égypte riche à jamais. Son empire |iourtant ne passa pas la quatrième génération. Mais il restait encore du temps dcTibcre des monuments magnifiques, qui en marquaient l'étendue et la quantité des tributs. ^ L'Égypte retourna bientêt A son humeur pacifique. On a même écrit que Sésostris fut le premier à ramollir, après ses conquêtes , les mœurs des Égyptiens , dans la crainte des révoltes t. S’il le faut croire, ce ne pouvait être qu’une précaution qu'il prenait pour ses successeurs. Carpour lui , sage etabsolu comme il était , on ne voit pas ce qu'il pouvait craindre de ses peuples qui l'adoraient. Au reste , cette pensée est peu digne d’un si grand prince; et c'était mal pourvoirà lasûreté de ses conquêtes, que de laisser affaiblir le courage de ses sujets. Il est vrai aussi que ce grand empire ne dura guère. Il faut périr par quelque endroit. La division sc mit en Égypte. Sous Anysis l'aveugle, l'Éthiopicn Sabacon envahit le royaume ^ : il en traita aussi bien les peuples , et y flt d’aussi grandis cho.ses qu’aucun des rois naturels. Jamais ou ne vit une modération pareille à la sienne, puisque, après cinquante ans d'un règne heureux , il retourna en Ethiopie , pourobéir à des avertissements qu'il crut divins. Le royaume abandonné tomba entre les moins de Sethon , prêtre de Vulcain , prince religieux à sa mode, mais peu guerrier, et qui acheva d'énerver la milice en maltraitant les gens de guerre. Depuis ce temps l'Égypte ne so soutint plus que par des milices étrangères. On trouve une espèce d'anarchie. On trouve douze rois choisis par le peuple,qui partagèrent eux entre le gouvernement du royaume. C’est eux qui ont bêti ces douze palais qui composaient le Ixibyrinthc. Quoique l'Egypte ne pût oublier scs magnificences, elle fut faible et divisée sous ces douze princes. Un d'eux (cc futl’sammitique) se rendit le maître
* n. Pitr. , ».
* Piod. Ub. I , tact. Il , n* lO.
’ Tof. Auiiai. Ub. ii, e»p. ls.
4 IS'jfmphodor. Ub. iiii, Rer. Btrbar. tJi Excerpi. po$t. 8*^ rodot.
^ Hmà. lUt, II, cap.cx&X^ii. Diod. Ub. i, tret. n, n* I»
si;n i.’iiisToinE umverseu.e.
par le seconrs desiHran«i;ers. L'Égj pte sc rcUiblit, et demeura asseï puissante pendant cinq ou six rcRues. Knfm, cet ancien royaume, après avoir dure •nviron seize cents ans, ofraibli par les rois de Doby lonc et par Cyrus, devint la proiede Cainbyse, le plus insensé de tous les princes.
Ceux qui ont bien connu l'humeur de l'Éityptc, ont reconnu qu'elle n'était pas belliqueuse Vous en avez vu les raisons. Elle avait vécu en paix environ treize eents ans, quand elle produisit son premier ftuem'er, qui fut Sésostris. Aussi , malgré sa milice si soigneusement entretenue, nous voyons sur la tin que les troupes étrangères fout toute sa force , qui est un des plus grands défauts que paisse avoir un État Mois les choses humaines ne sont point parfaites , et il est malaisé d'avoir ensemble dans la perfection les arts de la paix avec les avantages de la guerre. C'est une assez belle durée d'avoir subsisté seize siècles. (Quelques Éthiopiens ont régné à Thèbes dans cet intervalle , entre autres Sabacon , et à ce qu'on croit Tliaraca. Mais l’Égypte tirait cette utilité de l'excellente constitution de son État, que les étrangers qui la conquéraient entraient dans ses moeurs plntét que d'y introduire les leurs ; ainsi , changeant de maîtres, elle ne ebangeait pas de gouvernemenb Elle eut i>eine à souffrir les Perses , dont elle voulut souvent secouer le joug. Mais elle n'était pas assez belliqueuse pour se soutenir par sa propre force contre une si grande puissance; et les Grecs qui la défendaient, occupés ailleurs , étaient contraints de l'abandonner : de sorte qu'elle retombait toujours sous scs premiers maîtres, mois toujours opiniétrément attachée à ses anciennes coutumes, et incapable de démentir les maximes de ses premiers rois. Quoiqu'elle en retint beaucoup de choses sous les Ptolomces, le mélange des mœurs grecques et asiatiques y fut si grand , qu'on n'y reconnut pres()uc plus l'ancienne h^pte.
Il ne faut pas oublier que les temps des anciens rois d'Egypte sont fort incertains, même dans l'histoire des Égyptiens. Ou a peine à placer Osymandyas, dont nous voyons de si magniflques monu mentsdons Diodore ', et de si bel les marques de ses combats. Il semble que les Égyptiens n'aient pas connu le père de Séso.strls , qu'Hérndote et Diodore n'ont pas nommé. Sa puissance est encore plus marquée par les monuments qu'il a laissés dans toute la terre, que parles mémoires de son pays ; et ces raisons nous font voir qu'il ne faut pas croire, comme quelques-uns , que ce que I publiait de scs antiquités ait toujours été
aussi exact qu'elle s'en vantait , puisqueelle-méroe
* Strab. lih. xvil.
\ Diod. 11b. I, stvl. Il » n* notti rr. — t. i.
est si incertaine des temps les plus éclatants de sa muiinirhU*.