XIV. Des Jugements humains
Il faut une autorité qui arrête nos éternelles contradictions , qui détermine nos incertitudes , condamne nos erreurs et nos ignorances ; autrement, la présomption, l'ignorance , l'esprit de contradiction, ne laissera rien d'entier parmi les hommes. Jésus-Christ s'est mis au-dessus des jugements humains, plus que jamais homme vivant n’avait fait, non-seulement par sa doctrine , mais encore par sa vie. La possession certaine de la vérité lui a fait mépriser les opinions : il n’a rien donné à Popinion, rien à l'intérêt, rien au plaisir, rien à la gloire. De combien de degrés s’est-il élevé par-dessus les égards humains ! on ne peut pas même inventer ni feindre une fin vraisemblable à ses desseins , autre que celle de faire triompher sur tous les esprits la vérité divine. Ceux qui se rendent captifs des opinions humaines ne peuvent pas en être les juges. A vous donc , 6 divin Jésus , qui vous êtes élevé si haut par-dessus les pensées des hommes , à vous il appartient de les r^ormer avec une autorité suprême. Il s'est donné l’autorité tout entière sur les jugements humains en se mettant au- dessus : c'est à lui de confirmer ce qu’il y reste de droit , de fixer ce qu’il y a de douteux , et de rejeter pour jamais ce qu’ils ont de corrompu et de dépravé.
Réglons donc tous nos jugements sur relui de Jésus-Christ. Madame, voilà la règle que se propose eans doute une princesse si éclairé; c'est la seule qui est digne d’une fime si grande, et d’un esprit si bien faitetsi pénétrant. Vosliunières seront toujours
pures , quand elles seront dirigées par les lumières d'en haut. On louera plus que jamais ce juste discernement, ce jugement exquis, ce godt délicat, quand vous continuerez à gofiter les célestes vérités, et à préférer les biens que l’Évangile nous présente à tous ceux que le monde nous donne ; et à tous ceux qu'il promet, beaucoup plus grands que ceux qu’il nous donne. Tous les peuples déjà gagnés à Votre Altesse royale par une forte estiine , et par une juste et très-respectueuse inclination, y joindront une vénération qui n’aura point de limites , et qui portera votre gloire à un si haut point, qu'il n'y aura rien au-dessus que la gloire même des saints et la félicité éternelle.
Nous péchons doublement dans l'estime que nous faisans de notre prochain : premièrement, en ce que nous présumons dans les autres les vices que nous sentons en nous-mêmes; secondement , en ce que nous les trouvons bien plus blêmables dans les autres que dans nous-mêmes. Saint Grégoire de Nazianze dit ■ , si je ne me trompe , que nous sommes comme le miroir où noos voyons les autres ; parce qu’en effet, ne connaissant pas leur intérieur, nous ne pouvons en juger que par quelque chose de semblable que nous connaissons, qui est nous-mêmes, biais si nous sommes te miroir où nous voyons les aDiections des autres , les autres doivent être le miroir où nous voyons la difformité de nos propres vices, que nous ne remarquons pas assez quand nous les considérons en nousmêmes.
On esthabituéàjugerdesautresparsoi-même:
il semble que nous ne pouvons presque pas faire autrement; mais c’est conjecture. Là , nous faisons deux fautes : premièrement, d’attribuer aux autres nos vices ; secondement , de les voir dans les autres bien plus grands qu’en nous-mêmes : et la ' troisième faute que nous commettons , c'est qu’en voyant les fautes des autres , nous desTions songer par la même raison que nous en sommes capables, et gémir pour eux en tremblant pour nous. Nous ne pardonnons rien aux autres; nous ne refusons rien à nous-mêmes.
Tout oblige l'homme de se tenir en posture d'un criminel, qui doit non juger, mais être jugé, .jus-
• qu’à ce que le Seigneur vienne, qui produira à
• la lumière ce qui est caché dans les ténèbres, • quoadusque vaüat qui UiuminaM abtcmdita tenebrarum'. Pour juger, il faut être innocent. Le coupable qui juge les autres, se condamne lui-même par même raison : fn quo enim judtcas aiium, teipsum condemnas Qui sine peceato est vestrum, prlmus in iUam lapident mittal 4. « Que ■ celui d'entre vous qui est tant péché, lui jette « le premier la pierre. • HgpocrUa, ejice primum traàem de oculo tua * : ■ Hypocrite , êtez première-
* ment la poutre de votre œil. » Hypocrite, parce qu'il fait le vertueux en reprenant les autres. Il ne
■ Ont. iiviii , »• I , t , pij. S73. — > I. Cor. nr, i. —
* gftij,. Il , I. — ' Joa». VIII , 7. — » Vu/rA. vu , S- '
PENSEES
Vmt pas, par«e qü*i\ né sé corrige pas soi-méme. Il , reprend ce qu'il ne peut pas amender : il n'amende pas ce qui est en son pouvoir. Suives les hommes , iis vous blâment; ne les suivez pas, ils vous critiquent de même, par un désir opiniâtre de contredire.
Ilest nécessaire desemettreenlaplacedesautres, |K>ur juger de la même mesure ce que l'on fait et ce que l'on souffre. Dieu, par l’injure que nous souffrons , extorque de nous la confession de la vérité :
• car ceux qui fon* du mal aux autres reconnaissent
• que cela est un mal , lorsqu'on leur fait souiïrir le
• même traitement : • A'am qui mata faclmxty c/a- «an/ mata esse quando patùuitur*.