‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 165 sur 192 · XXI.DelaCnpidilé · texte numérisé non relu

XXI.DelaCnpidilé

Pourquoi l'avarice est-elle une idolâtrie? (Test que les richesses sont une espèce d’idole ; on y met sa confiance. Non sperare in incerto divitiarum ; sed fn Deo vloo * .* « Ne point mettre sa con- « fiance dans les richesses incertaines et périssa- « blés ; mais dans le Dieu vivant , > non dans cette idole muette et inanimée.

volant divUes Jierl , incldunt fn lentationem* : « Ceux qui veulent devenir riches, toin- « bent dans la tentation. * Ceux qui veulent devenir riches : il n'a pas dit les riches; mais ceux qui veulent s'enrichir, tombent dans la tentation de le faire par de mauvais moyens. On commence par les bons : il ne manque plus qu'une injustice , une fausseté, un faux serment. Et in taqueum dlaboll ^ « Et dans le piège du diable. • De

soin en soin , piège , lacet : on ne peut plus sortir de ce labyrinthe de mauvaises affaires. Et desidelia inutUia et noclva, quæ mergunt homtnes In inieri/um et perdltlonem 4 : •> Et en des désirs « inutiles et pernicieux , qui précipitent les hom- « mes dans l'ablme de la perdition. • Primo y inuiUia : ■ Premièrement, inutiles; • secundo y nociva : • secondement, pernicieux; * car plusieurs de ceux qui étaient possédés du désir des richesses, « se sont écartés de la foi : • erracerunt ajide *. Fidesest sperandarnm substantia rerum , argumenium non apparentium ^ « La foi est le « fondement des choses que l'on doit espérer, et

• une pleineconvictiondecelles qu'on nevoit point. » L’avarice veut voir et compter. Et (nserueruni s§ dolorlbus fnutlls 7 : • Et ils se sont embarras-

■ sés en une infinité ü'afDictions et de peines. • Les grands pleurs dans les grandes maisons.

Non sublime sapere* : « N'avoir pas une haute « idée de toi-niême : » c'est-à-dire, premièrement, ne pas s'estimer beaucoup; secondement, ne point mépriser les autres ; troisièmement , ne leur pas Caire injustice . comme si les lois n'étaieiit pas communes : ne les tenir bas qu'autant que cette sujétion leur est utile; non pour contenter notre humeur ou notre fierté naturelle. La puissance est de l'ordre de Dieu, non l'insulte, ni lo mépris, ni l'injure , ni les avantages injustes.

ùicitibus ht(;us sxcuUi : « Aux riches de ca « siècle. » Les véritables riches sont ceux qui ont faim des biens de l'autre. A ceux que le siècle appelle riches, Prseripe : « Commandez : » ce sont des commandements. L'apôtre prescrit des remèdes spécifiques aux différentes maladies : premièrement, contre l'orgueil : Non sublime sapere : secondement, contre la confiance aux richesses; il montre que c'est une idolâtrie : trui-

» /. Tim. VI , 17. - » /. Ibid. 9. - * Ibid. - ^ Ibid. — » Ibid. 10. — •Hcbr. XI, / - > . Tim. VI, 10. .• • Ibid, »7. - * Itid. 9.

PENSÉES

sièmement, Benâ agere* : ■ Faire du bien; » contre la paresse : Ils croient n’avoir rien à faire qu’à se dirertir. Cela, c’est pour cut-mémes; ensuite pour le prodiain ; Faciie tribttere : • Don- « ner l’aumône rie bon coenr; » communicare : « participer • à leurs maux, pour participer à leur bénédiction et à leur grâce; car celle de la nouvelle alliance est pour les pauvres.

On ne peut se rendre maître des dioses en les possédant toutes; il faut s’en rendre le maître en les méprisant toutes.

Plus on a, plus on veut avoir ; on agit par humeur; l’humeur subsiste toujours : de là vient qu’on ne se contente jamais. La perte est plus sensible aux riches qu'aux pauvres; et le désir d’avoir est aus.si plus ardent dans-les premiers : il faut en effet qu’il soit plus ardent, parce que la facilité est plus grande. SI l'on a tant d’ardeur, lorsque le chemin était diflicile; à plus forte raison quand on le trouve aplani. Ainsi la possession des richesses augmente te désir d'en amasser.

XXU. De rorgocil.

C'est un orgueil Indiscipliné qui se vante, qui va à la gloire avec un empressement trop visible; il SC fait moquer de lui : c’est au contraire un orgueil habile , que celui qui va à la gloire par l'apparence de la modestie.

Quelques-uns semblent mépriser l’opinion des autres : Ce sont des hommes, disent-ils : mais Us s’admirent eux-mémes, ils mettent leur souverain bien à se plaire à eux-mémes; comme si eux-mémes n'étaient pas des hommes.

Quiconque a cette pensée, veut plaire aux autres; mais il feint de se contenter de sui-méme , pour l'une de ces deux raisons : premièrement, ou parce qu’il ne peut acquérir l'estime des autres; et il s’en console en se prisant soi-méme : secondement, par une certaine fierté qui fait que, désirant l’estime des outres , il ne veut pas la demander, et veut l'obtenir comme une chose due; en quoi il est d'autant plus possédé de cette passion, qu’il la couvre davantage. Mais il croit toujours y arriver par cette voie; et la gloire le charmera d'autant plus, qu'il l’aura acquise en la méprisant : c’est comme un tribut qu’il exige, pour marque d’une plus grande souveraineté et indépendance; comme s’il était audessus même de l’honneur.

modestie et la modération dans les honneurs peut venir de ces principes mauvais: premièrement, l iline est contente et hume tout l'encens en ellemême ; ce qui devrait être au delwrs est au dedans , et y rentre bien avant : secondement, l'extérieur parait affable; ce qui fait quelque montre de modestie : et souvent cela vient de ce que Tdine, contente en elle-inémc et pleine de joie, la répand sur ceux qui approchent, et les traite bien; comme au contraire une humeur olkagrine décharge sa bile sur eux par un superbe dégoût.

XXni. De rAmbitioo.

Si l'on désire les fortunes extraordinaires pour satisfaire l'ambition , la foi se ruine. On veut toujours s'élever au-dessus de sa condition, jusqu'à être Dieu. Flevalum est cor titum, et dixUti : Deus ego sunif et în caüiedra Üei sedl, et dedUtl cor tuum quasi cor Dei ' : « Votre cœur s'est élevé ,

• et vous avez dit en vous-même : Je suis un Dieu ,

• et je suis assis sur la chaire de Dieu; et votre « cœur s'est élevé comme si c'était le cœur d’un ■ Dieu. > Acce ego ad te, Pharao, qui dieis : Afeus estjïuvius, et ego feci memetipsum * : > Je viens > à toi. Pharaon, qui dis : Le fleuve est à moi, et

• c’est moi qui me suis fait moi-même. » Si l’on cltercbe à élever sa maison et à l'agrandir, qu'on pense que les chrétiens ont une postérité qui ne dépend pas des grandeurs de ce monde. Si l'on aspire à une autre éternité que celle que Dieu promet, qu’on se souvienne que Dieu renverse tous ces projets ambitieux. C'est ainsi qu’il ruina la maison d’Achab, la maison de Jchu; et que tous les jours il en fait disparaître tant d’autres, appuyées sur les mêmes fondements.

Quand quelqu'un est arrivé au haut degré des honneurs auxquels l'ambition aspire, on dit : II ne doit plus avoir de regret à mourir; et c'est précisément le contraire, parce que rien ne coûte plus que de quitter ce qu'on a aimé si passionncineut.

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