‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 171 sur 192 · XXIX. Des Geas de bien · texte numérisé non relu

XXIX. Des Geas de bien

Lajusticeest une espèce de martyre. L'homme dé bien, dans les fonctions publiques, ne peut gratifler ses amis ; l'injuste le peut. L’hommede bien se donne des bornes à lui-méme; l'injuste n'en connut aueu« nés. Celui à qui il fait du bien croit qu’il lui estdd; il n’oblige proprement que la .société, et qui est encore une mulUtude toujours ingrate. Il sou^ les injures et s'expose à toutes sortes d'outrages, croyant qu’il n’est non plus permis à un homme de bien de taire du mal qu’à un médecin de tuer.

Il est peu considéré , parce qu’il ne peut se faire d'amis que par la vertu, qui est une faible ressource ; parce que les hommes ordinairement sont injustes, car ils ne blâment que ceux qui sont injustesà demi. Ceux qui arrivent par leur injustice jusqu’à opprimer l’autorité des lois, sont loués, non-seulement par les flatteurs, mais parce quVn effet le genre humain ne juge que par les événements; que l’injustice impuniepasse aisément pour justice, si peu qu’elle ait d’adresse pour se couvrir de prétextes, et que les hommes estiment heureux ceux qui sont venus à ce point. Car il est vrai que les hommes ne Uàmeut l’injustice que parce qu’ils ne peuvent la faire , et qu'ils craignent de la souffrir.

De tout cela il résulte , que c'est principalement aux grands de pratiquer la justice : premièrement, parce qu'ilssont personnes publiques, dont le bien , i «îomme tels, est le bien public; secondement, parce qu’ik ne craignent rien à cause de leur puissance ; troisièmement, parce que leur appui doit être l’amour, la reconnaissance, le res{>ect de la multitude qui aime la justice, dont l’amour ne se corrompt en nous qu’à cause des intérêts particuliers.

Les hommes se réjouissent quand ils voient tom-

ber ceux qui sont gens de bien : ils prennent plaieir de le publier. Premièrement, vous les blâmez ; ils font plus. Us se condamnent, ils ae châtient : eeoondement , quand vous péchez par leurs exemple», vous faites pis qu’eux; car ils ne cherchent pas à s'excuser. « Ainsi celui-là est plus criminel que Da-

• vid , qui ose se permettre les crimes de ce roi, par- « ce que c’est lui qui les a commis : • tnde anima iniquior, quæ aun propterea feeerit qula/ecit David, pqjuê fecit quam David '.

Quand vous croyez qu’on ne peut pas être homme de bien à la cour, vous rendez témoignage contre vous-même, vous vous condamnez vous-même.

Tant qu’on est attaché au monde, on ne soup- ^nne pas qu’on puisse seulement aimer Dieu ; on prend tout à ma).

Les méchants ne veulent point trouver de bons . de peur de conviction , et pour ne point se joindre aux bonnes œuvres. De tout temps, la profession de vouloir bien faire a été odieuse au monde.

On hait les gens de bien ; « parce qu’ils rendent X témoignage contre le monde, que ses œuvres I « sont mauvaises : ■ quia testimonlum perhibeo de iUo quod opéra ejus mala suni ». On en médit; on I donne de mauvaises couleurs à leurs actions ; on j veut se persuader, et dire qu’il n’y en a point.

On ne saurait s'élever trop fortement contre ceux qui s’imaginent qu'il n'y a point de vrais pieux : d'otj ^ulte, premièrement, qu'ils désespèrent de le pouvoir devenir; secondement, qu’ils ne se joignent à aucune œuvre de piété, parce qu’ils soupçonnent toujours du ma) caché.

[Pour prémunir les espritsjcontre latentation qu’il n’y a point de gens de bien , disons-leur : Edete taies y et invenieiis taies : « Soyez tels que vous dési- « rez de voir les autres, et vous en trouverez qui « vous ressemblent. » Dans la grange , tout semble paille : le bon grain est mêlé ei caché dedans; il faut profiter de ce mélange. L’flglise est ici-b.is comina dans un pèlerinage; elle est étrangère : faut-il s’étonner si elle est mêlée de tant d’étrangers ?

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