‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 174 sur 192 · XXXII. Il fint régler m rie · texte numérisé non relu

XXXII. Il fint régler m rie

C’est un grand défaut dans les hommes de vouloir tout régler, excepté eux-mémes.

Il y a des gens qui commencent à vivre lorsqu’il faut cesser de vivre; ou plutôt qui ont cessé de vivre avant de commencer. Ceux-là commenceront , à la mort , une malheureuse stabilité. La providence de Dieu a ses fins déterminées, auxquelles arriveront enfin, sans y penser, ceux qui ne se déterminent jamais. Cêsera la fin de leur inconstance. Il faut donc se déterminer ; « il faut donc régler sa vie, et Tac* ■ complir de manière que chaque jour nous tienne

• lieu de toute la vie : > Id ago ut mihi instar fo* tius citæ *U dies '.

Je converse avec moi-méme comme avec le plus légitime censeur de ma vie.

XXXin. De rHoramc.

Rien de moins important que ce que fait l'hom* me, parce qu'il est mortel : rien de plus important, par rapport à réternité.

11 semble que la perfection de chaque chose con* siste en son action ; car chaque chose a son action. La perfection et le bien d'un architecte , c'est de bâtir; et du peintre , comme tel , de faire un tableau ; et ainsi des autres. Quoi donc! les artisans, ceux même qui font profession des arts les plus mécani* ques, ont leurs actions ; les cordonniers, les maçons, les charpentiers : l’homme seul se trouverait-il être sans action.’ La nature raura t-elle destiné à une oi* siveté éternelle? l’aura-t-elic formé si beau, si adroit, si désireux de savoir, pour le laisser toujours inutile ? ou bien ne faut-il pas dire plutôt, que , si les yeux , les oreilles, le cœur, le cerveau, et généralement toutes les parties qui composent l'homme, ont leur action , l'homme aura outre celles-là quelque action , quelqueouvrage, quelque fonction principale PQueile donc pourra être sa fonction? car certes la faculté de croître lui est commune avec les plantes. Or il est ici besoin de quelque chose qui lui soit propre ; parce que nous trouvons que la perfection de chaque chose est d’exercer l'action que et U nature lui ont

' Stitec. Mp. vu. ,

donnée , pour la distinguer des autres. Par exemple , la perfection du joueur de luth , en tant qu’il est tel , ne consiste pas en ce qu’il peut avoir de commun avee rarithmélicien et le peintre , comme peuvent être U subtilité de la main et la science des nombres; mais en ce qui lui est propre. Par cette même raison , H est clair que l’homine ne peut pas trouver sa perfection dans les fonctions animales ; car les bétes brutes l’égalent, et le surpassent même quelquefois, en celte partie. Que si nous trouvons, après une exacte recherche de tout ce qui est dans l'homme , que la raison est tout ensemble ce qu'il a de plus propre et de plus divin, ne faudra-t-il pas décider que la perfection de l’homme est de vivre selon la raison? Et de la il résulte que c’est dans cet exercice que consiste sa félicité. Car H est certain que chaque chose est heureuse, quand elle est parvenue à la perfection pour laquelle elle est née; et le bonheur du joueur (le luth, comme tel , est de toucher délicatement cer instrument si harmonieux. Car comme le propre du joueur de luth c'est de jouer du luth, aussi est-ce du bon joueur de luth d'en jouer selon les règles de l’art. Que si l’homme n'avait autre qualité que celle de jouer dti luth , il serait parfaitement heureux quand il aurait atteint la perfection de cette science. Il en est de même de la raison; et encore qu'il y ait en Hiomme autre chose que la raison, si est-ce néanmoins qu'elle est la partie dominante, et l’autre est née pour lui obéir : par où il paraît que la félicité de l’hotnrae consiste à vivre selon la raison. En quoi il ne faut pas prendre garde aux sentiments des particuliers ; car l'esprit de l'homme est capable d'errer, non moins dans le choix des choses qu'il faut faire pourêtre heureux, quedans la connaissance de toutes les autres vérités, üe sorte qu’il ne faut pas avoir égard à ceux qui se sont figuré une fausse idée de bonheur; et ainsi leur imagination étant abusée, ils semblent jouir de quelque ombre de félicité : semblables aux hypocondriaques , dont la fantaisie blessée se repaît du simulacre et du songe d’un plaisir vain etchimérique , et d’un fantôme léger, d’un spectacle sans corps.

Dieu a attaché des armes naturelles aux animaux , des ongles aux lions , des cornes aux taureaux, des dents aux sangliers : il les a au contraire séparé et détachées de l’boinme, pour modérer en lui l'appétit de la vengeance; [afin de le porter à ne les prendre] que par raison, [et l’engager à] y penser [avant de s'en servir.]

Les hommes affectent une liberté farouche qui ne connaît aucune règle, et ne veut dépendre que de son inclination. Les bêtes ne nuisent que par nécessité ou colère; l’homme, par plaisir. Quoique la nature semble année de toutes (larts contre nous, pour nous contenir dans les justes bornes, rien n’est capable de modérer la violence de nos passions, tant elles sont indomptables.

Un défaut qui empêche les boimues d’agir, c'est 1 de ue sentir pas de quoi ils sont ea pables. Trois choses

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les en empêchent : la crainte, p<mr ne s'élre pns éprouvés; la paresse, pour ne vouloir pas travailler; l’application ailleurs, pour satisfaire sa légèreté. La crainte présuppose un bon principe, le désir de bien faire; il le faut aimer : la paresse vient de lâcheté; il faut la combattre : l’application ailleurs vient de différentes causes; il faut se captiver. Il est à regretter qu’un bon naturel ne se mette pas à son meilleur usage.

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