‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 144 sur 282 · BUE A LA PAROLE · texte numérisé non relu

BUE A LA PAROLE

> blés. » Que si quelque docteur véritable, rte ceux dont parle l'apôtre saint Paul, • qui traitent droi-

> tentent et fidèlement la parole de vérité 1 * , * au 1 ieu de cette voie large et spacieuse qui nous mène à perdition , leur montre le chemin du salut dans une vie mortifiée et pénitente : ■ Otez-nous , di- » sent-ils, cette voie;» Auferte a me viam, déclinai e a me semitam * : Atez-nous cette voie , elle est trop incommode; « tirez-nous de ce sentier, • fl est trop étroit : s’il les presse par l’Évangile, et qu'il leur dise : C’est Jésus qui parle : ah! nous ne voulons point entendre sa voix , elle nous fiche et nous importune : Cesse t a /acte nostra Sanctus Israël 3 : qu’il n’y ait aucune partie de sous-mémes qui fléchisse.

Ainsi, mes frères, l’arrogance humaine emportée par ses passions ne veut point écouter le sauveur Jésus, s’il ne parle à sa fantaisie. Et jugeons-en par nous-mêmes, mettons la main sur nos consciences. Qui de nous , s’il en était cru , n’entreprendrait pas de changer et de réformer l’Évangile en faveur de ses convoitises? Il y a desvicesquenoushaissonspar une aversion naturelle ; et il n’y a point d’homme si corrompu , qu'il n’y ait quelque péché qui lui déplaise. Ah ! que nous aimons l’Évangile, lorsqu'il condamne ces vlcesque nous détestons I Celui-la sera d’un naturel doux , ennemi du trouble et de l'injustice: tonnez tant qu'il vous plaira , A divin Sauvenr, contre les rapines et les violences, il applaudira A votre doctrine : mais si vous lui Atez ccs plaisirs si chers, que votre parole lui paraîtra rude ! il ne pourra plus l’écouter. Un autre , naturellement libéral , entendra toujours avec joie ce qui se dira contre l'avarice : mais qu’on ne lui défende pas la médisance, qu’on lui permette de venger cette injure, qu'on lui laisse envelopper ses ennemis ou ses concurrents dans une intrigue malicieuse. O folie! A témérité! mon Sauveur, que vous êtes rude ! on ne peut s’accommoder avec vous. « Sau- < vez-nous, sauvez-nous, Seigneur, disait autre- • fois le prophète, parce qu’il n’y a plus de saint » sur la terre , et que les vérités sont diminuées » par la malice des hommes : • Diminutœ sunt veritates *. Elles ne sont pas tout à fait éteintes, i] y en a qui plaisent A quelques-uns ; mais , par une audace effroyable , chacun les diminue A sa mode, chacun retranche cc qui lui déplaît. Les hommes se sont mêlés de mettre une distinction entre les vices : U y en a qu’on laisse dans l’exécration , comme la cruauté et la perfidie : il y en a qu'on veut rendre honnêtes ; par exemple , ces

1 H. Tim. U, t.

1 /a. l». II.

- Ibid.

' Pi. Il, I.

DE JÉSUS-CHRIST. 387

passions douces, comme l’ambition , et ainsi des autres. Malheureux , qu'cntreprenez-vous? • Jé- ■ sus-Christcst-il divisé? “Divisas est Christus '? celui qui commande la fidélité, u'a-t-il pas commandé la tempérance ? celui qui défend la cruauté , n'a-t-il pas aussi défendu toutes ces douceurs criminelles? Pourquoi partagez-vous Jésus-Christ? pourquoi défigurez- vous sa doctrine par cette distinction injurieuse? que vous a fait l’Évangile , pour le déchirer de la sorte? Quid dimidias mendacio Christum? lotus veritas fuit ■? Est-ce donc que l’Évangile de Jésus-Christ n'est qu’un assemblage monstrueux de vrai et de faux , et qu'il en faut prendre une partie et rejeter l’autre? Toi us veritas: Il est tout sagesse , tout lumière, et tout vérité.

Mais, chrétiens, que faut-il donc faire pour écouter fidèlement ce Maître céleste ? le voici en un mot de saint Augustin dans le livre de ses Confessions : Optimus minisler tous est, gui non maÿis intuctur hoc a te audire guod ipse value rit, sedpotius hoc celle guod a te audierit *. « Celui-la est votre serviteur véritable , qui

• s'approche de vous, A Sauveur, non pas pour

• entendre ce qu'il veut , mais plutôt pour vouloir

• ce qu’il entend. » Parole vraiment sainte, vraiment chrétienne, et digne certainement d'être toujours présente A notre mémoire. C’est ainsi que vous devez écouter Jésus, comme un maître dont vous venez recevoir la loi, en désavouant humblementtoutee qui se trouvecontraireA ses volontés : et si vous le faites, messieurs, A Dieu, quelle sera votre récompense ! il fera un jour cc que vous voudrez, après que vous aurez faiteequ’ii veut ; et si vous accomplissez ses préceptes , il accomplira ses promesses. C’est ce qui me reste à vous dire, et que Je conclurai en peu de pat oies.

TBOlSlfelIB POINT.

Saint Thomas , traitant de la nature du vœu * , établit cette différence entre le commandement et la promesse, que le commandement règle et détermine ce que les autres doivent faire A notre égard ; et la promesse, au contraire, ce qne nous devons faire à l'égard des autres. Ainsi , messieurs, après avoir oui A quoi la parole de Jésus-Christ nous oblige envers lui par les préceptes, il est juste que vous entendiez A quoi il s'oblige envers vous par ses promesses. Ipsum audite; écoutez Jésns dans les promesses de son Évangile : et afin que vous entendiez quelle estime vous devez faire de cette promesse , concevez , s’il vous plaît, avec attention messieurs,

1 1. Cor. I, 13.

1 Teri. de Car. Chr. n* 6,

* Lib. i, cap. xxvi, 1. 1, col. 184.

4 2. t. Quint. LXXXVtlJ, art. I

3M SUK LA S(

iIjik ([dc1 ordre el par quelle suite Dieu s'engage à vous. Premièrement , il vous promet - secondement, pour vous rassurer, il confirme par serment toutes ses promesses : non content d avoir engagé sa fidélité , il nous envoie son F iis du ciel en In terre , [>our nous réitérer la même parole et nous persuader de sa bienveillance ; et enfin pour nous ôter tout scrupule, il nousdonnecomine un avant-goùt de la félicite qu’il nous a promise, dans la glorieuse transfiguration de Noire-Seigneur Jésus- Christ. C’est cette dernière circonstance qu'il nous faut examiner en peu de paroles.

C'était déjà une grande grâce qu’il eût plu a notre grand Dieu de s’engager à nous par des promesses : car, comme remarque tres-bien le grand saint Thomas , > celui qui promet quelque . chose , le donne déjà en quelque façon , en tant . qu’il s’oblige à le donner : ■ Qui promitlil, in quantum se obligat ad dandumjam quodammodo dat il veut dire que celui qui nous a promis , cucore qu’ri ne nous mette pas par cette promesse dans une possession actuelle, néanmoins il s’est en quelque sorte dessaisi lui-méme, en s’étant la liberté d’en disposer d’une autre manière. C’est pourquoi , dit le même saint Thomas , il parait par l’usage des choses humaines, qu’on rend grâces non-seulement à celui qui donne, mais encore à celui qui promet , quand il parait agir de bonne foi ; parce qu'encorc que le bien que l'on nous promet ne soit pas encore à nous parune possession actuelle, il est déjà ànous par engagement ; et que celui qui promet quelque chose, s’est déjà en quelque sorte dessaisi lui même, en s’ôtant la liberté d’en disposer d’une autre manière. Par conséquent il faut avouer que Dieu se liant à nous par ses promesses, nous donnait un merveilleux avantage.

Mais il fait en notre faveur quelque chose de bicu plus grand dans ia glorieuse transfiguration de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il connaît notre dureté et notre cœur incrédule : il sait que la vie future ne nous touche pas ; elle nous parait éloignée , et cependant nos esprits grossiers amusés ou emportés par les biens présents, ne connaissent pas les délices de ce bienheureux avenir. Que fera ce divin Sauveur? écoutez un conseil de miséricorde : - En vérité, en vérité, je vous le « dis, il yen aura parmi vous , dit-il , qui ne goû- . tarent point la mort, qu’ils n'aient vu le Fils . de Dieu dans sa gloire et dans son royaume : . Sunt de hic slantibus qui non gustabunt mortem, doneevideant l'ilium hominis venir ntem , » regno suo ’. Je veux aider vos sens , je veux

i j. j. qmiI. Lxnvm , «rl v , »d J

■ Afallt. *VI, SS.

Page 1