BOW’ET. — T. H
la force, nous deviendrions bientôt superbes. Dieu a trouvé ce tempérament : de peur que nous ne succombions sous l’infirmité , il nous a donné de ta force ; mais • de peur quelle ne nous cnlle en
* ce lieu de tentation et d’orgueil, il veut qu’elle
• se perfectionne dans l’infirmité : » I irtus qua hic, uhi superbiri potesl, non superbiatur, in infirmante perjicitur'. C’est pour cela , chrétiens , qu’il y a toujours dans notre temple quelque muraille qui s’entr’ouvre, quelque partie qui menace ruine, si on ne l’appuie ; il y a toujours qnelque partie faible, et qui demande continuellement la main de l’ouvrier : il faut visiter souvent , sinon vous serez accablés par une ruine imprévue.
Nous pouvons observer, à ce propos , une conduite particulière de Dieu sur notre nature : lorsqu’elle a été précipités par cette grande et terrible chute; quoiqu’elle ait été presque toute ruinée de fond en comble, il a plu à Dieu néanmoins que l’on vit , même parmi ses ruines, quelques marques de la grandeur de sa première Institution : comme dans ces grands édifices que l’effort d’une main ennemie ou le poids des années ont porté par terre; quoique tout y soit désolé, les ruines et les masures respirent quelque chose de grand , et nu milieu des débris vous remarquez un je ne sais quoi qui conserve la beauté du plan, la hardiesse et l’ordre admirable de l’architecture. Ainsi » le vice de notre nature » n’avait pas tellement obscurci en nous l’image « de Dieu, qu’il en ait effacé jusqu'aux moindres « trait3 : » Non usque adro in anima Humana imago Dei terrenorum afjectuum lahc de/rila est, ut nulla in ca relut tineamenta extrema rcmanscitint‘. Mais comme dans les ruines de cet édifice II a paru quelques restes de sa première grandeur et de. sa première beauté , je ne saisquoi de noble et de grand ; aussi , quand il a été rétabli , il a plu à notrearchitecte qu'il y efd quelques vieilles pierres, reste de sa caducitéancienne, qui demandassent toujours la main de l'ouvrier.
Le premier aété fait afin que nous connussions de quelle beauté nous étions déchus , et l'autre aussi pour nous faire entendre de quelle ruine nous avons été relevés. Le premier semblait donner à notre nature quelque lueur d'espérance „ et laisser en nous les traces sur lesquelles il avait dessein de nous rebâtir ; mais le second assurément est laissé afin de réprimer la présomption.
Connaissons donc , âmes saintes , combien l'orgueil est à craindre, et combien nous est nécessaire cet antidote souverain de notre faiblesse. Saint Paul nousen est un grand exemple; écou-
I 1 S. Au g. lib. it , cont. Julian, cap. n, n“ 1 1 , t. X, col- Wfc
I 1 Ibid. lib. de Spir. et Lit. n’ , t. x , col. I II.
r.00 l'Olj R LE JOUR DE PAQUES.
tcz comme il parle : « De peur que la grandcu r
• de mes révélations ne, m'enfle et ne me rende
• superbe » Écoutez et tremblez : « voyez quel « est celui qui parle en ces termes : c'est celui ,
• dit saint Au ustin*, qui nous a laissé de si beaux « préceptes, des sentences si mémorables pour
• abaisser l’orgueil le plus téméraire, pour lar-
■ radier jusqu'à la racine. » Mais tout cela, chrétiens, était la nourriture dont il s'entretenait; c'est pourqnoi saint Paul reconnaît qu’il a été nécessaire, pour réprimer en lui la tentation de l'orgueil , « qu'il fût tourmenté cruellement par
• un ange de Satan , et longtemps inquiété par
■ les infirmités de la nature : • Datas est mihi stimulus carnis meœ angélus Salaria' , qui me colaphizet ’. ■ Tant ce poison est dangereux,
> dont on ne peut empêcher l'effet que par un
■ autre poison <; » tant cette maladie est a craindre, qui ne prut être guérie que par un remède si violent.
S'il est ainsi, soumettons-nous, mes saurs, à cette méthode salutaire ; ne nous lassons pas de combattre, contre nos vices; entretenons notre édifice; soutenons soigneusement notre temple toujours caduc , et ne croyons pas que Dieu nous délaisse dans les tentations violentes : car, sur la foi du Médecin qui nous traite , nous devons croire que ce remède nous est nécessaire. - Mon
- àme, dit David, est troublée ; et vous, Seigneur,
- jusqu’à quand, jusqu'à quand me laisserez-vous
■ dans ce trouble? » et anima mea turbata est raide; sed lu, Domine, usquequo ’V Et le Seigneur lui répond : ■ Jusqu'à ce que v ous connais- ■. sie/.par expérience que c’est moi qui suiscapablc
• de vous secourir : car si je vous secourais sans
- remise aucune , vous ne sentiriez pas lecombat;
• si vous ne sentiez pas le combat , \ ous présume- « riez de vos forces ; et cet orgueil , qui vous « enflerait, serait un obstacle invincible à votre
> victoire*. » Écoutez, mes saurs ; vousentendrez facilement que cette leçon de saint Augustin vous regarde. « biais, quoi! n'avez-vous pas dit, û
• Seigneur ! continue admirablementsalnt Augus-
■ tin, qu'aussitot que nous parlerions vous vien- « dricz à notre secours : » Adliuc, te loquente, dieam : Ecce adsum'tU est vrai; il l'a dit ainsi, et il est fldele en ses promesses : « car il nous r.s- « sisle en différant, et le délai même est un se-
■ cours : * Et cum differtadest, et qnod differt atlesl, et differendo adest*. Il n’abandonne pas
» II. Cor. xii, 7.
» Srrm. CLXHI , n* 8, t» Y, COl. 788.
* II. Cor. Xll, 7.
* S. Aug. Srrm. a.xm , n° 8, t. v, col. 78*.