CVI
puli;quisedet super cherubim, moveaturtem ' I Voilà ce règne terrible , ce règne de fer et de rigueur, qu'un autre prophète iléerit en ces mots :
In manu forti, et i» brachio extento, et in furore efjuso rrgnabo super nos * : « Je régnerai « sur vous, dit le Seigneur, en vous frappant - d’une main puissante et en épuisant sur vous . toute ma colère. •
Dieu ne règne sur les hommes qu’en ees deux manières : il règne sur les pécheurs convertis, parce qu’ils se soumettent à lui volontairement ; il règne sur les pécheurs condamnés , parce qu'il se les assujettit malgré eux. LA est un règne de I paix et de gréée , Ici un règne de rigueur et de justice; mais partout un règne souverain de Dieu, parce que IA on pratique ce que Dieu commande , ici l’on souffre le supplice que Dieu impose : Dieu reçoit les hommages de ceox-IA; il fait justice des autres. Pécheur que Dieu appelle à la pénitence et qui résistez A sa voix , vous êtes entre les deux ; ni vous ne faites ni vous n'endurez ce que Dieu veut : vous méprisez la loi et vous n’éprouvez pas la peine; vous rejetez l’attrait et vous n'êtes point accablé par la colère. Vous bravez jusqu’A la bonté qui vous attire, jusqu'A la patience qui vous attend ; vons vive* maître absolu de vos volontés , Indépendant de Dieu , sans rien ménager de votre part, sans rien souffrir de la sienne ; et il ne règne snr vous ni par votre obéissance volontaire , ni par votre sujétion forcée. C’est un état violent , je vous le dis , chrétiens , encore une fois ; il ne peut pas subsister longtemps. Dieu est pressé de régner sur vous , car voyez en effet combien Il vous presse. Que de douces invitations I que de menaces terribles ! que de secrets avertissements ! que de nuages de loin ! que de tempêtes de près I Regardez comme il rebute toutes vos excuses ; il ne permet ni A celui-là de mettre fin A ses affaires, ni A cet autre d’aller fermer les yeux A son père * : tout retardement l’importune, tant il est pressé de régner sur vous I S’il ne règne par sa bonté , bientAt et plus tAt que vous ne pensez il voudra régner par sa justice. Car A lui appartient l’empire , et il se doit A lui-mérae et A sa propre grandeur d’établir promptement son règne. C’est pourquoi notre grand Baptiste crie dans le — désert : et non-seulement les rivages et les montagnes voisines , mais même tout l’univers retentit de cette voix : Faites pénitence , faites pénitence , riches et pauvres , grands et petits , princes et sujets ; que chacun se retire de ses mauvaises voles:
• car le régne de Dieu approche : • appropinquat enim regnum calorum 4.
■ Pi. xevin, I. — 1 Exich. xx,3».
» Lut. re , E.v. 81.
* w«ns.iu, t.
igle
DE LA PENITENCE
Ï1 approche en effet , messieurs , puisque le Fi Is C'est pour cela que saint Jean-Baptiste ne nous
de Dieu paraîtra bientôt. Le régne de la bonté ap- donne aucune relâche : • La cognée , dit-il , est proche avec lui , parce qu'il nous apporte en nais- - à la racine ; tout arbre qui ne porte pas de bon sant la source des grâces ; mais le règne de la jus- ■ fruit sera coupé et Jeté au feu : faites donc , faitic* s'approche et avance d’un même pas , parce i ■ tes promptement de dignes fruits de pénitence : qu'elle suit toujours la bonté de près pour en ven- Facile ergo fructus dignos pœnitcntiœ' . Il faut ger les injures. La grande bonté rejetée attire les tâcher, chrétiens , que nous tirions aujourd'hui grandes rigueurs; les bienfaits méprisés pressent quelque utilité de ces salutaires paroles, et que la vengeance et lui préparent la voie , et saint nous n’ayons pas écouté en vain un si grand pré- Jean ne voua a pas tu ce conseil de Dieu. Quand dlcateur que saint Jean-Baptiste, il voit paraître Jésus-Christ au monde , c’est alors Le figuier infructueux *. Vous avei eu la pluie , qu’il commence à dire que la cognée est à la ra- vous avez eu le soleil , vous avez eu la culture ; cine. Tout presse Dieu à se venger des ingrats; vous n’avez plus à attendre que la cognée et te sa bonté le presse, ses bienfaits le pressent; le feu.
dirai-je? son attente même le presse, car il n’y a II faut quelque chose de nouveau pour vous rien qui fasse tant hâter la vengeance qu’une Ion- émouvoir. Vous avez franchi hardiment les plus gue attente frustrée. puissantes considérations. Cette première ten-
Ainsi je vous conjure , mes frères , ne vous fiez dresse d’une conscience innocente , ah ! que vous pas au temps qui vous trompe; c’est un dange- l’avez endurcie! La pénitence , la communion , reux imposteur, qui vous dérobe si subtilement vous avez appris à les profaner : cela ne vous Unique vous ne vous apercevez pas de son larcin. Ne ehc plus. Les terribles Jugements de Dieu qui regardez pas toujours le temps à venir ; considérez avaient autrefois tant de force pour vous émouvotre état présent : ce que le temps semble vous voir; vous avez dissipé comme une vaine frayeuf donner, il vous l’ôte ; il retranche de vos jours en l’appréhension que vous aviez de ce tonnerre , et y ajoutant. Cette fuite et cette course insensible vous vous êtes accoutumés à dormir tranquilledu temps n’est qu’une subtile imposture pour nous ment à ce bruit.
menerinsensiblcmentaudernierjour. Lajeuncsse Nous voilà réduits aux miracles. Expérience y arrive précipitamment, et nous le voyons tous des pécheurs [qu’ils ont laissés toujours les mêles jours. Partant , n’attendez pas de Dieu tout ce mes]: fa peccalo vestru jnoricmini 3 : ■ Vous que vous prétendez : ne regardez pas les jours . mourrez dans votre péché. » qu’il vous peut donner, mais ceux qu il vous peut [ Faire ] attention aux choses dites , point tant ôter; ni seulement qu’il peut pardonner, mais songer au prédicateur. Les choses que nous disons encore qu’il peut punir. Ne fondez pas votre espé- sont-elles si peu solides , qu'elles ne méritent de rance et n’appuyez pas votre jugement sur une réflexion que par la manière de les dire? Tant chose qui vous est cachée. d’heures de grand loisir ! pourquoi sont-elles tou-
Je n’ignore pas, chrétiens, que Dieu, « qui tes des heures perdues? Pourquoi Jésus-Christ « ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se n'en aura- 1- il pas quelques-unes plutôt qu'un amu- « convertisse et qu’il vive ’ , - prolonge souvent le sentent inutile? Ainsi puisse Jésus-Christ naissant temps de la pénitence. Mais il faut juger de ce vous combler de grâce! puissiez-vous recevoir temps comme des occasions a la cour. Chacun at- en lui un Sauveur et non un juge! puissiez-vous tend les moments heureux , les occasions favora- apprendre à sa crèche à mépriser les biens périsbles pour terminer ses affaires. Mais si vousatten- sables , et acquérir les inestimables richesses que dezsans vous remuer, si vous ne savez profiter du sa glorieuse pauvreté nous a méritées ! temps , il passe vainement pour vous , et ne vous apporte en passant que des années qui vous incom- | '",’n*
modent. Ainsi, dans cette grande affaire de lapé- > ÏBi, si.
nitence , celui-là peut beaucoup espérer du temps , qui sait s’en servir et le ménager. Mais celui qui attend toujours et ne commence jamais , voit couler inutilement et se perdre entre ses mains tous ces moments précieux dans lesquels il avait mis son espérance. Que lui apporte le temps, qu’une plus grande atteinte à sa vie , un plus grand poids à ses crimes , une plus forte attache à ses habitudes?
1 JOcilUill.
tse
SUR LA NÉCESSITE
FRAGMENTS
SUR I.E MÊME SUJET'
Activité dp la Ju.llM divine contre Ip pêcheur. Son opposttion n ta loi de Dh-u. Kffetvqui en rr*ullrnl contre lut. f> qu'il diitt taire pour éviter Ipv coup» île la roula vcngercue. Dignes truiti de pénitence, toujours salutaires.
« Une voix crie dans le désert : Préparez les
• voies du Seigneur, aplanissez les sentiers de . notre Dieu ; pour cela il faut combler toutes les
- vallées et abattre toutes les montagnes ’ : » c'està dire , qu’il faut relever le courage des consciences abattues par le désespoir, et abattre sous la main de Dieu, par la pénitence, les pécheurs superbes et opiniâtres qui s'élèvent contre Dieu , etc.
L’Église fera bientôt le premier, lorsqu'elle dira aux pécheurs : Consolamini , consolamini'.... Gauilium magnum ; g ai a nain» est robis
- hodie Salmtor * : « Consolez-vous, consolez -
• vous.... Je vous annonce le sujet d’une grande «joie.... Il vous est né un Sauveur. » Mais devant que de relever leur courage , il faut premièrement abattre leur arrogance : Jam cniui sccuris ad radieem arboruin posita est' : « Car la co-
• gnéc est déjà mise à la racine de l’arbre. ■ Pour cela il faut des paroles inspirées d’en haut. Ave, Maria.
Deux coups : celui du péché, celui de la justice divine. L’un ôte la vie, l'autre l’espérance : le coup du péché, la vie ; le coup de la justice l’espérance. Chose étrange et Incroyable , messieurs ! après la perte de la vie peut-il rester de l’espérance? Oui , parce que Dieu est puissant pour ressusciter les morts, et qu'il « peut, dit notre
• évangile, faire naître des enfants d’Abraham ■ de ces pierres6 » insensibles et inanimées; et sa miséricorde infinie lui faisant faire tous les jours de pareils miracles, ceux qui ont perdu la vie de la grâce n’ont pas néanmoins perdu l’espcranee , etc.
Faut traiter le second point et dire par quels degrés Dieu abat l’appui et le fondement de cette espérance mal fondée. Ce coup n'est pas toujours sensible; il desséche l'arbre et la racine en retirant ses inspirations.
Ainsi je ne m'étonne pas si les pécheurs convertis regardent l'état d’où ils sont sortis avec une
1 Cm fragim-nti nous ptralsienl «voir été compovés par Pauteur pour éUr adaptés au sermon précédent , qu’il aura voulu prêcher dans quoique autre occasion avec certaini changeâtes!» et de» addition». {Edit. de Déforit.)
» Lue. lit, 4.
* Luc. U , lu. 11.
* llnd. Ill, 9.
' Luc. ih, ë.
telle frayeur, et ne se sentent pas moins obligé* à Dieu que s'il les avait tirés de l’enfer. Vosuerunt me in laeu inferiori' : • Ils m'ont mis dans • une fosse profonde. • Eruisti animam meam ex infemo inferiori' : « Vous avez retiré mou âme
■ de l’enfer le plus profond. • Deux choses font l'enfer : la peine du damné , séparation étemelle d’avec Jésus-Christ ; Nescio vos 1 : • Je ne vous con- « nais pas. » A la sainte table , il ne nous connaît plus. Elle est étemelle de sa nature. Le feu, la peine du sens. Il n'est pas encore allumé ; mais nous en avons en nous le principe. En effet , d'où pensez-vous, chrétiens, que Dieu fera sortir [cc feu? du sein même du pécheur].
Le moment que Dieu a marqué pour donner ce coup irrémédiable qui enverra les pécheurs ail feu éternel , par une juste disposition de sa prov idenee , ne leur doit pas être connu . C’est un secret que Dieu se réserve et qu'il nous cache soigneusement , afin que nous soyons toujours en aclion et que jamais nous ne cessions de veiller sur nous. Néanmoins le pécheur s’endort dans les longs délais qu’il lui donne, l'attendant à la pénitence ; et pétulant qu’il dort à son aise au milieu des prospérités temporelles , il s’imagine que Dieu dort aussi : « Il dit dans son cœur :
■ Dieu l'a oublié ; r il ne prend pas garde A mes cri- I mes : Dixücnim incorde suo : Oblilusest Meus J ;
et parce qu'il ne songe pns à se convertir et que Dieu ne lui fait pas sentir sa fureur, il croit que Dieu ne songe pas à le punir. Pour lui ôter de l’esprit cette opinion dangereuse , tâchons aujourd’hui de lui faire entendre une vérité chrétienne qui uous est représentée dans notre évangile et que je vous prie de comprendre : c’est que Injustice dh ine, qui semble dormir, qui semble oublier les pécheurs , les laissant prospérer longtemps en ce monde, est toujours en armes contre eux, toujours en action , toujours vigilante , toujours prête A donner le coup qui les couptra par la racine, pour ne leur laisser aucune ressource.
Mais, afin de bien comprendre cette vérité, il est nécessaire , messieurs , de vous expliquer plus profondément ce que j’ai déjà touché en peu de paroles touchant la contrariété infinie qui est entre le pécheur et la justice de Dieu. Je suivrai encore le grand Augustin , et les ouvertures admirables qu’il nous a données pour l’éclaircissement de cette matière en son épltre quarante-neuvième 5. Il remarque donc en cc lien qu’il y a cette opposition entre le pécheur et la loi , que comme le
' Pi. lxvxtii.s.
* Ibid unv, 12.
» Natlh. \\y, 12.
I * Epiai. ai , al. 49, t. il , col. 2tl et *eq.
DE LA PENITENCE
tu?
pécheur détruit la loi autant qu'il le peut, la lai | réciproquement détruit le pécheur ; tellement qu’il y a entre eux une inimitié qui jamais ne peut être réconciliée : et quoique cette vérité soit très-claire, vous serez néanmoins bien aises , messieurs , d'entendre une belle raison par laquelle saint Augustin l'a prouvée. Elle tombera sans difficulté dans l'intelligence de tout le monde, parce qu'elle est établie sur le principe le plus connu de l’équité naturelle : « Ne fais pas ce que tu ne veux pas
• qu’on te fosse : » In qua mensura mensuri fueritis, remetietur vobis ■ : « On se servira envers ■ toi de la même mesure dont tu te seras servi. ■ Pécheur, qu’as-tn voulu faire à In loi de Dieu? N'as-tu pas voulu la détruire et anéantir son pouvoir? Oui, certainement , chrétiens. « Les hommes
- qui ne veulent pas être justes , souhaitent qu'il
- n’y ait point de vérité, et par conséquent point
• de loi qui condamne les injustes : » Qui dum nohe.tt esse jusli , nolunt esse veritatem qua damnentur injusti ’.
Et c'est pour cela , chrétiens , que Moïse descendant de la montagne , entendant les cris des Israélites qui adoraient le veau d’or, laisse tomber les tables sacrées où la loi était écrite et les brise : Vtdit vitulum et choros, etprojccil tabulas, etfregit eas i * *. ■ Il vit le veau et les danses , et il jeta les . tables et les brisa. > Et cela , pour quelle raison , si ce n'est pour représenter ce que le peuple faisait alors? Ah ! ce peuple ne mérite point d'avoir de loi , puisqu'il la détruit entière en ce moment qu'on la lui porte de la part de Dieu. Qu'a fait cette loi pour être brisée? Détruisez les pécheurs , faites-lcs mourir I II le fera en son temps, mais en attendant il nous montre ce que nous faisons à la loi.
C'est pourquoi il brise les tables où le doigt de Dieu était imprimé ; et remarquez , s'il vous plaît , messieurs , que le peuple ne pèche que contre l’article qui défendait d'adorer les idoles : Won faciès tibi sculptile 4 : « Vous ne vous ferez point d’image « taillée nu ciseau. • Mais qui pêche en un seul article, il détruit autant qu’il peut la loi tout entière. C'est pourquoi il laisse tomber et il casse ensemble toutes les deux tables pour nous faire entendre, mes frères, que par une seule transgression toute la loi divine est anéantie. Mais comme les pécheurs détruisent la loi , il est juste aussi qu’elle les détruise ; il est juste qu’ils soient mesurés selon leur propre mesure, et qu'ils souffrent justement ce qu’ils ont voulu faire injustement. Car si cette règle de justice doit être observée
1 Luc- vu. 2.
1 S. Jhj. Tract, v., iu Juan, n* J, I NI . pirt. Il, cul. 221.
i Tiod. V Mil , 12.
* Ibut. VS, !..
entre les hommes, de ne faire que ce que nous voulons qu’on nous fasse; combien plus de l'homme avec Dieu et avec sa loi éternelle I Et c'est pourquoi , dans l’histoire que j'ai racontée , le même Moïse qui brisa la loi lit aussi briser le veaud or,et mettre à mort tous les idolâtres dont l’on fit un sanglant carnage; nous montrant par le premier ce que le pécheur veut faire à la loi , qui est de l’anéantiret de la rompre effectivement, et nous faisant voir par le second ce que fait la loi au pécheur, qui est de le perdre et le mettre en pièces. - Ainsi , dit saint Augustin , ce que le pé- « cheur a fait à la loi à laquelle il ne laisse point « de place en sa vie , la loi de son cété le fait au - pécheur en lui Otant la vie à lui-même : » Quod pcccator facit legi quant de sua vita abstulit , hoc ei facit lex ut anferat eum de hominum vita quant régit
Voilà donc une éternelle opposition entre le pé ■ cheur et la loi de Dieu, c’est-à-dire, par conséquent entre le pécheur et Injustice divine. De là vient que la justice divine nous est représentée dans les Écritures toujours armée contre le pécheur. « Toutes ses flèches sont aiguisées, nous dit le • prophète , tous ses arcs sont bandés et prêts à « tirer : ■ Sagittœ ejus acutœ, et omnes arcus ejusextenti *. Que s'il retarde par miséricorde à venger les crimes, sa justice cependant souffre violence : “ Cela m’est à charge, dit-il, et j’ai « peine à le supporter : • Facta surit mi Ai molesta, laboravi sustinens J. Mais pourquoi chercher ailleurs ce que je trouve si clairement dans mon Évangile? Que ne puis-je vous représenter et vous faire appréhender vivement le tranchant épouvantable de cette cognée appliquée à la racine de l’arbre? A toute heure, à tous moments elle veut frapper, parce qu'il n’y a heure, il n'y a moment ou la justice divine irritée ne s'anime elle-même contre les pécheurs. Il est vrai qu’elle retarde à frapper, mais c’est que la miséricorde arrête son bras. Elle tâche toujours de gagner le temps ; elle pousse d'un moment à l'autre, nous attendant u la pénitence. Pécheurs, ne sentez-vous pas quelquefois le tranchant de ccttc justice appliqué sur vous? Lorsque votre conscience vous trouble , qu'elle vous inquiète, qu elle vous effraye , qu'elle vous réveille en sursaut , remplissant votre esprit des idées funestes de la peine qui vous suit de près, c’est quelajustice divine commence à frapper votre conscience criminelle : elle crie, elle vous demande secours , elle se trouble , elle est étonnée. Muis , ô Dieu ! quel sera son étonnement , lorsque la justice divine laissera aller tout à fait la main I
’ Sfrttt. «I , n- 2» , fol . 282.
1 lu. V, 28.
* Ibid. I, lé.
tint SUR LA NECESSITE
Que si elle demeure insensible , si elle ne s'aperçoit pas du coup qui ta frappe, ah! c'est qu'il a déjà donné bien avant, que l'esprit de vie ne coule plus , et de là vient que le sentiment est tout offusqué. Mais soit que vous sentiez ce tranchant, soit que vous ne sentiez pas le coup qu'il vous donne, U touche, il presse déjà la racine, et il n’y a rien eutre deux.
O pécheur, ue trembles-tu pas sous cette main terrible de Dieu , qui non-seulement est levée , maisdcjàappesantiesurtatétc?/ameni«nsecum ad radicem arboris posita est : - I.a cognée est • déjà mise à la racine de l'arbre. > Elle ne s'approche pas pour ébranler l'arbre, ni pour en faire tomber les fruits ni les feuilles ; plaisirs , richesses, les biens de fortune, biens externes qui ue tiennent pas à notre personne : il ne faut pas un si grand effort , il ne faut pas [toucher] la racine , il ne faut que secouer l'arbre. Elle n'en veut pas même aux branches, à la santé, à la vie du corps : elle le fait quelquefois , mais ce n'est pas là maintenant où elle touche : « Elle est à la racine, » dit saint Chrysostôme : Apposila est ad radiccm. Il n'y a plus rien entre deux ; et apres ce dernier coup , qui nous menace à toute heure , il n'y a plus que le feu pour nous , et encore un feu étemel. Représentez-vous , chrétiens , un homme à qui son ennemi a été les armes , qui le presse l'épcc sur la gorge. Demande la vie , demande pardon ; il commence à appuyer de la pointe sur la poitrine à l'endroit du cœur. C’est ce que Dieu fait dans notre Évangile : il n’enfonce pas encore le coup , ce sont les mots de saint Chrysostôme; mais aussi ne retire-t-il pas encore la main. Il ne retire pas , de peur que tu ne te relâches et ne t'cnilcs ; et il n'avance pas tout à fait , de peur que tu ne périsses. En cet état il te dit dans notre Évangile : Ou résous-toi bientôt à la mort, ou demande promptement pardon : Omnis arbor non faciens fructum, excidelur : « Tout arbre qui ne fait point « de fruit , sera coupé. « Ne désespère pas , 6 pécheur, il n'a pas encore frappé; tremble néanmoins , car 11 est tout prêt , et le coup sera sans remède. Peut-être va-t-il frapper dans ce moment même ; peut-être sera-ce la dernière fois qu'il te pressera à la pénitence.
Mais je suis en bonne santé : épnrgne-t-i! la jeunesse? Épargne-t-il la naissance? Épargne-t-il la modération, qui semble un des plus puissants appuis de la vie? Mais en un moment il renverse tout. Et puis quand il te voudrait prolonger la vie , il suit bien nous frapperdunc autre manière. Peutêtre qu'il ne laissera pas de frapper en retirant pour jamais les dons de sa grâce. S'il les retire , arraché ou desséché , c’est la même chose ; le coup est donné , la racine est coupée , l'espérance est morte.
Que tardons-nousdonc , malheureux , à lui donner les fruits qu'il demande? Eh quoi ! si vite, si promptement , et si près du coup de là mort ? Oui , mes frères, en ce moment même faites germer ces fruits salutaires; ces fruits peuvent croître en toutes saisons, etils n'ont pas besoin du temps pour mûrir. Nathan menace David de la part de Dieu ; voilà la cognée à la racine. En même temps , sans aucun délai : • J’ai péché, » dit-il au Seigneur. Voilà le fruit de la pénitenee ; et au même instant qu'il parait , le tranchant de la cognée se retire : Dominus translulit peecatum tuum ' : ■ Le Sci- * gneur a transféré votre péché. * Ne deinando donc pas un long temps pour accomplir un ouvrage qui ne demande jamais qu'un moment heureux. Il suffit de vouloir, dit saint Chrysostômc *, et aussitôt le germe de ce fruit parait ; et la cognée se retirera sitôt qu'elle verra paraitre , je ne dis pas le fruit , mais la fleur ; je ne dis pas la fleur, mais le nœud , mais le moindre rejeton qui témoignera de la vie. Ah ! s’il est ainsi, chrétiens, malheureux et mille fois malheureux celui qui sortira de ce lieu sacré sans donner à Dieu quelque fruit ! Si vous ne pouvez lui donnerune entière conversion, une repentance parfaite , ah I donnez-lui du moins quelques larmes pourdéplorervotrcnveuglement. Ah ! si vous ne pouvez lui donner des larmes , ah ! laissez du moins aller un soupir qui témoigne le désir de vous reconnaître : et si la dureté de vos cœurs ne vous permet pas un soupir, battez-vous du moins la poitrine, jetez du moins un regard à Dieu pour le prier de fléchir votre obstination ; donnez quelque aumône à cette intention , et pour obtenir cette grâce. Ce n'est pas moi , mes freres , qui vous le conseille, c'est la voix du divin précurseur qui vous y exhorte dans notre Evangile. C'est lui qui excite aujourd’hui les peuples à faire des fruits de pénitence. C’est lui qui , pour les presser vivement, leur représente la cognée terrible de la vengeance divine toute prête à décharger le dernier coup , s'ils ne produisent bientôt ces bons fruits. Là-dessus le peuple : Quid faciemus 3 « Quel fruit produirons-nous? - Qui habet duas tunicas, det non habenti; et qui habet escas , similiter facial *. « Que celui qui a deux habits i en donne à celui qui n'en a pas ; et que celui « qui a de quoi manger en agisse de même. ■ C’est pour celte maison qu'il parlait. Vous diraije à la honte de l'Église ? non , ces pauvres catholiques n’ont pas d'habit , ils n'ont pas de nourriture I Ne dites pas : Je l'ignorais. Je vous le déclare ; ne croyez pas que nous inventions. Ce n'est pas ici un théâtre ou nous puissions inventer à plaisir
1 1T. Rcç. xu, IV.
* llomii. si . nt ,v. im*. t. vu , p. IM, IS3
1 Luc. in, lu, II.
DE LA PÉNITENCE
des sujets propres à émouvoir et à exciter les passions. Que de profusion dans les tables I que de vanités sur les habits ! que de somptuosité dans les meubles ! Mais quelle rage etquelie fureur dans le jeu 1 le désespoir [de ces infortunés est la suite de tant de désordres]. Nous rendrons compte de ces âmes.
Quand il léchera le dernier coup, etc. Moment que Dieu a réservé & sa puissance. Le dernier coup après les grandes miséricordes, après l'abondante effusion, [après I’] épanchement des grandes grâces. Preuve par notre Évangile : Jam enim securis : « Déjà la cognée. » ■ Le Sei- « gneur avait commencé à s’ennuyer : » Cœpil Do minus tœderc '. Dégoût [de Dieu ,] quand on passe si facilement du crime à la pénitence, et de la pénitence au crime. Déjà , depuis la venue du Sauveur, Dieu s’était irrité contre son peuple qui avait méprisé les prophètes : « Ils ont , dit-il , « appesanti leurs oreilles, ils ont endurci leur « coeur comme un diamant , pour ne point écouter « les paroles que je leur ai envoyées en la main « de mes serviteurs les prophètes ; et il s'est élevé « une grande indignation, nne commotion vio-
• lente dans le cœur du Seigneur Dieu des ar-
• mées : » El facta est indignatio magna à Domino excrcituum ’. Pour venger le mépris de ses saints prophètes , Dieu a secoué la nation judaïque comme un grand arbre , il en a fait tomber les fruits et les feuilles , la gloire de ce peuple , la couronne et le sceptre de scs rois entre les mains des rois d’Assyrie. Il jette les sceptres comme un roseau : quand il lui plaît , un roseau est un sceptre et un sceptre est un roseau. Il a frappé les branches , les tribus : une partie au delà du fleuve, une autre en quelque partie de l'empire des Assyriens : cependant encore une souche en Israël , encore une racine en Jacob. Le temple, les sacrifices, le conseil de In nation, l’autorité des pontifes , enfin une forme d’empire , de république. Jésus est venu , Jésus a prêché , etc. Jam securis ad radicem : L’arbre a été coupé par le pied , ou plutôt déraciné tout à fait.
Titc vient bientôt après Jésus-Christ : le vengeur suit de près le Sauveur. Ils n’ont pas connu le temps de leur visite : Dieu les visite à main armée. I.'aigle romaine vient fondre sur eux et les enlever, malgré les forteresses dans lesquelles ils avaient mis leur confiance. Tite se reconnaît l'instrument de la vengeance de Dieu. Sans savoir le crime, il reconnaît la vengeance; tant le caractère de la main de Dieu paraissait de tontes parts. - Tite , dit Apollonius de Tyane , en « prenant Jérusalem, avait rempli de cadavres,
' rv. K*}, i , m.
1 Z ach. m , 11,13
• tous les lieux d'alentour. Les peuples voisins « voulurent le couronner en considération de sa - victoire. Mais il leur répondit qu'il était indi-
• gne de eet honneur, qu'on ne devait point lui
■ attribuer les œuvres extraordinaires qui ve-
■ noient de s'opérer ; qu’il n’avait fait que prêter
■ ses mains à Dieu, qui exerçait manlfestemen» « sa colère contre les Juifs : * tnterea Titus captis Hicrosoiymis , omnia circum loca cadaocribus compleverat. Finitima autem gentes ob vietoriam coronare ipsum volucrunt. /Ile vero tali honore indignum se esse respondit ; non enim se esse talium operum auctorem ; sed Deo iracundiam contra Judaos demonstranti , suas inanus prabuisse '.
Le temple renversé, le sacrifice aboli, toute la nation dispersée , le jouet et la dérision de tous les peuples du monde : Omnia in figura eontingebant illis * : « Tout leur arrivait en figure. * Ce peuple dans ses bénédictions , figure de nos grâces; dans ses malédictions , figure de la vengeance que Dieu exerce sur nous, etc. Le baptême, la pénitence; le pain des anges, viande céleste. Dieu s'approche de l’arbre , non pour faire tomber les fruits et les feuilles. Il n'en veut ni à votre bien , ni à vos fortunes. Il ne faut pas la cognée , il ne faut pas la racine. Les biens externes tiennent si peu qu’il ne faut que secouer l'arbre légèrement; et après, le moindre vent les emporte. Il n'en veut pas aux branches , à la santé , à la vie ; ad radicem , au fond de l'âme. Arbre infructueux , où il ne trouve aucun fruit; guce non farit fruclum bonum.
« Un homme avait un figuier planté dans sa
• vigne ; et venant pour y chercher du fruit , il
• n’y en trouva point. Alors il dit à son vigneron : « Il y a déjà trois ans que je viens chercher du « fruit à ce figuier sans y en trouver; coupez-le < donc ; pourquoi occupe-t-il la terre inutilement?
• Le vigneron lui répondit : Seigneur, laissez-le
• encore cette année , afin que Je le laboure au
• pied et que j’y mette du fùmler : après cela s'il
• porte du fruit , à la bonne heure ; sinon vous le
• ferez couper J. •
Je suis venu depuis trois ans : trois ans , c'est un terme immense pour l’attente de notre Dieu. Comptons vingt ans , trente ans , cinquante ans. Songez à votre âge, je n’entreprends pas de faire ce dénombrement ; et il n'a pas encore trouvé de fruit. Les autels de notre Dieu n'ont pas en-
1 PKilost Apot. Tyair. Film , Hb. VI, Clip. XIV. Sopjurt »'é- Uit conlenlé d'indiqupr dam son manuscrit le rédt de Philo»' trate, par ce* mol* : Ce qui en et! écrit dont la Fie d’ À poliotiiu $ Tyeneu». Nous a von* cru entrer daniM*» vue*, en donnant Ici le lexle important de l'historien d’Apoltoulu». ( Êdit. de Ihjurit.)
* l. Cor. x , II.
• Luc. XIII, 7, 9.