‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 76 sur 282 · SUR LE MYSTÈRE DE LA NATIVITÉ DE NOTRESEIGNEUR · texte numérisé non relu

SUR LE MYSTÈRE DE LA NATIVITÉ DE NOTRESEIGNEUR

(•fifCUL DVNS L'ELISE CATUÙJBALE DE UEAUX, EN lODf

Cararlër(*s du Messie promis TrolsAorlcsdecontrodlellons Ati\(|ucllf* U «Et en bulle, meme parmi Ifs chrétien» cl daits l'KtlUe.

Celui-ci, cet enfant qui vient de naître, dont les anges célèbrent la naissance , que les bergers viennent adorer dans sa crèche, que les Mages viendront bientôt rechercher des extrémités de l'Orient , que vous verrez dans quarante jours présenté nu temple, et mis entre les mains du saint vieillard Siméon : « cet enfant , dis-je , est « établi pour la ruine et pour la résurrection de « plusieurs dans Israël ’ , » non-seulement parmi les Gentils, mais encore dans le peuple de Dieu et dans l'Église qui est le vrai Israël ; » et pour « être en butte aux contradictions ; et votre ilme « sera percée d'une épée : » et tout cela se fera , « afin que les pensées que plusieurs tiennent ca- > chées dans leurs cœurs , soient découvertes. * I.a religion est un sentiment composé de crainte et de joie : elle inspire de la terreur à l’homme , parce qu'il est pécheur ; elle lui inspire de la joie , parce qu'il espère la rémission de ses pèches : elle lui inspire de la terreur, parce que Dieu est juste ; et de la Joie , parce qu'il est bon. Il faut que l'homme tremble et qu'il soit saisi de frayeur, lorsqu'il sent en lui-même tant de mauvaises inclinations ; mais il faut qu'il se réjouisse et qu’il se console , quand il voit venir un Sauveur et un médecin pour le guérir. C'est pourquoi le Psalmiste chantait : ■ Réjouissez-vous - devant Dieu avec tremblement s : - réjouissezvous par rapport à lui , mais tremblez par rapport à vous; parce qu'encorc que par lui-méme il ne vous apporte que du bien , vos crimes et votre malice pourront peut-être l'obliger à vous faire du mal. C’est donc pour cette raison que Jésus-Christ est établi non-seulement pour la ré-

1 Ce sermon n’est , à proprement parler, que l'abrép* de celui que Bossuet avait protonn* : nous ne l'avons point écrit de l.i main de Fauteur, mais seulement de celle de M. Ledleu, son secrétaire. A qui il le dicta après l’avoir prêche, comme noua l'apprend la note suivante , mise en tète du manuscrit- « Cette copie, faite de ma main, est l’original même du sermon « dndl l’auteur n'avait rien écrit, et qu'il me dicta depuis à « Versailles en deux ou trois soirées, pour Jouarre, ou il l’a-

■ voit promis. Il l’y envoya en effet a madame de Lusnncy

■ Sainte-Hélène, religieuse, ivec la lettre qu'il lui écrivit de

■ Versailles le H janvier IGM, la chargeant de renvoyer cet

■ original fait pour die, quand elle en aurait pris copie. J’ai « la lellrc parlant de cet envol. •(/ \dit . de Dcjuri ».)*

1 Luc . il , 31 , %

» Ps. il, U.

surrection , mais encore pour la ruine de plusieurs en Israël. Et vous ne trouverez pas mauvais que j’anticipe ce discours prophétique du saint vieillard Siméon, pour vous donner une idée parfaite du mystère de Jésus-Christ qui naît aujourd’hui.

C'était un des caractères du Messie promis à nos pères d’étre tout ensemble, et un sujet de consolation , et un sujet de contradiction ; une pierre fondamentale sur laquelle on doit s'appuyer, et une pierre d’achoppement et de scandale contre laquelle on se heurte et on sc brise. Les deux princes des apôtres nous ont appris unanimement cette vérité. Saint Paul , dans l'épltre aux Romains : •« Cette pierre, [dit -il], o sera pour vous une pierre de scandale ; et qui- « conque croit en lui ne sera point confondu '. » Le voilà donc tout ensemble , et le fondement de l’espérance , et le sujet des contradictions du genre humain. Mais il faut encore écouter le prince des apôtres : « C’est ici , dit-il * , la pierre « de l'angle , la pierre qtii soutient et qui unit « tout Pédiflce; et quiconque croit en celui qui « est figuré par cette pierre , ne sera point con- •< fondu. » Mais c’est aussi uno pierre d’achoppement et de scandale , qui fait tomber ou qui met en pièces tout ce qui se heurte contre elle. Mais il faut que les disciples se taisent quand le maître parle lui-méme. ("est Jésus-Christ qui répond aux disciples de saint Jean-Baptiste : « Bien- « heureux sont ceux , dit-ii , à qui je ne suis pas - une occasion de scandale 1 * 3. - Quoique je fasse tant de miracles , qui font voir au genre humain que je suis le fondement de son espérance , on est cependant trop heureux quand on ne trouve point en moi une occasion de se scandaliser : tant le genre humain est corrompu , tant les yeux sont faibles pour soutenir In lumière, tant les cœurs sont rebelles à la vérité. Et pour porter cetto vérité jusqu'au premier principe, c'est Dieu même qui est primitivement en ruine et en résurrection au genre humnin ; car s’il est le sujet des plus grandes louanges , il est aussi en butte aux plus grands blasphèmes. Et cela c’est un effet comme naturel de sa grandeur; parce qu’il faut nécessairement que la lumière qui éclaire les yeux sains , éblouisse et confonde les yeux malades. Et Dieu permet que le genre humain se partage sur son sujet , afin que ceux qui le servent, en voyant ceux qui le blasphèment, reconnaissent la grâce qui les discerne , et lui aient l’obligation de leur soumission. C’était donc en Jésus-Christ un caractère de divinité d’être

1 Rom. ix, 33.

» 1. Peir. il, o, 7.

» Mo II h. «1,6

Digilize

SUK LA NATIVITÉ

en butte aux contradictions des hommes, d’être j en ruine aux uns, et en résurrection aux autres. Et , pour entrer plus profondément dans un si grand mystère, je trouve que Jésus-Christ est une occasion deeontradiction et de scandale , dans les trois principaux endroits pnr lesquels il s'est déclaré notre Sauveur ; dans l'état de sa personne , dans la prédication de sa doctrine , dans l'institution de ses sacrements. Qu est-cc qui choque dans l'état de sa personne? sa profonde humiliation. Qu'est -ce qui choque dans sa prédication et dans sa doctrine? sa sévère et inexorable vérité. Qu’estec qui choque dans l'institution de ses sacrements? je le dirai pour notre confusion , c'est sa honte et sa miséricorde même.

PBKIIIEB POIST.

" Au commencement le Verbe était ; et le Verbe . était en Dieu , et le Verbe était Dieu. Toutes « choses ont été faites par lui » Ce n'est pas là ce qui scandai se les sages du inonde ; ils se persuadent facilement que Dieu fait tout par son Verbe, pnr sa parole, par sa raison. Les philosophes platoniciens , dit saint Augustin , admiraient cette parole , et ils y trouvaient de la grandeur : que le Verbe fut la lumière qui éclairait tous les hommes qui venaient au monde ; que la vie fut en lui comme dans sa source, d'où elle se répandait sur tout l'univers , et principalement sur toutes les créatures raisonnables. Ils étaient prêts à écrire en caractères d'or ces beaux commencements de l’Évangile de saint Jean ’ Si le christianisme n'cùt eu à prêcher que ces grandes et augustes vérités, quelque inaccessible qu'eu fût la nauteur, ces esprits , qui se piquaient d’étre sublimes , se seraient fait un honneur de les croire et de les établir; mais ce qui 1rs a scandalisés, c’est la suite de cet évangile. « Le Verbe a été fuit homme ; » et ce qui parait encore plus faible , « le Verbe a été fait chair1 * * * 5 : • ilsn'ontpusouffrir que ce Verbe, dont on leur donnait une si grande idée , fût descendu si bas. Lu parole de la croix leur a été une folie encore plus grande. Le Verbe né d’une femme ; le Vérité né dans une crèche , pour en venir enfin A la dernière humiliation du Verbe expirant sur une croix : c’est ce qui a

1 Joon. 1,1.

3 Qood iniUum nancti F.van«elil, cui nornen rM senindam Joancm , quidam Platon eus , Meut à sam*tn sene Sim;>lirinno , qui posti a Mwliolnncnsi eedesi» pnraedlt epLscopus, solebamii* audirr; aurria litlrris conscribendnm. H p* r onmra ecrlesias in loris rminpalluimi» proponeniliiin Mit- tliceltal. S«*d idco \ Huit auperhte Drus ille magisler, quia f'crlum car» factum r.*t, et habita vit in itofti-t .• ut panitn ait miseris quoi! n*Rrotant, niai « in ipsa eUam a-jjriludlnr exlollant. et dp medirina qunsannri pntrrant, enibencant. Nononlm hoc fadunt

ul i-rigantur, s**d ut cadrndo gratins affligantur. S.

rte Civil. Dei , llh. x,eap, xxu, t. tu, col. 265.

1 Jean, i , 14.

révolté ces esprits superbes. Car ils ne voulaient point comprendre que la première vérité qu’il y eût à apprendre à l’homme , que sou orgueil avait jK’rdu , était de s'humilier. Il fallait donc qu’un Dieu , qui venait pour être le docteur du genre humain, nous apprit à nous abaisser, et que le premier pas qu'il fallait faire pour être chrétien, c'était d’étre humble. Mais les hommes enflés de leur vaine science, n’étaient pas capables do faire un pas si nécessaire. « Autant qu'ils s’ap- - prochaient de Dieu par leur intelligence, nu- •• tant s’en éloignaient-ils par leur orgueil : » Quantum propin quave r un t inteiiigentia , tantum superbia reccsscrunt , dit excellemment saint Augustin

Mais, direz-vous, on leur prêchait la résurrection de Jésus-Christ et son ascension triomphante dans les eieux : ils devaient doue entendre que ce Verbe, que cette Parole, que cette Sagesse incarnée était quelque chose de grand. Il est vrai : j mais tout le fond de ces grands mystères était toujours un Dieu fait homme; c’ctait un homme qu’un élevait si haut ; c’était une chair humaine et un corps humain qu’on plaçait au plus haut des cieux. C’est ce qui leur paraissait indigne de Dieu; et quelque haut qu’il montât apres s'étre si fort abaissé, ils ne trouvaient pas que ce fût un remède à la dégradation qu’ils s'imaginaient dans la personne du Verbe fait chair. C’est par là que cette personne adorable leur devint méprisable et odieuse : méprisable , parce qu elle s'était abaissée; odieuse, parce qu’elle les obligeait de s'abaisser à son exemple. C’est ainsi qu’il a été établi pour la ruine de plusieurs : Posilus in ruinant. Mais en même temps il est aussi la résurrection de plusieurs; parce que pourvu qu'on veuille imiter ses humiliations , on apprendra de lui à s'élever de la poussière. Humiliez-vous donc, âmes chrétiennes, si vous voulez vous relever avec Jésus-Christ.

Mais, ô malheur! les chrétiens ont autant de peine â apprendre cette humble leçon, qu'en ont eu les sages et les grands du monde. Loin d’imiter Jésus-Christ, dont la naissance a été si humble, chacun oublie la bassesse de la sienne. Cet homme qui s’est élevé par son industrie, et peut-être par ses crimes , ne veut pas se souvenir dans quelle pauvreté il était né. Mois ceux qui sont nés quelque chose dans l'ordre du monde, j songent-ils bien quel est le fond de leur naissance? combien clic a été faible, combien impuissante, et destituée par elle-même de tout secours? Se | souviennent-ils de ce que disait, en la personne ! d'un roi , le divin auteur du livre de la Sagesse :

1 • Cnntm Julian, lib. rv, cap. mi, t. *, col. 593.

DK NOTRE-SEIGN EUR

. Je suis yenu au monde en gémissant comme les I

• autres ' ? * De quoi donc se peut vanter l'homme qui vient au monde; puisqu'il y vient en pleurant, et que la nature ne lui inspire point d'autres pressentiments dans cet état , que celui qu'il a de ses misères? Entrons donc dans de profonds sentiments de notre bassesse; et descendons avec Jésus-Christ, si nous voulons monter avec lui.

. Il est monté , dit saint Paul ' , au plus haut des « cicux ; parce qu’il est auparavant descendu au

• plus profond des abîmes. » Ne descendons pas seulement avec lui dans une humble reconnaissance des infirmités et des bassesses de notre nature; descendons jusqu’aux enfers, en confessant que c'est de là qu'il nous a tirés : et nonseulement des enfers où' étaient les âmes pieuses avant sa venue, ou des prisons souterraines où étaient les âmes Imparfaites qui avaient autrefois été incrédules ; mais du fond même des enfers où les impies , où Caïn , où le mauvais riche étaient tourmentés avec les démons. C’est jusque-là qu'il nous faut descendre, jusque dans ces brasiers ardents , jusque dans ce chaos horrible et dans ces ténèbres éternelles , puisque c'est là que nous serions sans sa grâce. Anéantissons à son exemple tout ce que nous sommes. Car considérons , mes bien-almés , qu'est-ce qu'il a anéanti en lui-méme.

« Comme il était, dit saint Paul J, dans la forme

• et la nature de Dieu , il n'a pas cru que ce fût à

• lui un attentat de se porter pour égal à Dieu ;

• mais il s'est anéanti lui-méme en prenant la for-

• me d'esclave , ayant été fait semblable aux hom-

• mes. • Ce n'est donc pas seulement la forme d’esclave qu'il a comme anéantie en lui-méme ; mais ! il a anéanti, autant qu'il a pu , jusqu'à la forme ! de Dieu , en la cachant sous la formed'esclave , et suspendant , pour ainsi parler, son action toutepuissante et l’effusion de sa gloire; poussant l'obéissance jusqu'à la mort, et jusqu’à la mort de la croix 1 * * 4 ; la poussant jusqu’au tombeau, et ne commençant à se relever que lorsqu'il fut parvenu à la dernière extrémité de bassesse. Ne songeons donc à nous relever non plus que lui , que lorsque nous aurons goûté son ignominie dans toute son étendue , et que nous aurons bu tout le j calice de ses humiliations. Alors il ne nous sera pas en ruine , maisen résurrection , en consolation et en joie.

SECOND POINT

Mais pour nous jeter dans ces profondeurs , laissons-nous confondre par la vérité de sa doc-

1 Sap. vil , 3.

1 F.pfu-t. îv, o, io.

» Ptulipp. Il, «. 7.

* IbM. S.

— t. il.

trine. C'est la seconde source des contradictions qu'il a eu à essuyer sur la terre. Il n'a eu à y trouver que des pécheurs ; et il semblait que des pécheurs ne devaient non plus s'opposer à un Sauveur, que des malades à un médecin. Mais c'est qu’ils étaient pécheurs, et cependant qu'ils n'étaient pas humbles. Toutefois qu’y avait-il de plus convenable à un pécheur que l'humilité , et l'humble aveu de scs fautes? c'est ce que Jésus- Christ n'a pu trouver parmi les hommes. 1 1 a trouvé des pharisiens pleins de rapines, d'impuretés et de corruption : il a trouvé des docteurs de In loi , qui , sous prétexte d'observer les plus petits commandements avec nne exactitude surprenante , violaient les plus grands. Et cc qui les a soulevés contre le Fils de Dieu , c’est ce qu'il a dit luimême en un mot>Jesuisvenuaumonde, comme

• la lumière; et les hommes ont mieux aimé les

• ténèbres que la lumière, pareeque leurs oeuvres « étalent mauvaises'. »

C'est pourquoi Jésus a été, plus que Moïse, plus que Jérémie, plus que tous les autres prophètes, un objet de contradiction , de murmure et de scandale à tout le peuple. - C'est un pro-

• phète, ec n'en est pas un : c'est le Christ; le « Christ peut-ll venir de Nazareth? peut-il venir « quelque chose de bon de Galilée’? Quand le

• Christ viendra, on ne saura d’où il vient5;

• mais nous savons d'où vient celui-ci5. C'est un

• blasphémateur et un impie qui se fait égal à « Dieu 5 , qui enseigne à violer le Jour du sabbat \ « C'est un samaritain et un schismatique7 ; c'est « nn rebelle et un séditieux , qui empêche de payer

• le tribut à César * ; c'est un homme de plaisir « et de bonne chère , qui aime les grands repas « des publieains et des pécheurs”; Il est possédé « du malin esprit , et c'est en son nom qu'il dc-

• livre les possédés . Eu un mot , c'est un trompeur, c'cst un imposteur; cc qui enfermait le comble de tous les outrages , et ce qui fait aussi qu’on lui préfère un voleur de grand chemin et un assassin. Lequel des prophètes a été en butte à de plus étranges contradictions? Il le fallait ainsi, puisque portant aux hommes, plus près que n’avait fait aucun des prophètes, et avec un éclat plus vif, la vérité qui les condamnait, il fallait qu’il soulevât contre lui tous les esprits jusqu'aux derniers excès : c'est pourquoi la ré-

1 Joun. in, 10.

* Ibid, vu, *0, 41.

1 /bid. 37.

4 Ibid, if, 33.

» Ibid. X , 36.

« Ibid. IX, l«.

* Ibid. VIII , 4 H.

* Lue. xxtii, 2.

» Ma U h. xi, 10.

'• Ibid. XII, 34.

fs

SUR r.A NATIVITÉ

bcllion n'a jamais été portée plus loin. U fait des 1 miracles que jamais personne n'avait faits, et il ne Inissaltaucuncexcuseiil'infldélilédes hommes. 1 Mais plus la conviction était manifeste , plus le , soulèvement devait être brutal et insensé. Car 1 voyez jusqu'où iis portent leur fureur : il avait ressuscité un mort de quatre jours en présence de tout le peuple : et non-seulement c'est ce qui les détermine à le faire mourir, mais ils veulent foire mourir avec lui celui qu’il avait ressuscité , afin d’ensevelir dans un même oubli, et le miracle, et celui qui en était l'auteur, et celui qui en était le sujet ; parce qu’encore qu'ils sussent bien que Dieu , qui avait fait un si grand miracle , pouvait bien le réitérer quand il voudrait , ils osaient bien espérer qu'il ne le voudrait pas faire, ni renverser si souvent les lois de la nature. Voilà jusqu’où ils poussent leurs complots ; et jamais la vérité n'avait été plus en butte aux contradictions , parce que jamais elle n'avait été plus claire , ni plus convaincante, ni, pour ainsi parler, plus souveraine. C’est donc alors que les pensées , que plusieurs tenaient cachées dans leurs cœurs , furent découvertes. Et quelle fut la noire pensée qui fut alors découverte? que l’homme ne peut souffrir la vérité ; qu'il aime mieux ne pas voir son péché , pour avoir occasion d'y demeurer, que de le voir et le reconnaître , pour être guéri : et en un mot que le plus grand ennemi qu’ait l'homme , c’est l’homme même. Voilà cette secrète et profonde pensée du genre humain, qui devait être révélée à la présence de Jésus-Christ et à sa lumière. Vt revetentur ex muftis cordibus cogitationes.

Prenez done garde , mes frères , Je ne pas imiter ces furieux. Tu t’eufonccs dans le crime , malheureux pécheur ; et à mesure que tu t’y enfonces, les lumières de ta conscience s’étclgnent ; et cette parole de Jésus-Christ s'accomplit encore : « Vous

• voulez me faire mourir, parce que ma parole ne

• prend point en vous ■ Les lumières de ta conscience , et cette secrète persécution qu’elle te fait dans ton cœur, ne t'émeuvent pas ; pour cela tu les veux éteindre : les vérités de l’Evangile te sont un scandale ; tu commences à les combattre , non point par raison , car tu n'en as point , et « les

• témoignages de Dieu sont trop croyables 1 ; » mais par paresse, par aveuglement , par fureur. Il n’y a plus devant tes yeux et dans lu fond de ton cœur qu'une petite lumière ; et sa faiblesse fait voir qu' elle n’est plus en toi que pour un peu de temps : Ail hue modicum lumen in vobis est 3 :

• La lumière est encore en vous pour un peu de

1 Jouit VIII, 37.

' l't «Cil, 7.

■ Juan 111 , 36.

■ temps. » Au reste, mon cher frère, c’est Jésus- Christ qui te luit encore , qui te parie encore par ce faible sentiment : marche donc à la faveur do cette lumière, de peur que les ténèbres ne t'enveloppent : et celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va ' ; il choppe à chaque pas , à chaque pas il se heurte contre la pierre, et tous les chemins sont pour lui des précipices.

THOISIÉVE PO! ST.

Mais ce qu'il y a ici de plus étrange , c'est que le dernier sujet du scandale qui a soulevé le monde contre Jésus-Christ, c’est sa bonté. SI dans le temps de sa passion et dans tout le cours de sa vie , on a poussé les outrages jusqu'à In dernière extrémité : c’est à cause qu'il se livrait à l'injustice , comme dit l'apôtre saint Pierre * ; qu’il se laissait frapper impunément , comme un agneau innocent se laisse tondre , et se laisse même mener à l'autel pour y être égorgé comme une victime : c’est que s’il fait des miracles , c'est pour faire du bien à ses ennemis , et non pas pour empêcher le mal qu'ils lui voulaient faire. C'est de là qu'est venu le grand scandale quele monde a vu arriver dans Israël , à l'occasion de Jésus-Christ Mais voici , dans le vrai Israël et dans l'Église de Dieu , le grand scandale. Parce que , dans l'institution de ses sacrements, Jésus-Christ n'a poiut voulu donner de bornes à ses bontés, les chrétiens n'en donnent point à leurs crimes. On a reproché au Sauveur l'efficace toute-puissante de son baptême , où tous les crimes étalent également expiés ; et Julien l'Apostat a bien osé dire que c'était inviter le monde à faire mal 1 * : mais la clémence du Sauveur ne s’en tient pas là. Novatien et ses sectateurs en ont eu honte : ils ont tâché de renfermer la miséricorde du Sauveur dans le baptême , ôtant tout remède à ceux qui n’avaient pas proflté de celui-là. L'Église les a condamnés : et la miséricorde qu’elle prêche est si grande, qu’elle ouvre encore une entrée pour le salut à ceux qui ont violé la sainteté du baptême, et souillé le temple de Dieu en eux-mêmes. Restreignons-nous donc du moins , et ne donnons qu'une seule fois la pénitence, comme on faisait dans les premiers temps. Non , mes frères , la miséricorde de Jésus- Christ va encore plus loin; il n'a point mis de bornes à la rémission des péchés. Il a dit, sans restriction : « Tout ce que vous remettrez, tout « ce que vous délierez *. » Il a dit à tous ses ministres , en la personne de saint Pierre : « Vous par- « donnerez non-seulement sept fois , mais jusqu'à

1 Jonn. Xll', 3S.

* | .Pllr. Il, 33.

* Apnd S. Cyril. Alex. lib. vil , contr. Jul. t. VI, p 2*5

* Matth. xri ,ît>, ft xvili, 18.

DE NOTRE-SEIGNEUR

« sept fols septante fois '. . Cest que le prix da son sang est infini : c’est que l’efficace de sa mort n'a point de bornes : et c’est IA aussi le grand scandale qui parait tous les jours dans Israël : on dit, je pécherai encore, parce que j’espère faire péuitence. Que ce discours est insensé ! sans doute faire pénitence , ce n’est autre chose que se repentir. Quand on croit qu’on se repentira de quelque action , c'est une raison pour ne la pas faire. Si vous faites cela, dit-on tous les jours, vous vous en repentiras. Mais à l'égard de Dieu , le repentir devient l’objet de notre espérance : et on ne craint point de pécher, parce qu’on espère de se repentir un jour. Il fallait donc encore que cette absurde pensée fût révélée A la venue de Jésus-Christ : VI revelentur cogilationes. Mais , chrétien, tu n’y penses pas quand tu dis que tu feras pénitence et que tu te repentiras , et que tu fais servir ce repentir futur A ta licence : tu renverses la nature , tu introduis un prodige dans le monde. C’est en effet que ton repentir ne sera pas un repentir véritable , mais une erreur dont tu te flatteras dans ton crime.

Trembler donc , tremblez , mes frères , et craignez qu’en abusant de l'esprit de la pénitence pour vous autoriser dans vos péchés, vous ne commettiez A la fin ce péché contre le Saint-Esprit , qui ne se remet ni en ce monde ni en l’autre. Car enfin s’il est véritable qu’il n’y a point de péché que le sang de Jésus-Christ ne puisse effacer, et que sa miséricorde ne puisse remettre; il n'est pas moins véritable qu’il y en aura un qui ne sera jamais remis : et comme vous ne savez pas si ce ne sera point le premier que vous commettrez , et qu’il y a au contraire grand sujet de craindre que Dieu se lassera de vous pardonner, puisque toujours vous abusez de son pardon , craignez tout ce que fera une bonté rebutée , qui changera en supplices toutes les grAces qu'elle vous a faites. Venez contempler tous les mystères du Sauveur : regardez l’endroit par où Ils vous peuvent tourner en ruine , et celui par où ils vous peuvent être en consolation et en joie : et au lieu de regarder sa bonté comme un titre pour l'offenser plus facilement, regardez-la comme un motif le plus pressant pour cnflnmmer votre amour; afin que passant vos jours dans les consolations qui accompagnent la rémission des péchés , vous arriviez au bienheureux séjour, d’où le péché et les larmes seront éternellement bannies : c’est la grAce que je vous souhaite avec la bénédiction du Père, du Fils et du Saint-Esprit : ainsi soit-il.

' MaUk. xrai . a.

EXORDE

ara

Page 1