SUR LUS OBLIGATIONS DE L'ETAT RELIGIEUX
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. tous ■ ? ■ voilà votre modèle. Cette maison n’est pas & vous, ce n’est point pour vous qu'elle a été dotée et fondée ; c’est pour l'éducation des jeunes demoiselles qu'on a fait cet établissement : vous n’y entrez que par rapport à elles , et pour le besoin qu’elles ont de quelqu'un qui les conduise et qui les forme. Si donc il arrivait; 6 Dieu , ne le souffrez jamais : que plutôt les bâtiments se renversent ! s’il arrivait que vous négligeassiez vos fonctions essentielles; si , oubliant que vous êtes en Jésus-Christ les servantes de cette jeunesse, vous ne songiez plus qu'à jouir en paix des biens consacrés à leur éducation; si l'on ne trouvait dans cette humble école de Jésus-Christ, que des dames vaines et fastueuses: hélas, quel scandale ! les épouses de Jésus-Christ, toutes couvertes de rides , deviendraient alors l'objet du mépris de ce inonde même auquel elles auraient voulu plaire. Accoutumez-vous donc , dès le commencement , à aimer les fonctions les plus basses , à n'en mépriser aucune , à ne rougir point d'une servitude qui fait votre unique gloire. Aimez ce qui est petit, goûtez ce qui vous abaisse; ignorez le monde, et faites qu'il vous ignore : ne craignez point de devenir grossières , à force d'être simples. La vraie, la bonne simplicité fait la parfaite politesse , que le monde , tout poli qu'il est , ne sait pas connaître. Il vaudrait bien mieux être un peu grossières pour être plussimples, plus éloignées des manières vaines et nffectecs du siècle.
Mais puisque vous êtes destinées à l’instruction de la jeunesse, il faut sans doute que vous soyez exactement instruites des choses que vous devez apprendre à ces enfants. Vous devez savoir les vérités de la religion , les maximes d'une conduite sage , modeste et laborieuse ; car vous devez former ces lilles, ou pour des cloîtres, ou pour entrer dans des familles honnêtes et chrétiennes , où le capital est la sagesse des mœurs , l’application a l'économie , et l'amour d'une piété simple. Ainsi apprenez-leur à se taire et à se cacher, à travailler, à souffrir, à obéir et à épargner. Voilà ce qu'elles auront besoin de savoir, supposé qu’elles se marient. Mais fuyez comme un poison toutes les curiosités , tous les amusements d'esprit ; car les femmes n’ont pas moins de penchant à être vaines par leur esprit , que par leur corps. Souvent les lectures qu’elles font , avec tant d’empressement , se tournent en parures vaines et en ajustements immodestes de leur esprit ; souvent elles lisent par vanité comme elles se coiffent. Il faut faire de l’esprit comme du corps ; tout superflu doit être retranché : tout doit sentir la simplicité et l'oubli de soi-même. O quel amusement
pernicieux, dans ce qu'on appelle lectures les plus solides! On veut tout savoir, juger de tout, se faire valoir sur tout. Rien ne ramène tant le monde vain et faux dans les solitudes , que cette vaine curiosité des livres. Si vous lisez simplement pour vous nourrir des paroles de la foi , vous lirez peu ; vous méditerez beuucoup ce que vous aurez lu.
Pour bien lire, il faut digérer la lecture , et la convertir en sa propre substance. Il n’est pas question d’avoir compris un grand nombre de vérités lumineuses; il est question d'aimer beaucoup chaque vérité, d’en laisser pénétrer peu à peu son cœur, de regarder longtemps de suite le même objet , de s’y unir, moins par des réflexions subtiles, que par le sentiment du cœur. Aimez; aimez , vous saurez beaucoup en apprenant peu , car l’onction intérieure vous enseignera toutes choses. O qu’une simplicité ignorante qui ne sait qu'aimer Dieu, sans s'aimer soi-même, est audessus de tous les docteurs! L’esprit lui suggère toutes vérités sans les lire en détail : car il lui fait sentir par une lumière intime et profonde, une lumière de vérité , d'expérience et de sentiment, qu'elle n’est rien, et que Dieu est tout. Qui sait cela , sait tout : voilà la science de Jésus- Christ , en comparaison de laquelle toute la sagesse mondaine n'est que perte et ordure, selon saint Paul’. Par cette simplicité, vous parviendrez à instruire le monde sans avoir aucun commerce dangereux avec lui ; vous redresserez, vous arroserez , vous ferez croître et fleurir ces jeunes plantes, dont les fruits se communiqueront ensuite dans tout le royaume : vous formerez de dignes vierges , qui répandront dans les cloîtres lcdoux parfum de Jésus-Christ; vous procurerez à la société des mères de familles, recommandables par leur vertu, qui seront pour leurs enfants des sources de grâces et de bénédiction, et qui contribueront par leur piété , et l'exemple de toute leur conduite , à faire aimer et révérer le Dieu que nous adorons , qui est aujourd'hui si peu connu et si mal servi.
Seigneur, répandez votre esprit sur cette maison qui est la vôtre; couvrez-la de votre ombre ; protégez-la du bouclier de votre amour ; soyez tout autour d'elle, comme un rempart de feu, pour la défendre de tant d'ennemis. Tandis que votre gloire habitera au milieu comme dans son sanctuaire , ne souffrez pas , Seigneur, que la lumière se change en ténèbres, ni que le sel de la terre s’affadisse et soit foulé aux pieds. Donnez des cœurs scion le vôtre , l'horreur du monde , le mépris de soi-même , le renoncement à tout
' Ph ilipp. m, ».