‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 9 sur 243 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

Quand je considère en moi-même l'éternelle félicité que notre Dieu nous a préparée ; quand je songe que nous verrons sans obscurité tout ce que nous croyons sur la terre , que cette lumière Inaccessible nous sera ouverte, et que la Trinité adorable nous découvrira sessecrets: que là nous verrons le vrai Fils de Dieu sortant éternellement du sein de son Père , et demeurant éternellement dans le sein du Père; que nous verrons le Saint- Esprit , ce torrent de flamme , procéder des embrassements mutuels que sc donnent le Père et le Fils , ou plutôt qui est lui-méme l'embrassement , l'amour et le baiser du Père et du Fils : que nous verrons cette unité si inviolable, que le nombre n'y peut apporter de division ; et ce nombre si bien ordonné, que l’unité n’y met pas de eonfusiou : mon âme est ravie , chrétiens , de l'espérance d'un si beau spectacle, et je lie puisque Je ne m'écrie avec le prophète : « Que vos tabernacles n sont beaux , 6 Dieu des armées ! mon cœur lan- . guit et soupire après la maison du Seigneur * Et puisque notre unique consolation dnns ce misérable pèlerinage, c’est de penser aux biens éternels que nous attendons en la vie future; entretenons-nous ici-bas, mes frères, des merveilles que nous verrons dans le ciel , et parlons , quoiqu’en bégayant, des secrets et ineffables

Pt. UUXUt, I-

mystères qui nous seront un jour découverts dans la sainte cité de Sion , dans la cité de notre Dieu ,

* que Dieu a fondée éternellement '. » Mais d'autant que ceux-là pénètrent le mieux les secrets divins , qui s'abaissent plus profondément dev ont Dieu, prosternons-nous de cteur et d'esprit devant cette majesté Infinie; et niin qu’elle nous soit favorable, prions In mère de miséricorde qu'elle nous Impètre par scs prières cet Esprit qui la remplit si abondamment lorsque l'ange l’eut saluré par ces paroles que nous lui disons : .1 ir , Maria.

Cette Trinité Incriée, souveraine, toute-puissante, Incompréhensible; afin de nous donner quelque idée de sa perfection infinie , a fait une Trinité créée sur la terre, et a voulu imprimer en ses créatures une imnge de ce mystère ineffable qui associe le nombre avec l’unité d’une manière si liante et si admirable. Si vous désirez savoir, chrétiens, quelle est cette Trinité créée dont je parle; ne regardez point le ciel ni la terre, ni les astres, ni les éléments, ni toute cette diversité qui nous environne : rentrez en vous-mêmes , et vous la verrez; c’est votre âme, c’est votre intelligence , c’est votre raison qui est cette Trinitédéprndanteen laquelle est représentée cette Trinité souveraine. C’est pourquoi nous voyons dans les Écritures , et dans la création de cet univers, que la Trinité n’y parait que lorsque Dieu se résout de produire l'homme. Remarquez que tous les autres ouvrages sont faits par une parole de commandement , et l'homme par une parole de consultation : • Que la lumière soit ■ faite , que le firmament soit fait , « Fiat lux * ; c'est une parole de commandement. L'homme est erre d'uneautre manière, qui aquelquc chose de plus magnifique. Dieu ne dit pas : Que l'homme soit fait ; mais toute laTrinité assemblée prononce par un conseil commun ; • Faisons l’homme à

• notre imnge et ressemblance 5. - Quelle est cette nouvelle façon de parler? et pourquoi est-cc que les personnes divinescommencent seulement àse déclarer quand il est question de former Adam? est-cc qu’entre les créatures l'homme est la seule qui se peut vanter d'être l'ouvrage de la Trinité? Nullement , Il n’en est pas de la sorte; car toutes les opérations de la très- ainte Trinité sont inséparables. D'où vient donc qne la Trinité trêsnnguste sc découvre si hautement pour créer noire premier père; si rc n'est pour nous faire entendre qu'elle choisit l'homme entre toutes les créatures, pour y peindre son image et sa res-

1 Pj. xlt« , t.

■ Crm-*. 1,3.

S Ibid. M

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