‹ Suzanne, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 25 sur 41 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

SUZANNE, GENEVIÈVE, qui a paru au fond pendant la fin de l'air.

GENEVIÈVE. Bravo, mams'elleî *s\}7.\N^v. ^ courant à elle et ai)ec volubilité. Ali! c'est toi, Geneviève!... viens donc vite... quand tu n'es pas là , j'ai toujours peur d'oublier. Eh bien! personne ne sait la nouvelle?... as-tu vu mon tuteur ?... il n'a pas été blessé, tu en es sûre ?... et M™^ Pichard, est-t-elle toujours furieuse contre moi?... A-t- elle reparu?... fait-elle des liisloires... jette-t-elle les hauts cris?... réponds-moi donc.

GENEVIÈVE, étourdie. Ah! mais, ah! mais, ah! mais... n'y en a plus que pour vous ! . . . quelle débâcle î

SUZANNE. Il faut bien que je rattrape le temps perdu.

GENEVIÈVE. Si vous continuez , vous serez en avance. Pour aller [par ordre, ]y[me Pichard est toujours chez M'"^ Chabouillant. . . elle ne décolère pas. . . vot' tuteur est saine et sauve.., mais je n'ai rien pu savoir du duel... vu qu'après le combat, le colonel a été à Paris, qu'il n'en est revenu qu'à la nuit , et ne s'est pas couché... car je l'ai entendu qui se promenait et parlait tout seul.

SUZANNE. Tiens! c'est comme moi.

GENEVIÈVE. Vous n'avez pas dormi?

SUZANNE. Ah bien oui! j'avais trop de choses à me dire !. . tant d'impressions nouvelles !... et dès le point du jour donc... je courais le jardin, je parlais à tout ce qui m'entourait... aux fleurs, aux arbres, aux images... aux oiseaux de ma volière, qui me battaient des ailes, comme pour se réjouir aussi de mon bonheur !.. . Ah! que tout était beau !. .. j'étais heureuse ! j'étais folle ! je pleurais ! {S' essuyant les yeux en riant?) Je crois que je pleure encore.

GENEVIÈVE, émue. Pauvre chère demoiselle!

SUZANNE. Geneviève, si nous allions surprendre mon tuteur... je lui sauterais au cou... je lui dirais : Bonjour voulez-vous causer ?

dre maintenant.

GENEVIÈVE, effrayée. Oh en bien, mams' elle.

SUZANNE, e7o/i/iee. Pourquoi?

GENEVIÈVE, em«rr<25Jf'd. Ah ! pourquoi ? {A part.) Diable de consultation!

SUZANNE, laregardant. Qu'as- tu donc?...

cet air d'embarras... qu'est-ce que cela signifie ?

GENEVIÈVE. Ça signifie, niams'elle, que

monsieur. . .

je puis vous répon-

! gardez-vous

vous v'ià bien contente, bien heureuse ; que vous parlez comme si vous n'aviez fait que cela toute votre vie... et qu'il faut vous remettre... à vous taire.

SUZANIVE, se récriant. Me taire!... moi? GENEVIÈVE. Jusqu'à nouvel ordre.

SUZANNE. Par exemple! on n'en a pas le droit, ce serait une horreur , une injustice!.,, je puis parler, je veux parler... et je parlerai.

GENEVIÈVE. Avec moi , tant que vous voudrez... il n'y a pas de danger... aussi, nous nous enfermerons de temps en temps pour jacasser!.. Tenez, pendant que nous sommes seules, donnez-vous-en à cœur joie... faites des provisions!., mais, dès que quelqu'un paraîtra, motus... ou c'est fait de vous !

SUZANNE, plus étonnée. Et à cause?

GENEVIÈVE, cherchant ses mots. A cause de la consultation!... oui... la fin... qu' vous n'avez pas entendue... disait... de vous marier... et que... vous parleriez! SUZANNE. Eh bien?

GENEVIÈVE. Eh bien?

SUZANNE. Je parle avant le mariage...

tant mieux pour mon mari.

GENEVIÈVE, se dépitant. Mais du tout !

{A part.) Elle ne comprend pas!... {Haut,) Moi, voyez-vous, je saisque c'est la frayeur, votre tendresse pour le colonel qui ont amené chez vous une révolution... mais les autre ne sont pas obligés de deviner... et cettesatanée consultation. . . a fait du bruit ; marne Pichard a bavardé. . . on en jasait à la cuisine... ces gens de campagne, c'est si bêtes! si bavards... ils diraient ci, ils diraient ça!...

SUZANNE. Ils diraient ci, ils diraient ça! si j'y comprends un mot!... Tiens, puisque tu ne peux pas t'expliquer plus clairement, je cours le demander à mon tuteur.

GENEVIÈVE, la retenant. Oh ! ne faites pas cela, mams'elle, je vous en prie, comme on prie le bon Dieu.. . vous savez si je vous aime, si je vous suis dévouée... mais si le colonel vous entend prononcer un seul mot !

Air : Amîsj voici la riante semaine.

Il vous fuira, soyez-en bien certaine.

Ça s'ra fini pour vous et plus d'espoir ; Car sa tendress' va se changer'en haine... Il n' voudra plus vous aimer ni vous voir.

SUZANNE, étonnée.

Ne plus me voir! je n'y puis rien comprendre ; Auec dépit.

J'ai du malheur ! quand ma bouche au surplus Ne parlait pas... je pouvais vous entendre, Je parle enfin et ne vous entends plus. (Bis.)

SUZANNE

(//o^frd?5o/////(y/ï.) Mais je veux absolument savoir. . .

GEIMEVIÈVE. Eh bien ! puisqu'il le faut ! {Ecoutant au fond.) On. vient!... je vous le dirai plus tard, manisVlle. .. maisje vous en conjure, redevenez muette.

SLZANNE. Je ne peux plus.

GENEVIÈVE. Pour aujourd'hui seulement

SUZAiVNE. J'en mourrais!...

GENEVIÈVE. Eh bien, pour une heure...

SUZANNE. Pour une heure...

GENEVIÈVE. Oui , oui , Une heure, nous verrons après... Je vous le demande en grâce... ou c'est fait de vous, vous êtes perdue à jamais.

SLZANNE. Tu me fais peur Une

heure!... soill... C'est bien long!...

GENEVIÈVE. Vous ferez des gestes!...

SLZANNiî , a^ec humeur. Oh ! je ne m'en souviens déjà plus!... ça m'embrouillerait I...

GENEVIÈVE. Eh bien!... vous n'avez qu'à parler en dedans

SLZANNE. Beau plaisir !...

GENEVIÈVE, bas. Clîut î... C'est Martial!...

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