‹ Suzanne DucheminChapitre 1 sur 75 · Suzanne Duchemin · texte numérisé non relu

Suzanne Duchemin

L'usage des dédicaces est un peu passé de mode; et il n'appartenait qu'à Balzac d'oser le ressusciter, en inscrivant le nom d'un ami sur la première page de chacun de ses chefs-d'œuvre - Je serais donc bien téméraire, si j'étais libre d'être modeste. Mais ce roman ne vous appartient-il pas au nom de tous les droits de l'hospitalité; et bien loin que je paraisse vous l'offrir n'est-ce pas moi qui l'ai reçu de vous, puisque c'est pendant le séjour d'un mois dans votre charmant ermitage de Provins que je l'ai conçu, ébauché, commencé?

Vous souvient-t-il de nos belles promenades a l'automne, quand nous évoquions sur les ruines l'ombre mélancolique de Suzanne Duchemin? Ne l'avons-nous pas rencontrée sur la route de Fontaine-Riante, cette triste et pâle figure que votre poète adoptif, Hégésippe Moreau, eût si tendrement aimée? N'at-elle pas entendu , un soir, près de la tour de César, les beaux vers que vous lui adressiez et que je viens de relire? 11 ne m'est pas possible, vous le voyez, de ne point abuser de votre nom, comme d'un talisman, pour cette histoire imparfaite, qui était un chef-d'œuvre quand nous la rêvions ensemble, et qui n'est plus qu'un roman médiocre depuis que je l'ai écrite seul.

J'espère donc pour ma nouvelle l'hospitalité indulgente accordée autrefois à son auteur. Vous la lirez avec les illusions de votre souvenir. Si, après avoir mal profité de vos conseils, Suzanne ose revenir, vêtue de façon équivoque, cachant à demi sa maigreur sous des friperies faux teint, c'est qu'elle se rappelle

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