ACTE V, SCENE I
Élevant vers le ciel sa dernière pensée. Quand pour elle ici-bas tout va sitôt finir , Elle veut avec Dieu seule s'entretenir.
Oh ! d'un semblable jour ai-je pu voir l'aurore !
MELVIL
Il n'est pas temps , Anna , de s'attendrir encore. Pour remplir dignement notre dernier devoir, Défendons notre cœur du commun désespoir ; Et tandis qu'aux regrets , aux larmes , à la plainte, Chacun autour de nous se livre sans contrainte , Nous , secourons la reine , et sachons aujourd'hui La guider dans sa route et lui servir dappui.
ANNA
Melvil !
MELVIL
Et, dites-moi, comment la reine a-t-elle D'une si prompte mort entendu la nouvelle ? Car son cœur était loin du coup qui l'a frappé.
ANNA
Qu'un soin bien différent le tenait occupé !
O Melvil , désormais à quoi bon vous le taire ?
A ces horribles murs on devait nous soustraire ;
Mortimer nous devait délivrer cette nuit.
Nous l'attendions, prêtant l'oreille au moindre bruit.
L'espérance à nos cœurs depuis long-temps ravie ,
Cet invincible amour qu'on ressent pour la vie ,
A chaque bruit nouveau déjà se ranimant ,
Revenait de nos cœurs s'emparer doucement.
Jugez quel coup affreux, Melvil, dut nous surprendre,
90 MARIE STTI ART.
Quand , au lieu des amis que nous devions attendre, Paulet entre soudain, et vient nous déclarer Qu à mourir cette nuit il faut se préparer.
M EL VI L
Juste Dieu !
ANNA
De la reine admirable constance !
D'un tranquille visage elle apprit la sentence. Résignée à son sort, sans larmes, sans pâleur, Il semblait que dune autre elle apprît le malheur. Mais de l'homme trop cher qui régna sur son âme Lorsqu'elle eut entendu la trahison infâme , Sa constance à ce coup se sentit ébranler , Et ses larmes alors se mirent à couler.
Coupable Leicester !
ME LVIl.
ANNA
O perfidie !
MELVIL
O crime
ANNA
Et Mortimer encor est tombé sa victime!
MELVIL
Mortimer de ses coups s'est du moins préservé.
ANNA
Comment !
MELVIL
Il a su fuir.