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ACTE III. SCÈNE IJ. l4g

BERTH A.

Te voilà maintenant, ô mon ami ! tel que, dans ses rêves , t'avait pressenti mon cœur. Mes espérances n'ont point été déçues.

RUDENS.

Fuis ! vaine gloire ! qui, un instant, avais pu me séduire. Maintenant je vais trouver le bonheur dans ma patrie ; dans ces lieux où le jeune enfant grandit , rayonnant d'allégresse , où mille plaisirs m'environnent , où les arbres me prodiguent leur ombrage et les ruisseaux leur fraîcheur. — Tu consens à m'appartenir au sein du pays de mes pères ! Ah ! je l'ai chéri de tout temps, mais, je le sens, il me manquait quelque chose encore, dans chacune de mes jouissances.

BERTHA

Où se trouverait le séjour du bonheur, si ce n'était ici , dans cette terre de l'innocence , la seule où règne encore l'antique fidélité , la seule que la perfidie n'ait jamais souillée de ses pas? L'envie ne troublera point notre félicité, et nos heures s'écouleront toujours également fortunées. — Ici, du moins, je te vois dans une attitude vraiment digne de l'homme., je te vois le premier des citoyens libres et égaux, je te vois recevoir des hommages vo-

l5o GUILLAUME TELL.

lontaires , ei tu me parais plus grand qu'un Roi sur Je trône.

RUDENSr

Ici je te vois la première de toutes les femmes , je le vois guidée sans cesse par nue aimable activité, convertir ma maison en un séjour céleste et semblable au printemps cjui couvre la terre de fleurs , orner chacun de mes jours et répandre sur tout ce qui m'entoure la vie et le bonheur !

BERTHA

Voilà , ô mon ami ! ce qui causait ma tristesse , lorsque je te voyais détruire cette suprême félicité. — O malheureuse ! que deviendrais - je s'il me fallait suivre dans son château ténébreux cet orgueilleux Gessler, ce cruel oppresseur?... Il n'y a point ici de château , point de murailles qui me séparent d'un peuple que je puis rendre heureux.

RUDENS.

Mais comment m'échapper ? comment rompre ces chaînes que je me suis forgées à moi-même dans mon aveuglement?

BERTHA

Brise -les avec le courage d'un homme.

— Quoi qu'il puisse arriver, reste toujours du coté de fc» nalion ; c'est là que t'a placé la

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