SCÈNE III
Le théâtre représente une prairie près d'/illnrf; des urbres sur le devant ; dans le fond un chapeau élevé sur une perche. La vue est terminée par le mont Bannberg , au-dessus duquel s'élève un glacier.
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FRISHARDT et LEUTHOLD sont en sentinelle auprès du chapeau.
FRISHARDT.
V^'est en vain que nous faisons ici sentinelle. Personne ne s'avance pour rendre hommage au chapeau. Depuis qu'on a élevé cet épouvantail, le peuple qui passait ici en foule, s'éloigne et laisse la place déserte.
l5fi GUILLAUME TELL,
LENTIIOfiD.
Malheureusement il n'y a que la vile populace qui se lasse voir et qui agite dans l'air ses bonnets eu lambeaux ; mais tout ce qu'il y a de gens considérés aime mieux faire le grand tour par le milieu du bourg , que de baisser la tête devant le chapeau.
FRISHARDT.
Lorsqu'on sort à midi de la salle du conseil , on traverse cette place , et comme personne ne pensait à saluer le chapeau , j'espe'rais alors faire une bonne capture ; mais admire le malheur ! Le curé Rosselmann, qui revenait justement de visiter un malade , se place avec le Saint- Sacrement, vis-à-vis de la perche; le Sacristain le suit et fait retentir sa clochette; aussitôt tous tombent à genoux , moi-même avec eux , et c'est devant l'hostie , non devant le chapeau , que nous fléchissons la tête.
LENTHOLD.
Sais-tu bien, camarade, que nous avons assez l'air, ici, de criminels en exposition ; c'est vraiment une honte pour un brave , d'être en sentinelle devant un chapeau. — Tout homme de cœur doit nous mépriser. ^— Se prosterner devant un, chapeau , voilà certes une singulière ordonnance ! . , ,