LE NAS
Vous parlez de projet, vous, dans cette demeure; Vous disposez du temps, et vous n'avez qu'une heure. De combien de mystère il faut s'envelopper! Que d'obstacles à vaincre avant que de frapper! Quand tu cherches au loin l'espoir de la vengeance, Au-devant de tes coups ta victime s'avance. Pourquoi dans des dangers que l'on peut prévenir Hasarder un succès qu'on est sûr d'obtenir? Ton bras doit immoler un homme à la patrie; Le sort te l'abandonne et te livre sa vie. Ce palais à tes pas par Faustus est ouvert : C'est là que dans la nuit, de son ombre couvert, Seul avec ses remords, ses terreurs, ses victimes, Le tyran des Romains vient méditer ses crimes; C'est là que sous ta main, expiant ses forfaits, 11 doit périr! c'est là qu'il faut frapper!
74 SÏ1LA.
CLAUDIUS
Jamais!
Qui? moi! j'abuserais du plus saint privilège! Je souillerais de sang le toit qui me protège! Sylla, dans cette enceinte, a pour garant ma foi, Et ses jours odieux y sont sacrés pour moi. Des vertus d'un ami quel serait le salaire? J'accepterais ses dons pour égorger son père!
LjENAS.
Pour punir un tyran, pour venger ton pays....
CLAUDIUS
Au foyer domestique où m'a reçu son fils?
VALÉRIE
Mon cœur répond au tien : oui, sauvons la patrie;
Mais ne la sauvons pas par une perfidie :
Que Sylla meure au temple, à la clarté du jour!
CLAUDIUS
Le grand -prêtre demain m'ouvrira ce séjour...
LiENAS.
Demain, sera-t-il temps? tu connais l'acte infâme.
La loi Licinia! le sénat la proclame :
La mort, la mort sur l'heure, à quiconque oserait,
En cachant un proscrit, retarder son arrêt;
Le toit hospitalier est réduit en poussière;
Le châtiment s'étend sur la famille entière.
CLAUDIUS
S'il est ainsi, Lsenas, je dois quitter ces lieux. Séparons-nous; je pars.
VALÉRIE
A celle heure! grands dieux!