‹ SyllaChapitre 52 sur 286 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

L'arrêt du dictateur, en menaçant sa vie, D'un ennemi cruel servait les noirs projets; Je t'ai vu partager ma crainte et mes regrets; Ignorant son malheur, que l'amitié déplore, Claudius dans ces murs a devancé l'aurore; Il tremble pour mes jours, et l'amitié l'instruit De l'abîme effroyable où son cœur le conduit; Plus de retour pour lui vers son épouse en larmes; Le foyer domestique est en proie aux alarmes; Catilina le cherche, il n'était plus d'espoir: Je devais le sauver, et j'ai fait mon devoir. Maintenant je souscris à ton ordre suprême; Fais saisir Claudius.

Où?

FAUSTUS

Dans ton palais même.

Malheureux!

FAUSTUS

Je le suis, je trahis l'amitié!

La loi qui me punit m'aura justifié.

De sa sévérité comment puis-je me plaindre, Alors qu'un même coup tous deux doit nous atteindre?

Voilà donc de Faustus les sublimes desseins! Il tremble que Sylla n'échappe aux assassins; Il approche le fer du sein de la victime.

FAUSTUS

Non, tu ne le crois pas; le soupçon d'un tel crime Ne peut jamais atteindre un cœur tel que le mien:

Mon père me connaît et me juge trop bien

Pour exiger de moi que je me justifie.

Je vois en gémissant les maux de la patrie;

Fils de l'heureux Sylla maître de l'univers,

Je porte avec douleur tout le poids de nos fers;

Mais si la liberté, que ton pouvoir opprime,

Elève dans mon âme un regret magnanime,

Elle n'affaiblit pas un devoir plus sacré,

Un plus doux sentiment par le Ciel inspiré.

Entre Rome et Sylla la nature m'éclaire;

Mon serment est à Rome, et ma vie à mon père.

Cependant un proscrit s'arme contre mes jours, Et Faustus, et mon fils lui prête son secours! Sais-tu quel châtiment ton audace s'apprête? Sais-tu bien que la loi pèse aussi sur ta tête, Qu'inflexible elle veut que ton sang soit versé, Que l'arrêt est rendu, que je l'ai prononcé?

FAUSTUS

Je saurai le subir, et sa rigueur extrême Pour te justifier doit me frapper moi-même.

Je ne vois plus en toi qu'un complice odieux D'un perfide assassin, d'un traître audacieux.

FAUSTUS

Catilina l'assure, et Sylla peut le croire. Je connais Claudius, il aime trop la gloire: S'il hait le dictateur, par mon bienfait lié, Sur sa haine j'ai pris les droits de l'amitié; Partout ailleurs son âme, au désespoir poussée, Peut d'un grand attentat concevoir la pensée.

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