SCÈNE VIII
Malheureux!... il dit vrai... Je le suis. Est-ce vivre,
Que subir les tourments où ma grandeur me livre?
Punir, verser du sang, étouffer des complots....
La nuit, point de sommeil!... le jour, point de repos!..
L'esprit toujours porté vers des pcnsers funèbres,
Comme un timide enfant avoir peur des ténèbres!...
Restons sous ce parvis; plus calme, dans ces lieux
Attendons que le jour vienne éclairer les cieux.
Si je pouvais dormir!... Mais quelle est ma faiblesse!...
Je tremble pour mon fils!... Vainement : ma tendresse
Ne saurait désarmer mon inflexible cœur;
Je suis père, dis-tu?... Non, je suis dictateur.
Dictateur! Quoi! toujours marcher de crime en crime!
Ah! je suis fatigué de vivre sur l'abîme!
Je veux... Ils me tueront... Tout-puissant, glorieux,
Que puis-je désormais demandera nos dieux?...
Le terme de mes maux, la fin d'un long délire,
Cette paix de la tombe, où quelquefois j'aspire :
t)0 SYLLA.
Mourir! dormir enfin! Que m'importe des jours Dont les profonds ennuis empoisonnent le cours? Mais je sens que mon âme, enfin moins oppressée,
(// se couche. ) Laisse en un vague heureux s'éteindre ma pensée. Oh! bienfait inconnu! Mes yeux et mes esprits S'afFaissent lentement, par le sommeil surpris.
(// s'endort et rêve tout haut.) Que vois-je?et quel pouvoir... dans ces demeures sombres. De ceux que j'ai proscrits... a ranimé les ombres?... Que voulez -vous de moi, transfuges des tombeaux?... De vos corps déchirés vous m'offrez les lambeaux! J'ai puni vos forfaits... J'ai puni vos complices... Tremblez qu'on ne vous traîne à de nouveaux supplices! Je les vois tous, les bras vers mon lit étendus, Agiter leurs poignards sur mon sein suspendus. 0 dieux! à me frapper leurs mains sont toutes prêtes.
(Il se lève en dormant.) A moi, licteurs! à moi!... J'avais proscrit leurs têtes, Je les revois encor?... Chassez tous ces pervers! Et que vos fouets sanglants les rendent aux enfers! Sylla le veut... l'ordonne... obéissez!...
(Il retombe sur son lit.)