‹ SyllaChapitre 90 sur 286 · ACTE II, SCÈNE IL 3i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL 3i

LEICESTER

Mortimer.... Mais d'abord, parlez, quel intérêt A suivre son parti vous excite en secret ?

MORTIMER

Quel intérêt, milord , dans son parti m'entraîne ? Celui que prend la France à son ancienne reine , Celui du roi son frère, et des princes lorrains, Qui daignent confier son salut à mes mains : Quel intérêt ? celui de la foi catholique Qui rejette du trône une reine hérétique, De cette ardente foi qui brûle dans mon sein , Et fit naître , et nourrit , et guide mon dessein : Quel intérêt? celui de ma chère patrie Par une usurpatrice indignement flétrie ; Celui de tant damis, de tant de jeunes coeurs , De Marie en secret généreux défenseurs , Qui ne veulent , pour prix d'un dévoûment fidèle , Que vivre, que combattre et que mourir pour elle. Eh ! quel homme si faible , à son céleste aspect , Ne sentirait , frappé d'amour et de respect , L'impérieux besoin de dévouer sa vie A la religion pour qui souffre Marie ! Voilà quel intérêt m excite et me conduit.

LEICESTER

Donnez-moi votre main. Déjà j'étais instruit Que vous avez de Rome embrassé la croyance. Pardonnez, Mortimer, un peu de défiance; En cette cour jalouse, entouré d'ennemis, Quelque soupçon d'abord a pu mètre permis ; Mais je puis désormais dépouiller toute feinte :

3a MARIE STUART.

A 1 ami de Stuart je me livre sans crainte.

Ma conduite présente étonne vos esprits,

Et d'un tel changement vous paraissez surpris.

Non , non , je ne suis point ennemi de la reine ;

Non , pour elle jamais je n'ai senti de haine ;

Et même , ainsi que tous , vous avez pu savoir

Que son hymen un jour a tenté mon espoir.

Je 1 aimai, Mortimcr; que dis-je ? éloigné d'elle,

Mon cœur en cette cour lui fut long-temps fidèle.

Mais quel homme toujours peut répondre de soi!

Par les événements entraîné malgré moi ,

L'éclat d'Elisabeth , la faveur, la puissance

Ont vers un autre but tourné mon espérance.

Vous ne connaissez pas, ignorez-le toujours,

Quelles séductions habitent dans les cours;

Yous ne connaissez pas l'influence inouie

Qu'exerce Elisabeth sur sa cour éblouie;

L'amour et le respect qu'elle commande à tous;

Les princes subjugués, les rois à ses genoux,

Des courtisans muets la craintive contrainte ;

Eh bien , tout cet éclat , ces respects, cette crainte ,

La fière Elisabeth s'en parait à mes yeux ,

D'un monde adorateur me reportait les vœux ,

Soumettait à moi seul toutes les renommées;

Souverain de sa cour et chef de ses armées ,

Jeune, et, je l'avouerai, peut-être ambitieux,

Comment d'un tel combat sortir victorieux ?

Avec tout l'univers je fus soumis moi-même.

Marie en vain de loin m'offrait un diadème ;

Je vis alors , je vis avec plus de froideur

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