ACTE H, SCÈNE IX
Ta clémence aisément peut contenter mes vœux ; Apprends-moi mon malheur, c'est tout ce que je veux, Je ne demande pas quelle fut notre offense : Le courage, la peur, les discours, le silence, Tout est crime à tes yeux, et je ne prétends pas Excuser mon époux et désarmer ton bras. Quand tu le proscrivais tu lui faisais justice; Nous conspirions ensemble, et je suis sa complice; Je partage ou plutôt j'excite dans son cœur La haine généreuse et la profonde horreur Qu'inspire à mon époux ta longue tyrannie ; Tous deux nous implorions les dieux de la patrie, Et , tous deux loin de toi , dans notre obscurité , Nos vœux étaient pour Rome et pour la liberté: Unis dans nos regrets et dans nos espérances, Pourquoi nous séparer au jour de tes vengeances? Oui, Sylla, Claudius est un garant pour toi : Tremble si je n'ai plus à craindre que pour moi.
SYLLA
Je ne redoute point ta fureur vengeresse; De ton sexe en tout temps j'épargnai la faiblesse: Mais ton époux conspire, et quand le dictateur Sur l'ennemi des lois exerce leur rigueur, Plus indulgent, Sylla pardonne à Valérie.
VALÉRIE
Va, je crains ton pardon , et non pas ta furie, Et des maux que sur nous verse ta cruauté Ton affreuse clémence est le plus redouté. Epargne-moi du moins cet horrible supplice:
36 SYLLA
Auprès de mon époux souffre que je périsse. Tu seras, quelque mort qu'il nous faille souffrir, Moins prompt à l'ordonner que nous à la subir... Eh quoi! Faustus, aussi tu gardes le silence; Tu détournes les yeux! crains-tu que ma présence. Dans le fond de ton cœur accusant la pitié , Ne réclame en ce jour les droits de l'amitié? Rassure-toi; je sais ce que tu peux entendre, Et du fils de Sylla ce que je dois attendre.
FAUSTUS
Valérie, en ces lieux, où tu portes tes pas, Contiens ton désespoir, et ne m'accuse pas...
VALÉRIE
Quand mon époux périt !
FAUSTUS
Peut-être il vit encore.
VALÉRIE
Où donc est Glaudius? Ah! parle !
FAUSTUS
Je l'ignore.
VALÉRIE
Tu l'ignores? Non, non! De ton front indiscret I^a pâleur me révèle un horrible secret; Je t'entends, et j'abjure une lâche espérance. Les Marius ont eu leur moment de clémence : Sylla, l'affreux Sylla ne pardonne jamais. Eh bien! frappe sa veuve au sein de ton palais; Si j'en passe le seuil, ma douleur frénétique Court armer contre toi la vengeance publique.