ACTE III, SCÈNE I
La folle ambition , l'affreuse calomnie , Le vice enorgueilli d'un triomphe odieux, Jusqu'à l'heure tardive ofi se vengent les dieux.
CATILINA
Ainsi de Roscius la sagesse suprême, Condamnant le sénat, le dictateur lui-même, Sans crainte d'un soupçon qui peut peser sur lui, Pour des conspirateurs se déclare aujourd'hui, Et vient, sur de l'appui d'un public idolâtre, Étaler au forum ses vertus de théâtre.
ROSCIUS
J'oppose à ce mépris, qui n'atteint pas mon nom ,
La faveur de Sylla, l'amitié de Caton.
Aux sentiments qu'ici ma voix a fait entendre,
Catilina feindrait en vain de se méprendre.
J'abhorre les complots, quels qu'en soient les auteurs:
Mais je crains les pervers, je hais les délateurs;
Je vois avec dédain ces flatteurs mercenaires,
Sous leur pourpre flétrie esclaves consulaires ,
Destructeurs de l'autel où leur encens brûla ,
Adorer tour-à-tour Marius et Sylla,
D'un rival innocent poursuivre le supplice,
Et forcer le pouvoir à s'en rendre complice.
CATILINA
Je ne veux pas savoir où tendent ces discours. A de vaines clameurs je laisse un libre cours. Pour Sylla, que je sers, prêt à tout entreprendre. Je n'examine rien quand il faut le défendre ; Par son intérêt seul mon droit est limité;
4o ^SYLLA.
Je ne le pèse point au poids de l'équité. L'arrêt d'un dictateur est toujours équitable : Claudius est proscrit; Claudius est coupable. Toi-même, avant le jour surpris dans sa maison , Tu protégeas sa fuite ; et de sa trahison Tu deviendras complice en cachant sa retraite. Songe que du sénat ma voix est l'interprète. Réponds; oii Claudius a-t-il porté ses pas?
ROSCIUS
Si j'en étais instruit, tu ne le saurais pas. Le doute où je te vois a vengé mon offense . Au sénat, j'y consens, dénonce mon silence; Dis-lui que Roscius, sous le fer du licteur, Est prêt à répéter : Opprobre au délateur!
(Il sort.)