ROSCIUS, MÉTELLUS
ROSCIUS
U N ordre inattendu que je n'ose comprendre Cette nuit au palais m'avertit de me rendre : Je ne m'en défends pas; un invincible effroi A cette heure , en ces lieux, s'est emparé de moi.
MÉTELLUS
La crainte, Roscius, ne peut être permise A celui que Sylla protège et favorise.
Pour toi le dictateur adoucit sa fierté, Que l'insolent vulgaire appelle cruauté ; Admis à ses conseils, il souffre que ta bouche Prête à la vérité ce charme qui le touche ;
2 SYLLA
Il t'écoute, il te croit; tu jouis entre tous Du privilège heureux de fléchir son courroux: Et j'ai vu quelquefois cette ame sombre et fière S'amollir à ta voix, céder à ta prière. Sylla recherche en toi le peintre ingénieux Des grandes actions de nos premiers aïeux.
ROSCIUS
Oui ; de nos vieux Romains il se montre idolâtre ;
Sylla permet encor leur éloge au théâtre;
Il admire Scaevole, il honore Brutus;
Mais dans leurs descendants il proscrit leurs vertus.
MÉTELLUS
Désormais notre asile est dans la tyrannie ;
Rome accepte le joug de ce puissant génie.
Sans lui tout périssait ; plus de frein , plus de droits ;
La force avait soumis la majesté des lois ;
Au forum, au sénat, dans nos champs, dans nos villes,
Tout s'embrasait au feu des discordes civiles ,
Quand Marius , guidant un peuple de bourreaux ,
De l'état avec eux partageait les lambeaux :
Mais Sylla reparaît; la fortune ramène,
Des rives du Mêlas, le vainqueur d'Orchoméne;
Il combat, il triomphe , il monte au premier rang ;
Marius et les siens, étouffés dans leur sang,
Expirent ; aussitôt la paix renaît dans Rome :
Ce que n'ont pu les dieux est l'ouvrage d'un homme.
ROSCIUS
AI» ! puisse la nature épargner aux Romains Ces sublimes esprits au-dessus des humains !