‹ Sylla; tragédie en cinq actesChapitre 4 sur 66 · ROSCIUS, MÉTELLUS · texte numérisé non relu

ROSCIUS, MÉTELLUS

ROSCIUS

U N ordre inattendu que je n'ose comprendre Cette nuit au palais m'avertit de me rendre : Je ne m'en défends pas; un invincible effroi A cette heure , en ces lieux, s'est emparé de moi.

MÉTELLUS

La crainte, Roscius, ne peut être permise A celui que Sylla protège et favorise.

Pour toi le dictateur adoucit sa fierté, Que l'insolent vulgaire appelle cruauté ; Admis à ses conseils, il souffre que ta bouche Prête à la vérité ce charme qui le touche ;

2 SYLLA

Il t'écoute, il te croit; tu jouis entre tous Du privilège heureux de fléchir son courroux: Et j'ai vu quelquefois cette ame sombre et fière S'amollir à ta voix, céder à ta prière. Sylla recherche en toi le peintre ingénieux Des grandes actions de nos premiers aïeux.

ROSCIUS

Oui ; de nos vieux Romains il se montre idolâtre ;

Sylla permet encor leur éloge au théâtre;

Il admire Scaevole, il honore Brutus;

Mais dans leurs descendants il proscrit leurs vertus.

MÉTELLUS

Désormais notre asile est dans la tyrannie ;

Rome accepte le joug de ce puissant génie.

Sans lui tout périssait ; plus de frein , plus de droits ;

La force avait soumis la majesté des lois ;

Au forum, au sénat, dans nos champs, dans nos villes,

Tout s'embrasait au feu des discordes civiles ,

Quand Marius , guidant un peuple de bourreaux ,

De l'état avec eux partageait les lambeaux :

Mais Sylla reparaît; la fortune ramène,

Des rives du Mêlas, le vainqueur d'Orchoméne;

Il combat, il triomphe , il monte au premier rang ;

Marius et les siens, étouffés dans leur sang,

Expirent ; aussitôt la paix renaît dans Rome :

Ce que n'ont pu les dieux est l'ouvrage d'un homme.

ROSCIUS

AI» ! puisse la nature épargner aux Romains Ces sublimes esprits au-dessus des humains !

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