POUSSETTE, ROGER
nOGER.Eh bien! chère amie, nous voilà seuls... qu’aviez-vmis à me dire? je vous ai vue éloigner d’Herbiguy et de Villiers, et je présume...
• T#e Villiers, Rouer, d'Herbiffnv, Pou«»tt«.
MAGASIN TH? ATR AL
POUSSETTE. Vous présume*?. . peste! quelle perspicacité !
roger Sla chère, vous ne savei pas combien j'ai l'œil alerte, depuis que je suis marié.
POUSSETTE. Tant mieux! cela pourra tous
servir. .
roger. Hein ?. . . qu’est-ce que tous dites
donc li? , , ..
poussette. Je dis, mon cher cheTalier, nue le mariage est un état anormal, comme disent les naturalistes, et qu’il faut une grande
Pl ROGLR- Poussette, ma lionne amie.mettczmoiau courant tout de suite... je suis d’une constitution robuste et n’ai pas besoin de ménagements.
poussette. Eh bien! mon pauvre Roger...
poub saurez que j’ai pris mes renseignements sur la maison Bouleau, Finard et compagnie.
J'ai ma police à moi... Voire femme...
roger . virement. On vous aurait parlé d’elle aussi?. .. qu’a-t-on pu tous dire?... tous l’avez vue... elle est jolie...
poussette- Très- jolie.
roger. Elle est spirituelle.
poussette. Je le sais.
ROGER. Elle est sage.
poussette. A merveille !.. mais sa sagesse ne l’a pas empêchée d’être remarquée par un unissant seigneur.
roger. Ah! diable!. . mais sa sagesse 1 aura sans doute empêchée de le remarquer, lui .
poussette. On dit que non... ce qu il y a de certain, c’est que ce beau marquis adore la fille de maître Bouteau... que, pour elle, tous les dimanches, il allait à la messe... dans la chapelle du couvent, lorgner la jolie pensionnaire...
roger Tous les dimanches...
poussette. Oh ! c’est un homme très-religieux que sais-je!.. . en donnant de 1 eau bénite ’ un peut biUet est bientôt glissé.
roger, finement. Poussette, ma déesse, vous me direz bien le nom de cet homme,
n’est- ce pssï , .
poussette. C’est le marquis de Royan-
C ° roger- De Royancourt .. un des meilleurs amis de madame Dubarry!..
poussette. Tout-puisrant par elle, disposant des régiments et des lettres de cachet ni plus ni moins que monsieur de la Vnllière !. .. du reste, un charmant cavalier.
roger. Alors, pourquoi n épousait-il pas
'poussette. Ecoutez donc... on ne lait pas comme cela, sans y être un tant soit peu poussé, marquise, la fille d'un petit robin... On trouve plus commode, par le temps qui court, d’attendre qu’elle soit pourvue d un
mari., et de donner à ce mari une charge en province, ou bien un régiment.
roger, virement. Poussette, ma chère Poussette, vous Clés sur ia trace, parole d'honneur !
poussette. Comment cela?
noGER. On m'a parlé du régiment.
poussette. OéjJ» I roger Ce matin.
poussette, ii eût été plus délicat de vous en parler hier; tête-bleue 1 mon cher, ces petites filles de robe, cela va le diable !
roger. Oui; mais nous irons aussi vite qn’elle !
poussette. Ce n’est pas sûr !
roger. Que voulez vous dire?
poussette. Il n’est pas certain que nous la rattrapions.
roger. Pourquoi cela?
poussette. Parce qu’elle a de l’avance sur nous.
roger. Oc l'avance sur nous?
poussette. Sylvandire a reçu une visite ce matin ?
roger. Oui, d'une dame de charité.
poussette. Fort charitable en effet 1
roger. Hein?
poussette. Je la connais : c'est la petite poste de l'Opéra. .. et la messagère intime du marquis de Royancourt.
roger. Et que venait-elle faire ici?
poussette. Son métier : apporter une lettre.
roger. Une lettre de qui?
poussette. Une lettre du marquis.
roger. Vous êtes sûre, Poussette?...
POUSSETTE. Parbleu!
roger. Ma chère Poussette , toute lettre mérite une réponse...
poussette. C'est mon avis.
roger. Et monsieur de Royancourt n'aura point à se plaindre, car il en anra deux.
poussette. Ce qui abonde ne vicie pas.
roger, passant à la table de gauche et préparant ce qu'il faut pour écrire. * Ma chère Poussette, traitez-moi de fat et de bcliire, dites que je ne me nomme pas Uoger- Tancrède d'Angnilhein, si, avaul la fin de l'autre semaine, il n’y a pas un marquis de moins pour faire belle jambe à l'œil de bœuf. (Ecrivant.) « Monsieur le marquis... • Pas ' de bravade, il me prendrait pour un Gascon! pas d'injure , il lue croirait un Limousin !. .. (Il écrit.) * Il faut encore huit. jours pour » accomplir le petit voyage que je vais faire » avec madame d'Anguilhem. J’espère avoir s le plaisir de vous rencontrer, d'aujourd’hui « en huit, au cours ia Reine, à sept heures » du matin ; j’y serai avec mon épée, et > comme lout bon gentilhomme ne marche
* Rogi*r, Pou«sMU
* pas sans la sienne, j'espère vous y itwrer » avec la vôtre.
• Chevalier d'Anguilhem. »
poussette. Bravo! mon cher, voilà un cartel galamment troussé. Ou croirait que vous n’avez fait autre chose de votre vie.
ROGEB. Ma chère Poussette, portez cette lettre h d'Herbigny et à de Villiers.
poussette. Je vous comprends... l'hôtel de Royaucourt est à deux pas d'ici et avant un quart d’heure...
Roger. Poussette, tu es une femme charmante!
POUSSETTE. Non! Poussette est une folle, une écervelée, qui craint bien de vous avoir conseillé une sottise, entendez-vous... Mais Poussette est une fille alerte , adroite et dévouée, qui sera toujours prête à vous rendre service... Elle a votre honneur à cœur, voyezvous, et elle ne souffrira pas qu’on décore impunément votre front d'un chapean de co...
ROGER , vivement. Hein!
POUSSETTE, avec dignité. I)e colonel. ..
je ne voulais pasdire autre chose, chevalier. ..
{ ai trop bon ton pour cela. .. Sans adieu , à ientôt , ma biche I
Elle entre à droite.