FINAUD, ROGER
ROGER, à part. Oh! oh' plaisante figure!
FI NA RD, très- mystérieusement. Est-ce bien à monsieur le chevalier Uoger-Taucrède d’Anguilhem que j'ai l’honneur de parler ?
itOGElt. A inoi-uu'inp, monsieur. .. de quoi s’*gil-il?
finard, regardant partout. Sommes-nous bien seuls, monsieur le chevalier?
ROGER. Parfaitement seuls, monsieur, comme vous le voyez.
finard. Permettez- moi de m'en assurer.
Il va ouvrir la porto ito droit.* ot regarde dans la chambre.
rogf.r, à part Voilà ml curieux personnage, par exemple !
finard, traversant pour aller à gauche.
Vous êtes bien sdr qu'il n'y a personne de cache dans ce salon ni dans celte chambre?
tt ouvre la porte de la chambre de gauche.
ROGER, impatiente. Parbleu! tout le monde étant sorti, j'en conclnsqu'il n’v a personne.
FINARD, qui s’est approché d'une table couverte d'un tapis, ù gauche, regardant tous la table. Ni sous ce meuble?
ROGER . riant. Monsieur, voici encore mes deux poches, vous pouvez les visiter aussi.
IA part.) Serait-ce quelque exempt de police?
finard. Je vous demande humblement pardon de toutes ces précautions, monsieur le chevalier; mais vous romprendroz bientôt qu’elles sont rigoureusement nécessaires.
ROGEn. Voyons, monsieur, je vous écoute.
finard Je m'étais d'abord présenté à l’auberge de ta Herse d'Or; mais votre domestique m’a fait le plaisir de m’apprendre que vous logiez désormais chez monsieur le marquis de C relié, votte ami...
ROGER, appuyant. Oui, monsieur, je loge désormaischoz M. le marquis de Cretté, mon ami... Maintenant, au fait?
finard. J’ai presque envie que nous nous asseyions, monsieur le chevalier... Isolés ainsi au milieu de ce salon, noos serons encore plus certains de ne pas être épiés.
ROGER, s'asseyant. A vos souhaits, mon cher monsieur.
finard. assis près de Roger. Maintenant, monsieur d’Anguilhem, j’aborde la question sans préambule.
ROGER. Je ne demande pas mieux, je vous !
l’avoue.
finard. Auriez-vousdu goût pour gagner votre procès?
ROGER, sautant sur son siège. Tête-bleue!
je le crois bien ! et beaucoup , je vous le jure.
finard, appuyant. Eli bien, moi, monsieur, je puis vous le faire gagner.
roger, transporté. Que dites-vous ? ali !
vous êtes mon sauveur, vous êtes un auge , vous êtes un Dieu!... Je vous embrasserais, fui de gentilhomme!., (d part) si vousn’étiez pas si laid!... (Haut.) Ah! parlez!... expliquez-vous, homme du ciel: que faut-il faire?
que faut-il donner? je suis prêt à tous les sacrifices.
finard Oh! mon Dieu! presque rien!.., il s’agit tout bonnement de vous marier.
roger. Me marier I
finard. Ou signer provisoirement cette promesse de mariage dont les noms sont en blanc, et qui n’est exécutoire, bien entendu, qu’après le gain de votre cause.
ROGER. Très-bien! voilà qui est parfaitement clair... il faut me marier... Mon Dieu! * cela se comprend... c’est à la portée de tout le monde... mais, avec qui me marier? Vous pensez bien, mon excellent ami, que je ne peux pas faire nu bail de cette importance et de cette durée- là en jouant au colinmaillard.
finard. C’est pourtant ainsi que les conditions sont faites, monsieur le chevalier.
noGKR. Comment! il faut que je me marie sans voir, sans connaître ma femme?
finard. Précisément.
ROGER, se levant. Allons, c’est une mauvaise plaisanterie, et si c’est un jeu, monsieur, je vous déclare qu’il me déplaît et qu’il m’offense.
finard. Si c’est un jeu, monsieur le chevalier, tout votre avenir y est intéressé, puisque vous pouvez y gagner quinze cent mille livres... Réfléchissez à l’alTaire. .. elle vaut la |K'ine que l’on y mette un peu du sien.
ROGEn. Un peu du mien, il est gentil!...
beaucoup du mien!.. Voyons, mon tendre monsieur... comment vous appelez-vous?
finard. Finard... pour vous servir.
roger. Joli nom!., je trouve qu'il vous va à merveille!., voyons, mon aimable monsieur Finard, voyons, un tout petit renseignement.. La jeune personne est-elle... là... hein?...
d abord, est-elle jeune seulement?
finard. Je suis obligé de rester muet.
Roger. Vous êtes désespérant ! Diles-moi du moins si elle est bien faite ou difforme , fille ou veuve?
finard. Tout ce que je puis faire pour vous, sans me compromettre, c’est de vous laisser te temps de la réflexion.
roger. A la bonne heure! voilà qui est pil ler... on donne au moins aux gens le loisir de respirer... on ne les marie pas le pistolet sur la gorge!
finard. Je vous donne un quart d'heure.
MAGASIN THEATRAL
roger. Un quart d'heure! voilà, pardieu!
une belle affaire.
finard. Ali! daml nous n'avons pas-de temps à perdre, comme vous savez.
iiOi.ru. Encore une question?.. Comment se fait-il que mon beau-père futur n’ait pas fait offrir sa fille à mon adversaire?
finard. Nous l'avons offerte... et ilapresque accepté... Mais, voyez-vous, il est laid et vous êtes joli garçon... et puis, le nom d'Afghano... cela sent son sauvage... D’Anguithem, cela sonne mieux pour des oreilles françaises... bref, nous sommes décidés à vous donner la préférence.
boger. Je vous suis bien obligé... et si, dans un quart d’heure, je refuse?
finaro. Dans vingt minutes, je suis chez monsieur Afghano... Sans adieu donc, monsieur le chevalier... (Il remonte.) * Ne me reconduisez pas... sans cérémonie. .. inutile d’éveiller l’attention.. . Quinze cent mille livres ou un petit zéro pour votre seigneurie, voilà les chiffres bien posés. (Saluant.) Je suis votre humble serviteur.
Il 10 rt