I. — REPEUPLEMENT
Le repeuplement consiste à obtenir la naissance d’un nouveau peuplement ou d’une partie de peuplement ; il peut avoir pour but soit de créer de toutes pièces une forêt, soit d'assurer la perpétuité de la forêt existante sur le domaine boisé, perpétuité qui comporte l'enlèvement plus ou moins rapide du vieux matériel exploitable et son remplacement par de la Jeunesse. Cette création de nouveaux sujets peut être obtenue de différentes manières :
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19 Par voie artificielle (semis ou plantation) ; 20 par semis naturel (régénération naturelle) ; 3° par rejets de souche et drageons ; 49 par combinaison de ces différentes méthodes.
Un repeuplement est dit artificiel lorsqu'il est obtenu par Pintervention directe et immédiate de l’homme. Divers cas sont à distinguer, suivant que le repeuplement est effectué dans une forêt préexistante ou sur des terrains nus, c’est-à-dire dépourvus de forêts.
Repeuplement artificiel dans une forêt. — Dans la gestion d’une forêt différents cas peuvent se présenter où il est nécessaire d'intervenir :
a. Dans les futaies le semis naturel, sur lequel on comptait, fait défaut partiellement ou même totalement dans un grand nombre de circonstances dont les principales sont : 1° les porte-graines trop vieux ne donnent plus de graines fertiles ; 20, la régénération est manquée sans qu’il soit possible d’y porter remède ; 30 le sol est complètement envahi par de hautes herbes; 49 la vidange a détruit une partie des jeunes plants, etc.
b. Dans le taillis et le taillis composé, les brins de semence nécessaires au balivage ainsi qu’au remplacement des vieilles souches usées manquent, soit qu'ils aient été étouffés dans leur jeunesse par les essences secondaires, soit que les portegraines se trouvent trop espacés ou inféconds.
c. Ilexiste desvides plusou moins étendus qui rompent l’état de massif du peuplement.
d. On a intérêt à introduire dans la forêt soit une essence nouvelle donnant des produits plus précieux, soit une essence accessoire de mélange utile pour permettre à l’essence principale de se développer plus avantageusement.
e. On substitue complètement la régénération artificielle à la régénération naturelle, soit parce que les bois sont exploités trop jeunes pour donner des semis, soit parce que l’on veut obtenir très rapidement la régénération.
Dans ces circonstances, le repeuplement artificiel s'impose, et sauf peut-être dans le dernier cas où il s’agit de régénérer
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artificiellement toute la surface du peuplement, ce repeuplement présente un caractère d’utilité générale plutôt qu'un caractère immédiat de spéculation ; autrement dit, l’intervention du repeuplement artificiel se manifeste dans l’économie générale de lexploitation forestière, moins par les produits bruts qu'est susceptible de fournir ce repeuplement dans un temps donné, que par l'effet qu’il aura sur la reconstitution de l’état de massif et par suite sur le maintien de la fertilité de la station. A ce titre des travaux de ce genre peuvent être d’une très grande importance ; ils se justifient pleinement, à la condition qu’on agisse avec une grande prudence et en connaissance de cause ; mais il faut se rappeler qu’en agissant trop vite, parfois mal à propos, on s'expose à dépenser inutilement son argent.
Repeuplement artificiel sur terrains nus ou boisement. — Lestravaux de repeuplement de ce genre présentent, en général, un caractère d’intérêt privé ; c’est un placement qu’effectue le propriétaire, placement sur lequel il compte réaliser un bénéfice. Il est d’une bonne administration de savoir mesurer à l’avance les difficultés de l’entreprise, les dépenses de l’opération ainsi que les recettes probables.
Lorsqu'il s’agit de boiser des friches, des landes ou terres incultes, de couvrir d’une végétation protectrice un sol pauvre et ruiné, de lutter contre l’envahissement de la bruyère, de remédier enfin par le boisement des terrains à de multiples causes d’appauvrissement et de stérilité, il est des principes généraux qu’on ne peut méconnaître :
19 Là où la terre végétale n'existe plus, la stérilité des sols peut être complète et il est alors impossible de supprimer la phase très lente de restauration naturelle par les lichens, les mousses, la végétation herbacée et la végétation buissonnante et de songer à effectuer de prime abord, avec quelque chance de succès, un boisement, même en essences résineuses ;
20 Souvent on ne peut pas boiser directement en essences feuillues, à moins de provoquer, mais alors assez lentement, le processus de reconstitution naturelle ;
39 Dans la plupart des cas, quand il s’agit de boiser des terrains nus, incultes et généralement très pauvres, on doit utiliser,
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tout au moins à titre transitoire, les essences résineuses, car ces essences sont les moins exigeantes et les plus rustiques ;
49 L’herbe d’une part, ainst que les essences feuillues d'autre part, réapparaissent en général spontanément, ou sont facilement introduites sous des peuplements résineux qui s’éclaircissent avec l’âge.
Dès lors Ia constitution, la plus prompte possible, d’un manteau protecteur du sol s'impose; très souvent elle apparaît comme le seul moyen de chasser la bruyère ; elle se montre comme le seul moyen d2 désacidifier le sol stérilisé par la bruyère et de le rendre apte à porter des essences précieuses. Les résineux, les pins en particulier, sont à cet égard des essences remarquables ; parfois ce sont les seules possibles.
En France, dans les pignadas landaises, l2 pin maritime est doublement précieux : d’une part la réussite facile du semis, la croissance rapide des arbres, la prompte constitution d’un manteau protecteur du sol, font de cet arbre le reboiseur idéal qu'aucune autre essence ne peut supplanter pour la régénération des sables stériles du Sud- Ouest et la fixation des dunes ; d’autre part, l'extraction de la résine et la vente du bois sous des formes multiples, font classer aujourd’hui le pin maritime comme l’essence principale à adopter pour le boïsement définitif de la région (1).
Ailleurs, encore en France, en montagne ou dans la plaine, dans les Alpes, dans le Plateau Central et dans les Cévennes, dans le Morvan, dans les Vosges, en Sologne, en Champagne et ailleurs, les pins (spécielement le pin Sylvestre, le pin noir d'Autriche, les pins laricio de Corse et de Calabre) ont fait leurs preuves sur les terrains les plus divers et les plus stériles, et le succès des reboisements déjà effectués encourage à persévérer ; la réussite possible des semis et des plantations dans des conditions difficiles et la prompte constitution d’un couvert complet sur le sol, sont parfois les seuls arguments à invoquer en leur faveur, mais ces arguments sont sérieux; les pins ont poussé, de prime abord, rapidement et presque sans frais, là où il n’est pas démontré qu’on aurait toujours pu, sans eux, rétablir l’état boisé.
Ailleurs, en Autriche, sur les coteaux calcaires qui dominent Trieste, l’importante société des reboiseurs du Karst demande au
(1) Aujourd'hui, alors que le sol des forêts de pin, par la décomposition des détritus de toutes sortes qu’elles ont apportés, s’est profondément enrichi et transformé, la culture des feuillus devient possible; le chêne, et en particulier le chéne ! line, vient bien dans les Landes et sa culture doit être propagée par tous les moyens possibles. Par une introduction raisonnée du chène au travers des pignadas landaises on diminuerales chances d'incendie, les dangers de l'invasion des insectes ou des champignons, tout en enrichissant la forèt de pin maritime elle-même.
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pin noir d'Autriche seul la prompte constitution du couvert ; les bienfaisants dépôts d’aiguilles et de matière végétale en décomposition de ce premier boisement créent rapidement, sur un sol presque stérile, une couche d’humus et de terre végétale suffisante pour permettre alors l'introduction d’essences variées,en mélange ou en sousétage, suivant l’âge ou l’état plus ou moins éclairei des premiers peuplements.
Sous les pins, parfois même au travers de pins encore jeunes et suffisamment éclaircis, partout où il est possible de reconstituer la forêt feuillue, les chênes, hêtres, noyers, châtaigniers et tous arbres ou arbustes de valeur à un titre quelconque qui conviennent au sol et à la station, viendront mieux et plus vite sur des sols primitivement infertiles, que si l’on cherchait à les obtenir directement en suivant les phases très lentes d’une reconstitution naturelle ; sous les pins suffisamment éclaircis, partout où le climat s’y prête, l'introduction artificielle des feuillus les plus précieux sera pratiquement possible, alors que souvent elle est difficile, très lente et par suite trop onéreuse autrement.
Certes, la question est délicate, et il ne s’agit pas de la trancher d’un trait de plume — en tous lieux, sur tous les sols et en toute circonstance; mais on peut dire qu'il existe aujourd’hui, parmi les terrains à reboiser, bien des sols qui ne sont plus susceptibles, pour de multiples causes, de se prêter d’une façon commode, à la réinstallation directe des arbres feuillus ; que par contre, sur ces sols, le résineux moins exigeant, le pin surtout, s’y présente comme l'arbre de boisement par excellence, pouvant être l'essence transitoire qui réinstalle rapidement la végétation sur les pentes où elle est immédiatement nécessaire, et qui cède peu à peu et très facilement sa place à l'essence feuillue plus précieuse, si les conditions économiques ou les circonstances locales de station l’exigent et pouvant être ailleurs l'essence définitive, si le pin, par ses aptitudes et ses produits, a acquis sans conteste son droit de place (1).
Les considérations générales précédentes nous paraissent d’une importance extrême, lorsqu'on songe à utiliser par le boisement certains terrains privés de toute végétation forestière, appauvris et dégradés, tels qu'il en existe 1ant aujourd hu ; elles nous ont permis de préciser qu'on ne remet pas en valeur, par voie de semis ou de plantation, la lande déboisée, ruinée par le pâturage des moutons et des chèvres, envahie et stérilisée
(1) Ilest de même des sols se prêtant à la croissance immédiate des arbres feuillus que le propriétaire particulier, soucieux de jouir (car les reboisements particuliers sont toujours faits dans ce but d'intérèt privé), reboiseen résineux. La pineraie, dans bien des situations, fonctionne dans des conditions économiques de placement que ne dédaigne pas le reboiseur ; avec le pin, la reconstitution est peu coûteuse, elle promet à la généralion qui l'entreprend le bénéfice du résultat de l'entreprise: elle n'oblige pas enfin les capitaux engagés à rester indéfiniment inertes pendant plusieurs générat ons d'hommes, pour avoir fonctionné, en fin de compte, à un taux extrèmement faible.
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par la bruyère, aussi facilement que s’il s’agissait de créer de toutes pièces une forêt sur une terre arable récemment abandonnée par la culture agricole ; elles laissent entendre qu'entre ces deux cas extrêmes, tous les états intermédiaires peuvent se présenter et qu'on doit en tenir compte ; elles tracent enfin la ligne de conduite à suivre pour arriver le plus pratiquement possible au but proposé.
Choïx des essences. — Avant de commencer les travaux, le propriétaire doit soigneusement étudier les conditions de climat, d'exposition et de sol où il se trouve, afin de décider quelles sont les essences à employer pour réussir, de même qu'il doit, dans la mesure du possible, donner la préférence aux essences susceptibles de lui fournir les produits les plus avantageux. Pour ce choix il devra, toutes les fois que les circonstances le permettront, prendre comme point de départ les essences mêmes de larégion ou celles qui y ont particulièrement réussi. Les agents forestiers locaux sont désignés pour donner à cet égard les avis les plus sérieux et nous pensons qu’on devrait leur demander conseil plus souvent (1).
Pour effectuer un repeuplement, on peut disposer : 1° des essences indigènes ; 2e des essences exotiques.
1° Essences indigènes. — Nous possédons dans nos forêts une série d’arbres appropriés à nos différents climats, à nos différents sols, susceptibles de donner des bois d’excellente qualité et doués d’une vitalité et d’une résistance parfaites. En les utilisant nous aurons toutes les chances possibles de réussir.
a. Dans le cas de repeuplements à effectuer en sol nu, on ne dispose pas d’abri pour protéger les jeunes plants au début de leur existence ; le choix des essences à employer, dites essences de premier boisement, est alors très restreint. On doit se limiter aux essences suivantes, tout en se conformant aux exigences de climat et de sol spéciales à chacune d’elles :
1° Sur les sols pauvres : les pins; dans le Sud-Est le pin d’Alep, spécialement sur les rochers calcaires de la Provence; dans le Sud- Ouest,sur les sables siliceux du littoral, le pin maritime ; à défaut de ces essences, le pin sylvestre partout, en plaine, en coteau et en montagne
(1) Voir à titre d'exemple : « Le reboisement des terrains en friche dans l'arrondissement de Neufchâteau », par L. Pardé, inspecteur des eaux et forèts- Bulletin de la Société forestière de Franche-Comté et Belfort, mars 1906. — « Emploi des essences forestières tadigènes et exotiques pour le boisement des différents sols », par L. Pardé, id., décembre 1904. — « Les friches de la Haute-Marne, leur mise en valeur par des travaux forestiers et pastoraux », par E. Cardot, inspecteur des eaux et forêts. Paris, 1905, etc.
jusqu’à l’altitude de 1 500 mètres dans les Alpes, et le pin noir d’Autriche de préférence sur les sols calcaires et dans les Alpes jusqu’à des altitudes de 1 500 mètres aux expositions chaudes ;
29 Sur les sols plus ou moins fertiles : parmi les essences résineuses, les pins, dans les conditions indiquées précédemment ; — l’épiréa en toutes contrées froides et fraiches, surtout dans les sols frais de montagne, sans descendre, sauf exceptions, au-dessous de la station du hêtre dans les Alpes et au-dessous de celle du Sapin dans les autres régions ; — le mélèze, dans les lieux bien éclairés et bien aérés, surtout aux hautes altitudes.
Parmi les essences feuillues, le chêne se recommande entre toutes, non seulement par les qualités de son bois, mais encore par le bon marché avec lequel il est facile de l’introduire par voie de semis dans les terres qui le comportent et plus particulièrement dans les champs abandonnés par l’agriculture (le chêne rouvre ne doit pas être confondu avec le chêne pédonculé dont il n’a pas les mêmes exigences); — l’aune s'emploie dans les stations fraîches et même mouilleuses où il prépare souvent l'introduction du chêne ; — le bouleau s'emploie un peu partout, à cause ce la facilité de sa reprise, même en terrain pauvre, et du bon marché de ses plants ; mais ce n’est pas une raison pour en trop généraliser l'emploi, car les résineux, en même situation, prennent plus de valeur que lui ; — d’autres essences feuillues telles que le frêne, les érables, les ormes, et parfois les saules, le peuplier tremble, etc., ne peuvent guère être employées sur de grandes surfaces que par pieds ou tout au plus par petits bouquets en mélange avec d’autres arbres feuillus ou résineux.
Rien n’empêche d’autre part, surtout lorsque le sol est de qualité variable d’un point à un autre, d’avoir recours pour le boisement à des essences variées, considérées comme aptes à être immédiatement introduites en terrain nu, et de chercher à créer, dès le début, des peuplements mélangés par taches ou petits bouquets d’essences pures, en ayant soin de ne pas exclure de prime abord les résineux du mélange.
Rien n’empêche enfin, partout où le climat le comporte, de profiter de tous les abris qui se rencontrent sur les surfaces à travailler pour introduire à leur ombre, au nord, quelques essences d’ombre, à couvert épais ; les touffes de genévriers, les buissons de coudriers et d’épines, les haies et les rochers sont des auxiliaires précieux à respecter dans les terrains en voie de boisement lorsqu'on sait planter sous leur couvert ou à leur ombre, au nord, quelques pieds de hêtre ou de sapin. Les jeunes plants de hêtre et de sapin élevés en pépinière et bien constitués sont plus accommodants qu’on ne le suppose généralement ; pour peu que l'altitude et le climat s’y prêtent, ces jeunes plants ne sont pas réfractaires aux terrains nus, dès que la moindre broussaille donne un peu d’abri; il en est ainsi dans toute la zone parisienne à partir de 300 mètres d’altitude et, à plus forte raison, en montagne dans les genêts et les fougères. Sous les climats plus méridionaux il faut
renoncer à ces deux espèces et le châtaignier peut avantageusement.
A. FRoN. — Syloiculture. 10
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les remplacer ; en sol sableux il croît à merveille sous l’ombrage des pins dont il abrite le pied en les préservant des invasions des insectes.
Plus tard, quand le moment est venu de combler les vides, on rem-
place les manquants par des sujets d’ombre ; plus tard encore, une fois le massif constitué à l’état de perchis, on peut sous son couvert, créer, s’il y a lieu, un sous-bois en essences d’ombre. : b. Dans le cas de repeuplements à effectuer sous une forêt préexistante, voire même au travers d’un premier boisement en essences transitoires rustiques, on dispose d’un certain abri pour protéger les jeunes plants au début de leur existence. Le choix des essences à employer est, dès lors, bien moins limité, et on peut,en raison des abris donnés par la forêt, introduire toutes les essences indigènes, en se conformant aux exigences spéciales qui leur sont propres, notamment en ce qui concerne le climat, l'altitude, l'exposition, et aussi la lumière nécessaire (fig. 36).
En ce qui concerne le climat, considéré dans ses grandes lignes, nos principales essences se répartissent de la façon suivante :
4° Région chaude ou méditerranéenne (de l'olivier), 0 à 600 mètres d'altitude. — Pin d'Alep ; pin pinier ; pin maritime. — Chêne liège ; chêne vert ; chêne kermès.
20 Région du chêne ; zone tempérée (jusqu’à 1 000 métres d'altitude). — Pin maritime dans les parties chaudes (sud-ouest); pin sylvestre ; sapin exceptionnellement.— Chêne rouvre et chêne pédonculé ; frêne, ormes, érables, charme, peuplier, châtaignier, sorbier, etc.; hêtre exceptionnellement ; aune glutineux.
30 Zone froide ou subalpine (1 000 à 1 800%). — Sapin, épicéa, mélèze, pin sylvestre, pin à crochets ; — hêtre ; érable sycomore, boulzau, sorbier des oiseleurs ; — aune blanc.
4° Zone très froide ou alpine (1 800 à 3 000m). — Mélèze, pin de montagne ; pin cembro ; aune vert.
Cette division établie d’après les altitudes n’a rien d’absolu, et peut se trouver constamment modifiée par une série de circonstances spéciales dont l’ensemble détermine un climat local, climat qui pour une même altitude sera surtout différencié par l'exposition.
En ce qui concerne la nature des terrains à repeupler, nos principales essences paraissent convenir dans les conditions suivantes :
49 Sols siliceux, sablonneux, arides. — Pin maritime (climats doux du sud-ouest) ; pin sylvestre ; — chêne tauzin et chêne vert (climats du midi de la France).
20 Sols siliceux, sablonneux frais. — Résineux en général; — chêne rouvre, charme, châtaignier, bouleau, robinier.
3c Sols légers, granitiques. — Mêmes espèces qu’au numéro 2 ; sur les coteaux, le hêtre ; dans les vallées, le frêne.
49 Sols silico-argileux. — Pin sylvestre ; épicéa ; sapin ; — chênes rouvre et pédonculé ; hêtre ; châtaignier ; ormes ; charme ; bouleau ; érables ; frêne.
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59 Sols calcaires. — Pin noir d'Autriche; pin d’Alep (midi) ; pin sylvestre ; épicéa ; sapin (pourvu que la proportion de calcaire ne soit pas par trop considérable) ; hêtre ; érable sycomore ; robinier.
69 Sols marécageux assainis. — Aune glutineux ; saules ; frêne ; épicéa ; pin sylvestre.
79 Sols à fonds mouillés, sujets à être inondés. — Aune glutineux ; frêne : peupliers ; saules.
89 Sols tourbeuxr. —Bouleau pubescent ; bouleau noir ; saule à oreillettes ; — pin à crochets (en montagne).
Fig .36. — Plantations effectuées sous un peuplement clairiéré de pins et de feuillus divers.
Forêt de Freienwalde (Prusse).
99 Bruyères et landes. — Pin sylvestre ; pin maritime (région du Sud-Ouest).
Il est intéressant de noter au sujet du choix des essences de boisement qu'on doit, dans une certaine mesure, tenir compte des influences qui ont pu modifier les espèces et créer des variétés ou variations transmissibles par graine. Philippe André de Vilmorin, à qui revient l’honneur d’avoir créé les plantations de pins divers qui existent aux Barres, a permis de démontrer que le pin sylvestre de Riga (Pinus Sylvestris Rigensis Hort) est, entre tous les pins sylvestres, celui qui mérite incontestablement la préférence, à cause de sa beauté, et de la rectitude de sa tige parfaitement verticale qui
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s’élève à une grande hauteur en conservant toujours une forme presque cylindrique. Il serait à désirer, dit l’auteur du catalogue de l’Arboretum National des Barres, que la graine de Riga se substituât par tout pour les repeuplements, surtout en montagne, aux graines d'Allemagne qui proviennent d’arbres de toutes sortes, dont la forme est plus ou moins défectueuse. La dépense qui en résulterait ne serait pas très considérable, et on aurait du moins l’avantage d’être sûr d'obtenir de beaux massifs, ne donnant en quelque sorte que du bois de tige qui est de beaucoup le plus précieux.
Cette remarque nous amène à conclure que les essences forestières ne doivent pas être dépaysées au hasard, et qu’il peut être bon de choisir pour les semer ou les planter des graines ou des sujets d’origine certaine, peut-être aussi des graines ou des sujets provenant d’arbres ayant acquis dans la contrée des qualités ou des aptitudes spéciales. M. Gayer est du même avis, lorsqu'il conseille de recourir à une variété étrangère lorsqu'on se propose de faire disparaître des tendances fâcheuses, anormales, d’arrêter une dégénérescence résultant, par exemple, d’un mauvais sol.
Nous avons donné précédemment (page 45) une étude succincte des principales essences indigènes, étude dans laquelle nous avons résumé leurs diverses exigences.
20 Essences exotiques. — Les propriétaires de bois peuvent aussi, dans certains cas, faire avantageusement appel à certaines essences forestières étrangères. Ce serait évidemment une très grosse erreur de donner la préférence aux arbres exotiques sur les indigènes ; les premiers ne doivent jamais, sauf exceptions, occuper dans les boisements qu’une place restreinte : appelés à jouer un rôle accessoire, ils peuvent entrer dans les peuplements tantôt sous forme de mélange par petites places ou bouquets, tantôt en lisière des bois ou sur les bords des chemins.
Les proscrire systématiquement serait tomber dans une exagération inverse, car il zst hors de doute que certains arbres étrangers sont susceptibles de nous rendre de grands services.
Plusieurs d’entre eux ont du reste déjà fait leurs preuves et ont pris place dans notre flore forestière ; nous pouvons citer entre autres :
Le pin noir d'Autriche, essence en somme étrangère en France, l'arbre par excellence des terrains calcaires pauvres; le pin Weymouth, remarquable par sa croissance rapide lorsqu'il est placé dans les conditions qui lui conviennent ; le robinier faux acacia, précieux pour la fixation des terres remuées ; le peuplier du Canada, l'espèce actuellement la plus plantée peut-être du genre (fig. 37); le chêne rouge d’ Amérique, à croissance très rapide, convenant parfaitement pour la mise en valeur des sables de fertilité moyenne ; l’aune cordiforme qui rend des services dans les terrains calcaires pauvres ; enfin,sans parler d’autres arbres fruitiers, le noyer qui, outre ses fruits, donne un bois de première valeur.
Le pin sylvestre lui-même n’est-il pas une essence introduite dans
la plus grande partie de notre France? et n’en est-il pas de même du pin maritime dans le centre de notre pays, en Sologne, par exemple?
Fig. 37. — Peupliers du Canada âgés de dix-neuf ans, à Pontvallain (Sarthe).
D’autres arbres forestiers exotiques, encore peu représentés dans nos forêts, se sont montrés en plusieurs endroits très rustiques chez nous et fertiles ; ils sont dès lors susceptibles d’une naturalisation
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complète dans notre pays etilest tout au moins intéressant de chercher à les connaître et à les propager.
Question de climat mise à part, une essence étrangère mérite d’être introduite dans nos forêts si elle est susceptible de remplir une des conditions suivantes :
1° Si elle fournit des produits de qualité supérieure à ceux que donnent les essences indigènes similaires ;
20 Si elle produit, de qualité égale ou même un peu moindre, une plus grande quantité de bois utilisable, dans un ue égal ou u plus court ;
39 Si elle donne des produits spéciaux que ne peuvent fournir les espèces indigènes et que nous devons faire venir de l’étranger ;
49 Si, quand bien même elle donnerait un bois inférieur en quantité et en qualité, elle se recommande par sa frugalité, par sa résistance au vent, aux gelées, à la sécheresse ; en un mot, si elle présente sur les espèces indigènes des avantages précieux au point de vue de son adaptation à des conditions particulièrement difficiles de climat et de sol.
Il est bien évident qu’il ne faut introduire en forêt que des essences qui, plantées dans les arboretums d’étude, dans les parcs et jardins, ont fait preuve d’une rusticité complète sous nos climats. Quant aux conditions de sol, et surtout de station, il est assez difficile pour le moment de les fixer: il faut pour cela attendre les essais qui doivent être faits précisément dans ce but. Ces essais doivent naturellement être pratiqués sur de petites surfaces en attendant le jour où l’on pourra se prononcer d’une façon précise sur les qualités de l'essence et Îa nature de ses produits.
Pour faire ces essais, les propriétaires ont intérêt à introduire ces essences en forêt par petites places d'expérience, par groupes ou bouquets, ou à les planter en lisière des bois ou des coupes. Les graines de ces essences sont généralement chères, et les semis souvent difficiles à réussir. Le moyen le plus simple et le plus économique pour se mettre en mesure d'effectuer des plantations d’essences exotiques, parait être d’acheter chez un bon pépiniériste des jeunes plants de un à deux ans, et de les repiquer pendant quelques années (deux à trois ans) dans une petite pépinière locale. On met ensuite en place, en temps utile, les plants obtenus.
Nous ne citerons ici par ordre d'intérêt parmi ces essences que les plus importantes :