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III. Effets produits sur l’hématose et la nutrition

Toute dyspepsie qui dure un certain temps altère ces deux grandes fonctions.

Les urines deviennent sédimenteuses, plus riches en urates et en phosphates, et il s’y montre en outre fréquemment des oxalates. Les

maladies décrites dans ces derniers temps, sur des données un peu vagues, sous les noms de diathèse urique, de phosphaturie, d’oxalu rie, etc., ont toutes la dyspepsie pour symptôme principal, et nous nous rangeons de l’avis de Henoch (1) quand il dit que la dyspepsie est le point de départ de ces diverses dyscrasies.

Les anomalies de digestion ont aussi pour suites : l’anémie, l’amaigrissement, un affaiblissement musculaire permanent, une atonie nerveuse et parfois la dyshémie scorbutique. Des névralgies, souvent opiniâtres, des palpitations habituelles tourmentent les dyspeptiques dont l’intelligence, en outre, finit par s’affaiblir, en même temps que le moral devient triste, bizarre, soucieux et personnel. La dyspepsie conduit à la mélancolie et à l’hypochondrie. Parfois elle se termine même par la tuberculose pulmonaire.

Brinton dit, du reste, avec raison, que la dyspepsie en général, même lorsqu’elle ne repose pas sur une maladie ou une lésion déterminées, est aussi utile à l’organisme que la douleur. Elle règle notre alimentation; elle nous avertit d’éviter tels aliments nuisibles; elle nous force à quitter la vie sédentaire, les fatigues de l’esprit, et à chercher des distractions. Heureux ceux qui y font attention. On peut dire, en ce sens, qu’elle contribue à prolonger la vie et à éviter des maladies graves et incurables : la tuberculose, la goutte, etc.

1° Dyspepsie irritative.

Pour que les digestions soient faciles et bonnes, il faut que la muqueuse de l’estomac et de l’intestin grêle se trouve dans l’état d’intégrité parfaite. Une des causes les plus ordinaires de la dyspepsie est donc l’hyperémie de cette membrane et surtout le catarrhe gastrique et gastro-intestinal, non-seulement parce que ce catarrhe est par luimême une maladie très-fréquente, mais encore parce qu’il se développe comme conséquence des autres lésions aiguës et chroniques de l’estomac.

Un ulcère perforant ou un cancer peuvent exister pendant longtemps sans troubler les digestions, jusqu’au moment où l’irritation catarrhale se déclaré à leur suite.

La dyspepsie qui accompagne les maladies chroniques des poumons, du cœur, du foie et de l’encéphale, a elle-même souvent pour cause im-

(t) Klinik der Unterleibskrankheitcn. T. I!, p. !27 8.

médiate l’hyperémie et le catarrhe de l’estomac ou du duodénum auxquels ces maladies donnent lieu secondairement.

Les excès de table et les vices du régime qui amènent si fréquemment des dyspepsies presque invincibles, particulièrement dans la classe riche et désœuvrée de la population, n’agissent également que par la gastrite et l’entérite catarrhales qu’ils entretiennent; on a tort d’y voir ce qu’on appelle des dyspepsies essentielles ou idiopathiques .

La dyspepsie des buveurs est également catarrhale.

Au point de vue de la thérapeutique, il est utile de se rendre un compte exact des troubles élémentaires qui interviennent dans cette maladie.

Au début du catarrhe de l’estomac, la sécrétion du suc gastrique est empêchée ; plus tard il est sécrété à sa place un mucus plus ou moins abnorme qui vicie les digestions et crée en même temps des difficultés à l’absorption surtout à celle des corps albuminoïdes. Les mouvements péristaltiques, à leur tour, sont enrayés par le catarrhe et par conséquent les aliments ne sont plus mélangés convenablement. Dans des recherches qu'on a faites dans des cas de cette espèce, l’on a constaté que la partie du chyme qui touchait aux parois de l’estomac était neutre ou même alcaline, tandis que la partie qui occupait le milieu de la cavité présentait la réaction acide.

Ainsi, au point de vue de la dyspepsie, il y a trois faits à considérer dans le catarrhe gastrique : 1° la diminution de la sécrétion spéciale; 2° l’abondance d’un mucus plus ou moins abnorme, et 3° la paresse des mouvements.

2° Dyspepsie dyshémique.

Beaumont, dans ses célèbres expériences instituées sur le chasseur canadien, a constaté que la sécrétion du suc gastrique est supprimée dans toute maladie fébrile même légère. Pendant la durée de la fièvre, ni la titillation de la muqueuse, ni l’introduction des aliments par l’ouverture flstulaire ne pouvaient faire reparaître cette sécrétion. Les aliments ne subissaient pas même un commencement de digestion, même au bout de vingt-quatre heures de séjour dans l’estomac; les boissons cependant étaient absorbées rapidement. Nous osons, en passant, recommander ces faits à l’attention de ceux qui exagèrent évidemment certains principes de diététique dans les maladies aiguës, principes professés avec éclat dans ces derniers temps.

Dans la chlorose, la leukémie et le scorbut, la sécrétion du suc gastrique n’est pas supprimée, mais altérée, sans parler des modifications que doivent subir les conditions de l’absorption.

On a constaté la présence du sucre dans le suc gastrique chez les diabétiques, et celle de l’urée et du carbonate ammonique à la suite de l’extirpation des reins et dans l’urémie, et l’on peut formuler en loi qu’en général les matières excrémentitielles retenues dans le sang se communiquent aux ferments digestifs.

Nous croyons devoir rapporter à la dyspepsie dyshémique la dyspepsie acide grave sur laquelle Chomel a appelé l’attention (4). Il l’avait observée d’abord pendant une épidémie de choléra, et plus tard fréquemment chez les femmes grosses. Elle se caractérisait par un début lent, un peu fébrile, une acidité de plus en plus prononcée de la salive et de l'haleine, une faiblesse croissante et un grand malaise. La langue se couvrait d’un enduit blanc; aux nausées succédait le vomissement de mucosités acides, puis de bile jaunâtre, plus tard de bile verte. Après quelques semaines d’affaiblissement et d’amaigrissement progressifs, il se montrait des accidents cérébraux; à la fin un assoupissement de plus en plus fort précédait et annonçait inévitablement la mort prochaine des malades, après une lutte de trente à quarante jours. L’inspection cadavérique n’a rien fait connaître de positif sur la nature de la maladie à laquelle un dixième des malades au plus ont pu survivre.

3° Dyspepsie dyscrasique.

Il n'est peut-être aucune dyscrasie qui n’altère à un certain degré les facultés digestives. La goutte, la scrofule, le rachitisme et ces dyscrasies encore mal définies auxquelles les praticiens donnent le nom de diathèses dartreuse et psorique, sont particulièrement dans ce cas.

S’il est vrai que la gastrite catarrhale y joue son rôle, on nous permettra cependant, malgré le peu de faveur dont jouissent actuellement les doctrines humorales, d’admettre en même temps une altération des ferments digestifs due à la présence de matières peccantes ou d’ humeurs âcres ,

4° Dyspepsie toxique .

11 n’est aucun poison et, à la rigueur, aucun médicament proprement dit qui ne trouble les digestions d’une manière plus ou moins du-

(1) Des dyspepsies. Paris, 4857, p. 144.

rable. Nous citerons spe'cialement les narcotiques, la digitale, la squille et les substances métalliques.

On sait que l’abus du tabac à fumer et à mâcher, comme celui du coca au Pérou, de l’opium et du haschisch dans l’Orient, finissent par détruire non-seulement l’appétit, mais aussi le pouvoir digestif.

L’intoxication chronique par les alcooliques amène la gastrite et altère en même temps la composition des ferments digestifs.

Enfin l’abus du thé et du café, outre le ralentissement de la métamorphose régressive dont nous aurons à parler au numéro suivant, crée une atonie de l’estomac d’autant plus prompte qu’il constitue en même temps un abus de boissons tièdes.

5° Dyspepsie dystrophique .

Si le pouvoir digestif est relié intimement à l’instinct alimentaire, il a, d’un autre côté, des rapports nécessaires avec le travail de la nutrition et particulièrement avec la métamorphose régressive des tissus et des liquides. Ce qui accélère ou ralentit cette métamorphose favorise ou empêche les digestions.

Ainsi, l’exercice du corps et de l’esprit et toute dépense modérée des forces et de la matière sont utiles, tandis que la vie sédentaire, la paresse comme l’excès dans le travail corporel et intellectuel sont nuisibles et peuvent créer un état permanent de dyspepsie.

L’alcool, le thé, le café et le tabac, avant d’agir comme poisons, portent préjudice à l’estomac en diminuant, ainsi qu’il est démontré par voie expérimentale, l’excrétion de l’acide carbonique et de l’urée ; ou, en d’autres termes, en ralentissant l’acte respiratoire, l’oxydation désassimilatrice.

La lactation prolongée ou inopportune, la spermatorrhée et les abus vénériens, ainsi que les leucorrhées abondantes, produisent le même effet en appauvrissant le sang et en épuisant les nerfs.

6° Dyspepsie sympathique.

L’observation générale enseigne non-seulement que les différents points, même éloignés, d’une même membrane sont dans des rapports de sympathie les uns avec les autres , mais encore que les troubles fonctionnels ne se font sentir souvent en elle qu’à une grande distance du point lésé. Rien d’étonnant dès lors de voir la dyspepsie accompagner les affections du pharynx ou des portions infé-

rieures du gros intestin. La pharyngite chronique, notamment, est la cause de digestions habituellement difficiles, sans qu'il soit possible de s’en rendre un compte suffisant par la déglutition d’un mucus pharyngien altéré.

De semblables rapports de sympathie existent entre la muqueuse gastro- intestinale d’une part et les organes urinaires et sexuels d’autre part. La dyspepsie est un symptôme fréquent des affections de l’utérus et des reins.

7° Dyspepsie nerveuse.

Il serait oiseux de fixer l’attention sur les faits vulgaires d’observation qui démontrent l’empire que le moral exerce sur les digestions. Une nouvelle désagréable, quand elle vient à tomber au milieu d’un repas joyeux, arrête soudainement le travail de l’estomac; et s’il est vrai qu’un bon estomac est un gage d’humeur gaie et facile , il est certain aussi que les revers, la tristesse, la jalousie, les soucis, la nostalgie, ainsi que les fatigues de l’esprit, gâtent les meilleurs estomacs.

On a observé, en physiologie expérimentale, qu’à la suite de la section du nerf pneumogastrique, le suc sécrété par l’estomac cessait d’être acide, en même temps qu’il diminuait de quantité. Bien que quelques-uns aient cherché à expliquer le fait plutôt par le trouble général occasionné par l’opération (4), personne ne refusera, en principe, aux nerfs une grande influence tant sur les sécrétions de l’estomac que sur ses mouvements et son pouvoir absorbant.

Quant aux sécrétions intestinales, Heffter les a trouvées augmentées dans la portion supérieure de l’intestin grêle quand il avait pratiqué la section des deux nerfs splanchniques. Une semblable augmentation a été observée dans toute l’étendue de l’intestin grêle, par Samuel, après l’extirpation du plexus cœliaque.

Outre les émotions et les dispositions du moral dont nous avons parlé, les névralgies et toute douleur persistante, n’importe son siège, peut occasionner la dyspepsie.

Enfin l’hystérie et l’hypochondrie ne peuvent manquer detre citées ici, comme pour tous les autres troubles de l’appareil digestif.

(1) Voyez Eckhard, Grundzuegc dcr Physiologie des Nervcnsy stems. Giessen,

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