‹ Syntaxe des temps et des modes en franc̜aisChapitre 3 sur 25 · C. Le Présent d'habitude · texte numérisé non relu

C. Le Présent d'habitude

Je ne bois que de rcan.

D. Le Présent s'emploie souvent au lieu du Futur pour exprimer une action : a) presque immédiate ou très prochaine, — b) ou dont l'accomplissement est chose décidée au moment où l'on parle, — c) ou qui sera la conséquence certaine d'un fait futur.

a) Je pars (à Tinstant, demain). — Dans un instant je suis à vons.

b) D'en est ïolU; je quitte cette ville dès que je le pourrai,

c) Si vous avancez d'un pas, vous êtes perdu.

E. Le Présent historique : Le présent peut remplacer le passé quand, pour animer un récit et lui donner plus d'intérêt, on veut présenter une série de faits ou seulement un fait important comme se passant en quelque sorte sous les yeux, du lecteur ou de l'auditeur. Très souvent, un récit commencé au passé (passé défini ou imparfait) se conti-

Syntaxe. — 1

• X Se •

nue aux passages principaux par le présent, pour se terminer par le passé. Exemple :

Une Grenouille vit un Bœuf

Qui lui sembla de belle taille.

Elle qui n'était pas grosse en tout comme un œuf,

Envieuse, s*étbnd, et s'enfle, et se travaille,

Pour égaler Tanimal en grosseur.

S'enfla si bien qu'elle creva.

La chétive pécore

ILk Fontaine).

Imparfait et Passé défini. — Ces deux temps, auxquels correspond l'unique prétérit des langues germaniques, sont tout à fait distincts en français. Pour mieux faire ressortir leurs différences, nous les étudierons parallèlement.

L'Imparfait (= présent dans le passé) exprime un fait encore inachevé (imperfectum) à un moment déterminé du passé ; par conséquent il implique l'idée de durée.

Le Passé défini, au contraire, s'emploie pour un fait entièrement accompli à un moment déterminé du passé et implique l'idée de nondurée.

Cette différence essentielle explique les emplois de ces deux temps.

L'imparfait exprime :

I 1® La simultanéité avec une ac- ( tion passée :

y Tandis qu'il parlait, nous écouiion^ avec ravissement.

Je lisais quand il entra, (c'est à dire: j'étais occupé à lire).

2® La durée, ou la continuité d'une action passée déjà commencée ; cet emploi a lieu notamment pour dater un fait, et, au commencement d'un récit, pour indiquer dans quelles circonstances s'est passée l'action que l'on va raconter :

V En 18G0, Louis XIV régnait en France.

Le passé défini exprime :

1® Le commencement de l'action :

Il parla; nous écoutâmes attentivement.

Quand il entra, je lui lus cette lel tre.

(c'est à dire: je me mis à lire).

Il était, quand je Veus^ de grosseur [raisonnable — (La F.).

2® Le simple fait, ou la succession d'un fait à un autre dans le passé ; en ce sens, le passé défini est le tem/ps historique par excellence ; c'est à dire qu'on l'emploie toujours quand il n'y a pas une raison spéciale d'employer un autre temps :

Louis XIV régna en France.

César avait une haute taille, Napoléon était petit.

^ J'étais enfant, j'étais petit, j'étais cruel. — V. HuQO.

Il était une fois...

Deux coqs vivaient en paix; une poule survint. — (La F.) Maître Corbeau, sur un arbre perché.

Tenait dans son bec un fromage ; Maître Renard, par i*odeur alléché, Lui tint à peu près ce langage.

(La F.).

3^ Vhabitude ou la répétition d'une action :

Démoslhônft était buveur d'eau ; il écrivait ses discours et les apprenait par cœur.

Socrate disait : tout ce que je sais, I c'est que je ne sais rien.

' Quand il parlait, je m'oidormais, j Nous couchions sur la dur« (d'ordinaire).

L'abbé Trublet avait alors la rage D'être à Paris un fameux personnage; Au peu d'esprit que le bonhomme

[avait] L'espril d'autrui par complément

[servait] 11 compilait, compilait, compilait,

(Voltaire. Epigrammes).

Remarque. — Les verbes qui expriment par eux-mêmes la durée (par exemple êtrCy se trouver, demewrer^ habiter, rester, régner^ etc.), se construisent ou à l'imparfait ou au passé défini : le passé défini exprime le simple fait, l'imparfait insiste sur la durée.

Ainsi, l'on peut dire :

Diogène était pauvre ; ou bien; Diogène fut pauvre.

Alexandre régnait en Macédoine; ou bien: Alexandre régna en Macédoine.

Il y avait un temps où. . . ; ou bien : // fut un tpmps où . . .

Quand ces verbes sont accompagnés d'un adverbe ou d'un complément exprimant combien de temps le fait a duré (comme Imigtemps, peu de temps, quelques jours, etc.), l'emploi du passé défini est obligatoire :

Je le vis, je pâlis, je rougts à sa vue.

Racine. — Phèdre.

Epiménide dormit deux cents ans.

L'autre jour, au fond d'un vallon, Un serpent piqua Jean Fréron.

Que pensez-vous qu'il arriva?

Ce fut le serpent qui creva.

(Voltaire. — .Epigrammes)

30 Un fait isolé :

Napoléon mourut à Sainte-Hélène.

Socrale dit (alors)...

Quand il parla, je m'endormis Nous couchâmes (cette fois) sur la

[dure.

4 - Ainsî, il faut dire :

Toute sa vie Diogène fut pauvre.

Alexandre régna dix -sept ans, ',

\ Je 7*estai longtemps pens>ïï, etc. '.

LHmparfait de l'Indicatif s'emploie encore dans deux autres qas ; !• Nécessairement, après si suppositif, pour une action présente ou future :

Si je pouvais, je le ferais.

Si vous veniez me voir, vous me feriez plaisir.

2<^ Facultativement^ à la place du conditionnel passé :

a) Avec pouvoir, dewir, et l'impersonnel falloir :

Vous pouviez bien m'avertir (ou vous auriez pu) . Il devait agir autrement (ou il aurait dû).

Il fallait me le dire (ou il aurait fallu).

b) Pour exprimer avec force la conséquence certaine d'une supposition :

Si j'avais dit un mot, on vous donnait la mort (Voltaire). Pyrrhus v/uait heureux, s'il eût pu m'écouter (Racine). Si je ne vous avais retenu, vous tombiez.

Passé défini et Passé indéfini. — Ces deux temps sont confondus, au point de vue du sens, dans l'ancien français, mais distincts à l'époque classique :

Pison nous offensa, Foison s'est repenti (Arnault, Marius à Minturnes).

Le premier exprime une action qui a eu lieu dans un temps entièrement accompli, le second une action qui s'est produite à une époque relativement récente. L'exemple cité signifie donc ceci : Pison nous .offensa jadis, depuis ce temps il s'est repenti.

Aujourd'hui, l'on tend de plus en plus à remplacer le passé défini par l'indéfini, surtout dans la conversation ; dans la langue écrite, la dis> tinction est maintenue dans les cas suivants :

Le Vassé défini est obligatoire :

\^ Pour exprimer un fait particulier à côté d'un imparfait qui sert à le dater.

/^Je siècle avait deux ans... Dans Besançon... naquit un enfant (V.IIugo). I Deux coqs vivaient en paix ; une poule survint ((^a Fontaine).

2^ Pour exprimer dans un récit historique la succession de faits isolés : Je m'embarquai à Marseille ; nous f\mes escale à Napjes où je re-ç^ai. deux jours ; une semaine après mon départ j'arrivai en Egypte,

Les deux temps peuvent s'emploj^er l'un et l'autre : • - :

1<> Pour un fait passé quelconque que l'on constate simplement :

^ Annibal vainquit (ou a vaincu) les Romains à la Trébie. \ Je le vis (ou je Vai vu) l'an dernier.

Il vint (ou est venu) me voir l'?mire-je»r.

2<^ Pour un fait d'expérience généralisé par un adverbe comme toujours, jamais, souvient, de tout temps, quelquefois, etc.

Un dîner réchauffé ne va^w^ jamaw rien (Boileau).

Toujours les petits ont pâti

Des sottises des grands (La Fontaine).

Il serait aussi correct de dire : n'a jamais rien valu, et, dans le SwCond exemple : toujours les petits pâtirent,

3® Pour des faits dont le narrateur a été témoin ; dans ce cas, le passé indéfini marque notamment que celui qui parle est encore sous l'impression de ces faits.

Dans VAthalie de Racine (Acte I, se. 2), Josabet raconte comment elle sauva la vie au petit Joas :

Hélas ! l'état horrible où le ciel me Voffrit Revient à tout moment effrayer mon esprit.

De princes égorgés la chambre était remplie. . . Joas, laissé pour mort, frappa soudain ma vue... Je le pris tout sanglant. En baignant son visage Mes pleurs du sentiment lui rendirent l'usage, Et soit frayeur encore, ou pour me caresser, De ses bras innocents je me sentis presser.

Dans la même tragédie (Acte II, se. 5), Athalie raconte un songe qu'elle a eu et à la suite duquel elle est encore toute bouleversée :

Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée. . .

a Tremble » m'a-t-elle dit « fille digne de moi »...

Son ombre vers mon lit a paru se baisser ;

Et moi, je lui tendais les mains pour l'embrasser.

Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange

D'os et de chairs meurtris et traînés dans la fange, etc.

Lire « La mort du Loup », d'A. de Vigny.

L'emploi du Passé indéfini est obligatoire :

1^ Quand l'action s'est faite récemment; on dira donc : Je Vai vu ce matin, hier, la semaine dernière, il y a deux mois, etc.

2o Quand l'action s'est accomplie à une époque non déterminée : ^ J'ai lu dans tel auteur que. . .

3o Quand on exprime que l'action est finie au moment où l'on parle ou que ses résultats subsistent encore :

Seigneur, y ai combattu soixante ans pour ta gloire (Voltaire, Zaïre), ^ y ai dit (c*est-à-dire : j'ai fini de parler, je n'ai plus rien à ajouter). \^ Il a payé sa dette (entendez : il ne doit plus la payer).

40 Au lieu du futur antérieur après si :

Si j'ai fini ce soir, je vous le dirai.

Remarque. — Le passé indéfini peut remplacer le futur antérieur très

prochain :

Dans un instant j'ai fini (ou Saurai fini).

En somme, on emploie : {'Imparfait pour exprimer la durée dans le passé (quand elle n'est pas exprimée par ailleurs), ou la simultanéité avec une autre action passée, ou la répétition d'un fait passé ;

Le Passé défini, pour exprimer un fait passé isolée ou la succession de faits isolés, ou un fait relativement lointain sans rapport avec le moment actuel;

Le Passé indéfini : facultativement, pour tout fait passé (sans autre idée accessoire) ; nécessairement, pour un fait passé récent ou envisagé au point de vue de ses résultats présents.

Passé antérieur. — Le Passé' antérieur et le Plus- que- parfait n'ont qu'un seul correspondant, le Plus-que-parfait, dans les langues germaniques. Ces deux temps ont en français des emplois très distincts. Le Passé antérieur s'emploie toujours pour un fait isolé : 1® Après une conjonction ou un adverbe de temps, pour indiquer la succession immédiate:

Quand (après qup, dfts que, aussitôt que) il eut parlé, il s'en alla." A peine eut-il parlé que nous partîmes.

Mais on dira :

It avait à peine ouvert la bouche que tous partirent,

2o Pour exprimer, à côté d'un adverbe de temps ou d'une locution marquant la durée, la fin rapide de l'action :

II les eut vite mangés,

J'ew5 bientôt fait de les rassurer.

En un instant ]e, les eus rassurés.

Plus-que-parfait. — Le Plus-que-parfait exprime Tantériorité indéfinie d'une action passée sur une autre également passée, et s'emploie soit pour un fait isolé, soit pour un fait répété.

1° C'est le sens que ce temps a dans les exemples suivants :

Action isolée: Quand j'arrivai, il était parti.

Gomme il était parti, je m'en allai.

Action répétée : Quand (= chaque foi» que) j'arrivais, il était parti,

2o En dépendance d'une conjonction de temps, le P.-Q.-P. exprime toujours une action répétée :

Quand (aussitôt que, etc.) il avait travaillé, il se reposait.

30 Le P.-Q.-P. s'emploie enfin après si suppositif pour exprimer un fait qui ne s'est pas réalisé :

Si vous aviez réfléchi, vous n'auriez pas. fait cela. (Entendez : mais vous n'avez pas réfléchi.) Ah ! Si f avais su ! (Entendez : mais je n'ai point su.)

Futur. — lo Le futur simple exprime le futur en général, sans autre

idée accessoire :

Je viendrai demain, tout à l'heure.

2° Pour le futur immédiat ou pour une action future décidée dès maintenant, on se sert du présent :

Je viens, je pars (Entendez : tout de suite). Mon parti est pris : je pars dans trois mois.

3<> L'idée du futur prochain se rend par l'auxiliaire aller devant l'infinitif:

Ecoutez-le ; il va parler,

40 Une action future par rapport à une autre action future s'exprime par l'auxiliaire devoir :

Vous me préviendrez quand il devra (= sera sur le point de) parler.

Futur antérieur. -— Le Futur antérieur est un temps ; c'est aussi un mode.

Comme temps, il exprimée l'antériorité d'une action future sur un autre également future :

Vaurai fini quand vous reviendrez.

En tant que mode, il exprime une affirmation atténuée d'un fait passé :

Vous vous serez trompé est une atténuation de : Vous vous êtes trompé.

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