DE L’ACONIT
Le genre aconit fait partie de la tribu des elléborées, dans la grande famille des renonculacées. Il est constitué par des plantes herbacées et vivaces, d'un port peu élevé, variant de 50 centimètres à 1 mètre, suivant les espèces, à feuilles découpées, à fleurs bleues ou jaunes, disposées en épi ou en panicule, Le calice est pétaloïde, formé de 5 sépales inégaux disposés en préfloraison quinconciale, le sépale supérieur est ample, concave et a la forme d’un casque. La corolle est aussi formée de 5 pétales dont 3 inférieurs très-petits ou avortés, les 2 autres supérieurs sont en forme de capuchon longuement pédicellés et renfermés dans le sépale supérieur. Les étamines sont nombreuses. Les pistils, au nombre de 3 ou de 5, donnent ensuite 3 ou 5 capsules distinctes.
Les différentes espèces du genre aconit ayant toutes de grandes analogies, je me bornerai à décrire l’espèce officinale constituée par l’aconit napel (aconilum napellus).
L’aconit napel est une belle espèce qu’on cultive dans les jardins pour la beauté de ses fleurs, mais elle croît naturellement dans les pays montagneux de la Suisse, du Jura «t sur les Pyrénées.
Sa racine est vivace et a une certaine ressemblance avec un navet, ce qui a fait donner à l’espèce le nom d’aconit napel, bien qu’elle soit ligneuse, allongée, noirâtre et pourvue de radicules. Sa tige est droite, simple, haute de 1 mètre environ et terminée par une inflorescence en panicule ; elle est glabre, cylindrique, pourvue de feuilles alternes et pétiolées d’un vert foncé et luisant, profondément découpés en 5 ou 7 lobes palmés. Les fleurs, qui paraissent ordinairement en mai, sont grandes, d’un bleu foncé ; elles sont portées sur un pédoncule et réunies à la partie supérieure en un épi allongé assez serré vers l’extrémité de la tige.
Le calice est irrégulier pétaloïde et offre les caractères du genre, c’est-à, dire 5 sépales inégaux dont le supérieur très—développé en forme de carque renferme les 2 pétales irréguliers qui constituent la
corolle. Ils sont portés sur de longs pédicelles creusés en gouttière.
L’androcée est formé d’étamines nombreuses échelonnées sur un réceptacle floral conique dont la partie supérieurs est occupée par le gynécée.
Elles sont inégales, généralement au nombre de trente, plus petites que le calice; le filet est libre, aplati inférieurement. Les anthères sont basifixes, cordiformes et biloculaires. Leur déhiscence se fait suivant leur longueur et elle est introrse.
Le gynécée est formé de carpelles libres au nombre de 3 ou de 5 qui se composent chacun d’un ovaire uniloculaire atténué supérieurement en un style dont l’extrémité est stigmatifère. Dans langle interne de la loge se trouvent une vingtaine d’ovules anatropes attachés sur le trophosperme et disposés sur deux rangées verticales et se tournant le dos.
Le fruit qui succède à ces ovaires est formé par 3 capsules allongées, sorte de follicules s’ouvrant par une suture longitudinale pratiquée du côté externe pour laisser échapper des graines nombreuses à embryon renversé, placé au sommet d’un gros albumen charnu.
L’aconit napel, et en général toutes les espèces d’aconit, sont des plantes vénéneuses. La racine est la partie la plus active de la plante, puis viennent les feuilles et enfin les semences.
Pour l’usage médical, on a adopté l’emploi des feuilles de l’aconit napel comme base de toutes les préparations d’aconit.
L’aconit a été cause de nombreux empoisonnements accidentels ; fréquemment, en Angleterre, la racine d’aconit a été confondue avec le raifort.
Dans la Phytographie médicale de Roques, il est fait mention d’un empoisonnement qui eut lieu à Halluin (Nord) par une liqueur où l’on avait fait macérer par erreur de la racine d’aconit pour de la racine de livèche. Sur quatre personnes empoisonnées, trois périrent.
M. Bouchardat, dans son Traité de matière médicale, cite un autre cas d’empoisonnement par l’aconit. Douze malades souffrant de la pellagre et du scorbut prirent par erreur 90 grammes chacun de suc d’aconit napel, au lieu de suc de Gochlearia. Trois d’entre eux périrent; les neuf autres éprouvèrent de graves accidents.
11 est à remarquer que l’aconit cultivé n’a pas la même activité que celui qui croît à l’état sauvage ; aussi c’est ce dernier qu’il faut em-
ployer dans les préparations officinales. De plus, on a remarqué que l’aconit est plus actif dans le Midi que dans le Nord, et lorsqu’il provient de la montagne que lorsqu’il est cultivé en plaine.
D’après Linnée, on mange, en Norwége et en Laponie, les jeunes pousses de l’aconit napel sans en éprouver aucun malaise.
La récolte de l’aconit doit se faire un peu avant la floraison ou au mois d’octobre et il faut rejeter celui qui provient des jardins.
Longtemps on a ignoré quel était le principe actif de l’aconit. On savait pourtant qu’il était narcotique. Lorsqu’on mâche les racines ou les feuilles fraîches d’aconit, on éprouve, suivant Reinhold, un engourdissement de la langue, des lèvres, des gencives, du palais, et cet engourdissement se fait principalement sentir à la base de la langue. (Dissertatio de Aconilo Napello, Reinhold.)
De nombreuses expériences furent faites sur les animaux par Brodie, Orfila, et ils remarquèrent l’action spéciale de l’aconit sur le système nerveux. La pulvérisation de la racine d’aconit provoque souvent une vi veirritation du nez et des yeux.
Brandes est le premier qui découvrit dans le suc de l’aconit un alcali végétal d’apparence cristalline qu’il appela aconitin (1819). Les différentes analyses de l’aconit n’ont pas encore fait connaître exactement sa composition. D’après une analyse de Bucholz, elle contient :
De l’eau en grande proportion. . .. 83,75 p. 0/0
Fibre végétale.. 15,00
De l'albumine, de la fécule, de l’huile verte, Y de la gomme, de la résine, de l’extractif, f ^ des acides acétique, malique, aconitique, j ’ de 1 b potasse, de la chaux et de l’aconitine. /
L’aconitine est un alcaloïde qui est regardé comme le principe actif de l’aconit. Plus récemment, M. H. Smith a retiré de la racine d’aconit des cristaux d’une nouvelle substance qu’ila a ppelée, aco-* nelline.
De ïaeonitine. Après Brandes M. Hesse obtint vers 1833 de l’aconitine à peu près pure; plus tard, MM. Geiger, Berthemot, Morson, Ilottot, Smith, l’étudièrent avec soin et obtinrent également l’aconitine, mais en des proportions fort différentes, d’une même quantité de
racines d’aconit. Cette différence dans les résultats est due à l’emploi de diverses racines cultivées ou sauvages, indigènes ou exotiques.
La racine de l’aconit napel d’Amérique est beaucoup plus active que celle d’Europe. M. William Proctor obtint de 1,000 parties d’aconit napel d’Amérique A grammes, 2décigrammes d’aconitinepure, tandis que les racines de l’aconit d’Europe ne lui donnèrent que 2 grammes d’aconitine pour 1,000 grammes de racine. D’après d’autres chimistes, 10 kilogrammes de racine d’aconit ne donnent pas plus de A à. 6 grammes d’aconitine. (Journal de Pharmacie et de Chimie. )
Voici le procédé de préparation qui donne l’aconitine la plus pure et c’est celui qu’a adopté le Codex. Il est dû à. M. Hottot, qui présenta à l’École de médecine en 1864 une thèse sur l’aconit.
La racine d’aconit est d’abord bien divisée; on la fait alors macérer pendant huit jours avec de l’alcool à 85 degrés et légèrement acidulé par de l’acide sulfurique. Quand la macération a été suffisante, on exprime, on filtre, puis on distille au bain-marie pour retirer la majeure partie de l’alcool employé. On laisse alors refroidir le résidu, qui se sépare bientôt en deux couches distinctes : l’une aqueuse extractive, l’autre huileuse qui surnage et de couleur verte; on sépare la partie huileuse en le jetant sur un filtre mouillé. On continue alors l’évaporation de la liqueur jusqu’à consistance sirupeuse ; à cet état, on la traite par une petite quantité d’éther qui est destiné à enlever les dernières portions de matière grasse. Pour cela, on agite fortement à plusieurs reprises et on décante l’éther qui entraîne la matière huileuse, laquelle nuirait aux opérations suivantes.
La liqueur est reprise par l’eau et on y ajoute alors de la magnésie délayée dans l’eau. Il se forme du sulfate de magnésie et l’aconitine est précipitée. Pour l’isoler de l’excès de magnésie, on traite le mélange par son volume d’éther à 65 degrés et nn agite fortement et à plusieurs reprises. L’éther dissout l’alcaloïde précipité, on décante et on laisse évaporer l’éther. Le résidu est de l’aconitine impure. On traite ce résidu par un peu d’acide sulfurique étendu 'pour faire du sulfate d’aconitine, on chauffe avec le charbon bien pur pour décolorer, on filtre, puis on précipite l’aconitine par de l’ammoniaque. On fait bouillir la liqueur, on jette sur un filtre et on a l’aconitine. Pour l’avoir complètement pure, on la dissout dans l’éther qu’on fait ensuite évaporer à siccité et on ajoute une quantité très-faible d’acide sulfus& i
rique étendu. Il se forme de nouveau du sulfate d’aconitine dont on précipite l’aconitine par de l’ammoniaque très étendu qu’on ajoute goutte à goutte ; il se forme d’abord un précipité coloré en brun qu’on sépare et on continue d’ajouter de l’ammonique dilué jusqu’à ce que la liqueur ait une odeur ammoniacale. Le précipité obtenu, bien lavé, séché, est de l’aconitine parfaitement pure.
L’aconitine ainsi obtenue constitue une poudre blanche, amorphe, très-légère, inodore, inaltérable à l’air ; elle est à l’état d’hydrate et contient 25 p. 100 d’eau; elle fond à85° et devient anhydre; dans l’un ou l’autre état, elle ne paraît pas susceptible de cristalliser.
Elle est douée d’une saveur amère très-âcre ; chauffée vers 120° elle fond, mais elle n’est pas volatile, et ce n’est qu’à une température plus élevée qu’elle se décompose en dégageant de l’ammoniaque et sans laisser de résidu. Elle n’est que fort peu soluble dans l’eau froide, davantage dans l’eau chaude, et très soluble dans l’alcool, l’éther, le chloroforme et la benzine.
L’aconitine et douée d’une réaction alcaline et forme avec les acides des sels incristallisables. M. Morson, chimiste anglais, a obtenu par évaporation très-lente d’une solution éthérée d’aconitine une matière qu’il considère comme le principe actif de l’aconit.
Mais, d’après les expériences de M. Hottot, c’est une substance beaucoup moins active que l’aconitine amorphe et de propriétés assez différentes.
La solution d’iodure de potassium ioduré précipite en rouge kermès la dissolution d’aconiline.
Le tannin y donne un précipité floconneux, et ces deux corps peuvent être employés comme contre-poison de l’aconitine.
Le chlorure d’or la trouble d’abord et dépose peu à peu des grains jaunes et cristallins. Le bichlorure de platine est sans action.
L’acide nitrique fumant la dissout sans la colorer. L’acide sulfurique la colore en rouge, puis en violet.
L’iodure double de mercure et de potassium donne un précipité jaune cailleboté.
L’aconitine est vénéneuse et narcotique; elle produit la dilatation de la pupille. On lui attribue la formule :
C ,0 H* 7 AzO n (Stahlschmidl).