DES PRINCIPALES PRÉPARATIONS DE LA VALÉRIANE OFFICINALE
Avant d’entrer dans le détail de ces préparations, je crois qu’il ne sera pas inutile de dire quelques mots sur la plante qui en constitue la base, et que son ancienneté dans la matière médicale, ainsi que sa valeur thérapeutique, placent au rang des substances les plus précieuses pour l’art de guérir,
La Valériane officinale, Valeriana oflicinalis L., appartient à la famille des valérianées. Elle est haute de 1 mètre à 2 mètres 50, à tige droite et fistuleuse ; elle porte à sa partie supérieure des rameaux opposés sortant de l’aisselle des feuilles. Les fleurs sont petites, nombreuses, d’une couleur blanche-purpurine, disposées en cymeet d’une odeur agréable. Sa racine est formée d’un collet écailleux très-court entouré de toutes parts de radicules blanches, cylindriques, de 2 à 5 millimètres de diamètre. Cette racine possède une légère amertume et une odeur très-désagréable qui se développe singulièrement par la dessication et surtout l’exposition à l’air. Aucune plante ne diffère plus d’ellemême, pour ainsi dire, que la valériane : la racine, en effet, change d’aspect et de propriétés suivant l’exposition, la sécheresse et l’élévation du lieu où on la rencontre.
La racine de valériane du commerce se trouve sous deux états différents, outre qu'elle est quelque fois mélangée avec celle de
scabieuse succise ou inors du diable. Cette différence dans la racine de valériane est attribuée par M. Guibourt à des influences physico-chimiques du sol où croît la plante. Selon ce pharmacologiste, la valériane qui croît dans les bois et les terrains maigres produit une valériane plus odorante et plus chargée de principes actifs que celle récoltée dans les lieux bas et humides, les prairies grasses et le bord des eaux.
Pour M. Pierlot, qui a publié en 1862 un travail remarquable sur la valériane, ces deux sortes de racines appartiennent à des espèces différentes : la valériane des bois qui est la meilleure, l’oflicinale, et la valériane des lieux humides qu’il nomme valeriana palustre et qui contient deux fois moins de principes actifs que la précédente. D’après le même auteur, on doit récolter les racines quand elles ont deux ou trois ans, et c’est au mois de novembre qu’elles offrent le plus d’activité.
Trommsdorff en a fait l’analyse il y a longtemps et y a trouvé de l'huile volatile, de l'extractif, de la résine , de l'amidon et une matière particulière soluble dans l’eau mais inattaquable par l’éther et l’alcool.
La racine de valériane fournit par la distillation avec de l’eau son huile volatile qui est verte et formée de plusieurs principes dont l’un mérite de fixer particulièrement l'attention par son caractère franchement acide : c’est Pacide valèrianique ou valérique.
MM. Trommsdorff, Ettling et Grotz avaient démontré que l’essence de valériane est composée de deux huiles, l’une qui est acide et l’autre qui ne l’eôt pas.
D’autres chimistes, tels que MM. Gerhardt, Righini sont d’avis que l’essence de valériane récemment obtenue ne contient pas d’acide valèrianique tout formé et que cet acide ne s’y développe qu’à la longue. Pour eux l’essence de valériane est composée de deux huiles neutres : l’une oxygénée, que M. Gerhardt a nommée Valérol , ayant pour formule C ia ri 10 O a , l’autre non oxygénée, d’une odeur camphrée, représentée par la formule C 20 H H et nommée liornéene, parce qu’elle a la même composition chimique que l’essence naturelle du Dryobalanops camphora, qui croît dons l’ile de Bornéo, l.e valérol est liquide à la température
ordinaire ; toutes Jes causes oxydantes, l’action de l’air, de l’hydrate de potasse fondu, d’un mélange d’acide sulfurique et de bichromate de potasse le convertissent en acide valérianique.
Il est probable qu’entre ces deux opinions contraires, il y a place pour une opinion plus juste, et qu’à l’état récent l’essence de valériane contient déjà de l’acide valérianique. La racine fraîche doit en contenir fort peu, à la vérité, car elle a une odeur très-ffaible ; mais après la dessication, quand les principes huileux ont subi l’action de l’air à travers le tissu de la racine, l’essence récemment recueillie contient de l’acide valérianique dont la proportion s’augmente avec le temps par suite de l’action de l’air sur. le valérol qui n’a pas encore subi la transformation en acide valérianique. J’exposerai plus loin la préparation et les propriétés principales de cet acide.
La racine de valériane est employée comme excitante et antispasmodique. Elle accroît l’activité des fonctions et des sécrétions. On s’en sert contre l’épilepsie, l’hystérie et autres affections nerveuses, dans quelques fièvres. Enfin on l'a souvent employée
comme vermifuge.