HÉRÉDITÉ A FORMES MORBIDES DISSEMBLABLES
en soi, qui n'ont plus rien à voir avec la symptomatoîogie classique de la vérole, qui en sont même aussi différents que possible, et qui cependant ne constituent pas moins des expressions modifiées de l'état diathésique des ascendants, ne constituent pas moins, si je puis ainsi parler, une sorte de descendance indirecte de la vérole.
Et d'ailleurs, quoi de singulier, quoi d'anormal, quoi d'inexplicable dans cette modalité héréditaire ? Est-ce que la syphilis n'a pour symptômes, chez le sujet qu'elle affecte, que des manifestations d'ordre spécifique ? Est-ce que tout ce qu'elle produit, tout ce qu'elle détermine comme troubles morbides, est toujours et invariablement d'ordre spécifique ? Est-ce que, parallèlement à ses lésions propres, elle n'a pas aussi tout un cortège de symptômes communs ? En même temps qu'elle s'atteste par des dermatoses, des érosions, des ulcérations, des infiltrations d'organes, des néoplasmes viscéraux, etc., est-ce que, d'autre part, elle ne se traduit pas aussi communément par des phénomènes d'anémie, d'asthénie, de dénutrition, d'amaigrissement, d'appauvrissement et de détérioration organique , quelquefois aussi par des troubles nerveux, en un mot, par des réactions d'ordre commun sur divers systèmes? Est-ce que la syphilis, comme l'a si justement dit M. Ricord, n'éveille pas la scrofule chez les scrofuleux? Est- ce qu'elle n'éveille pas aussi la dartre chez les dartreux, comme le professait ici notre si regrettable collègue M. Bazin (1) ? Est-ce qu'elle ne
(1) Voy. Leçons théoriques et cliniques sur la syphilis et les syphilides, 2e édit., Paris, 18C6.
réagit pas sur les lésions traumatiques, comme M. Verneuil et ses élèves sont en voie de le démontrer aujourd'hui (1)? Donc la syphilis n'est pas seulement une maladie à symptômes syphilitiques. C'est une maladie de tout l'être ; c'est une maladie qui crée un trouble général dans tout l'organisme, qui affecte ou peut affecter ce qu'on appelle vulgairement « la santé », qui éveille ou peut éveiller des dispositions morbides très-diverses; en un mot, c'est une maladie à réactions multiples et polymorphes.
Or, s'il en est ainsi, si la syphilis est susceptible d'importer des perturbations à la fois aussi profondes et aussi complexes dans l'organisme qu'elle affecte, qu'y a-t-il donc d'étonnant à ce que l'hérédité reflète ces dispositions morbides variées sur le produit de conception, sur l'enfant issu de parents syphilitiques?
Au surplus, laissons ces discussions théoriques, et voyons seulement ce qui ressort de l'observation, ce que nous apprend la clinique.
Ce que nous apprend la clinique, c'est que les enfants nés de parents syphilitiques sont exposés à certains états morbides, à certaines aptitudes morbides, qui se produisent sur eux avec une fréquence significative.
Allons au fait et précisons.
1° Ces enfants sont très-fréquemment remarquables, presque reconnaissables, oserai-je dire, par leur débilité
(1) Voy. Henri Petit, De la syphilis dans ses rapports avec le traumatisme (Thèses de Paris, 1875).— Le lecteur trouvera dans cet estimable travail un historique très-complet de la question.