‹ Syphilis et mariageChapitre 41 sur 82 · Ce cas sera relaté dans un des chapitres suivants · texte numérisé non relu

Ce cas sera relaté dans un des chapitres suivants

par le silence qu'ont gardé les classiques sur ce point jusqu'à présent. Jugez s'il serait à désirer, dans l'intérêt de tous, qu’elle devint de notion commune.

Deuxième condition : AGE AVANCÉ DE LA DIATHÈSE.

Avec ce second point, nous touchons à l’une des conditions les plus importantes, les plus essentielles, de notre programme.

D'une façon générale, en effet, on peut poser ceci comme axiome :

Plus jeune est la syphilis de l'époux, plus nombreux et plus menacants sont les dangers qu'il apporte dans le mariage.

D'où ce corollaire, en ce qui nous concerne :

Plus âgée sera la syphilis de notre client, plus nous serons autorisés (sauf indications particulières d’un autre genre) à accorder de tolérance par rapport au mariage.

Légitimons ce qui précède.

I. — Tout d’abord, examinons la question au point de vue des dangers de contagion pour la femme.

Sans contradiction possible, e’est la syphilis jeune qui est surtout dangereuse comme contagiosité.

En effet :

1° Il est de notion commune que les manifes-

tations disséminées, éparpillées, de la diathèse qui, sous les noms de plaques muqueuses où mieux de syphilides érosives, papulo-érosives, papulo-ulcéreuses, ete., affectent si fréquemment les diverses muqueuses de la peau, il est de notion commune, dis-je, que ces lésions appartiennent surtout, ehronologiquement, aux premières étapes de la maladie, à ce qu'on appelle la période secondaire. C’est dans les deux ou trois premières années qu’on les observe presque exclusivement, et cela d'une façon d'autant plus fréquente qu'on se rapproche davantage du début même de l'infection. Or, la contagiosité de tels accidents n'est plus à démontrer aujourd’hui. On peut même dire que les accidents de cet ordre constituent la source principale qui alimente et entretient la vérole parmi nous.

2° Chacun sait en second lieu que, dans les deux ou trois premières années de la diathèse, les manifestations morbides dont nous venons de parler sont essentiellement sujettes à repulluler, à récidiver, et cela avec une insistance parfois désespérante. Citons, comme exemple, les plaques muqueuses buccales qui, chez les fumeurs plus particulièrement, se produisent et se reproduisent à maintes reprises dans le cours des premières années.

3° En outre, à cette même époque de la diathése, il est deux foyers de prédilection qu'affectent ces déterminations morbides, à savoir : la bouche et les organes génitaux.

Or, précisément, ce sont là deux localisations des

plus dangereuses au point de vue qui nous occupe; car tout naturellement c’est de ces deux points que, dans le mariage, la contagion aura le plus de chances d’irradier.

4° Ajoutons encore cette considération d’un autre ordre : La syvphilis secondaire est particulièrement dangereuse, au point de vue de la contagion, par la bénignité même de ses accidents. Très souvent les lésions qu'elle détermine sur le tégument muqueux, à la bouche ou à la verge notamment, ne consistent qu'en des érosions très superficielles, minimes d’étendue, presque simplement desquamatives. Or, de telles lésions peuvent facilement passer inaperçues, même chez des sujets soigneux, attentifs, qui se surveillent, qui s’observent. Elles ne risquent pas moins — et cela toujours pour la même raison — d’être confondues avec des érosions vulgaires, banales, insignifiantes. A la verge, par exemple, on les prend fréquemment pour de simples écorchures, pour des éraillures inflammatoires, herpétiques ou autres. À la bouche, elles passent non moins communément pour des aphthées, des gereures, des « irritations locales provenant du cigare ou de la cigarette », ete., ete. Somme toute, pour une raison ou pour une autre, on ne s'en méfie pas, tant elles ont l’allure inoffensive. Et cela même en fait le danger; car des accidents aussi légers, aussi bénins, ne semblent pas devoir imposer la continence et deviennent ainsi l’origine de contagions fréquentes dans le mariage. — C’est là un

pont que je me borne à signaler pour l'instant ; °2

j'aurai plus tard l’occasion d'y revenir en détail.

Telles sont, Messieurs, les raisons diverses pour lesquelles la syphilis Jeune est particulièrement redoutable au point de vue de la contagion.

Tout au contraire, à une époque plus reculée et, à fortiori, dans une étape avancée de la diathèse, ces mêmes dangers de contagion n'existent plus ou du moins ne se présentent que d’une façon bien plus restreinte relativement, bien moins commune. Et cela pour des raisons précisément opposées, à savoir : parce que la syphilis vieillie ne s’accuse plus que par des manifestations infiniment moins multiples, plus discrètes, moins sujettes à récidives, etc.; — parce qu'elle n’affecte plus avec la même prédilection ces deux foyers si favorables à la contagion, la bouche et la verge ; — parce que les lésions qu'elle détermine à cette période consistent, non plus en des érosions minimes, superficielles, susceptibles soit de passer inapereues, soit d’être confondues avec des accidents inoffensifs d'ordre vulgaire, mais bien en des ulcérations profondes, larges, importantes, durables, qui ne sauraient ni échapper à l'attention du malade, ni permettre la possibilité d’une contagion par indifférence, par inadvertance, ete.

Et n'allez pas, Messieurs, prendre ce qui précède pas;

pour de la théorie pure. Cesont là, tout au contraire, des raisons déduites de l’expérience. Au surplus, consultez les données de la clinique, et recherchez à quelle époque de la diathèse se produit surtout la contagion dans le mariage. Voyez quels sont surtout les maris qui communiquent la syphilis à leur femme. J'ai fait cette recherche pour ma part, je viens à nouveau d'interroger mes notes à ce sujet, et, d’une façon non douteuse, j'ai abouti à ceci :

Sinon toujours, au moins dans l’enorme majorité des cas, les maris qui communiquent la syphilis à leur femme sont ceux qui ont abordé le mariage avec une syphilis jeune encore, c'est-à-dire avec une syphilis datant de quelques mois, d’un an, de deux ans, plus rarement déjà de trois ou quatre ans.

Quand un homme se marie en puissance d’une syphilis récente, la contagion de la femme est un fait à peu près constant.

Au contraire, bien plus rares sont les cas où la contagion de la femme se produit alors que la syphilis de l'époux est plus ou moins ancienne, c'est-à-dire remonte à 6, 8, 10 ans et au delà.

Sur ces deux points, je le répète, mes observatons sont aussi formelles, aussi péremptoires, aussi probantes que possible. Et je les résume en disant :

La contagion syphilitique dans le mariage est d'autant plus à craindre pour la femme que la syphilis du mari est de date plus récente.

Il. — De même, au point de vue de l'influence

héréditaire, l’âge avancé de la syphilis paternelle est une condition également favorable.

C’est un fait remarqué de vieille date, consigné d'une façon positive par divers auteurs, que linfluence syphilitique du père sur les enfants subit une décroissance progressive à mesure que vieillit la diathese.

Ainsi, pour ma part, dans les cas où j'ai vu la syphilis passer directement du père à l'enfant, sans contamination de la mère, j'ai fait cette remarque que presque toujours l'infection paternelle était de date assez récente, c’est-à-dire ne dépassait pas trois ou quatre années. Au delà de ce terme, sauf exceptions rares, la transmission de la syphilis par héredité paternelle ne s'exerce plus.

Le temps constitue done un correctif, et un correctif par excellence, de linfluence hérédo-paternelle syphilitique. Très positivement, le temps wse cette Influence (passez-moi l'expression); il Pamoindrit, il Patténue, il finit même par Pannihiler eomplètement.

Divers témoignages déposent en ce sens. Ce sont ou des témoignages d’analogie ou des preuves directes. Je précise.

1. — Les témoignages d’analogie ressortent de ce qui est d'observation commune par rapport à lhérédité mixte. Ainsi, on peut donner comme un fat absolument démontré, comme une véritable 07 pathologique, la décroissance graduelle, puis Fex-

tinction finale de la réaction syphilitique des parents sur les enfants. Des exemples très probants à cet égard ont été produits par divers auteurs, par Berün, par M. Diday', par Bazin”, par M. Roger’, par M. Kassowitz' et tant d’autres.

Une observation de Bertin, par exemple est rela-

1. @.. En compulsant le: observations où des parents syphilitiques ont eu successivement un grand nombre d'enfants, on remarque que, même en l’absence de tout traitement général, la maladie sévit plus fortement sur les aînés, et qu’elle s'adoucit ensuite à mesure que ses victimes se multiplient. À la première couche, un avortement a lieu à cinq mois ;.il est moins hâtif à la seconde. La troisième donne un enfant à terme, mais faible et non viable; le quatrième naît avec une constitution plus résistante. Ce qu’on observe, en un mot, c’est une diminution graduelle de l'impression diathésique sur la progéniture. »

(Traité de la syphilis des nouveau-nés et des enfants à la mamelle,

Paris, 1854, p. 183.)

2. Leçons théoriques et cliniques sur la syphilis et les syphilides, Paris, 2° édit., 1866, p. 164.

Page 1