C..., ancien militaire, 43 ans
Antécédents. — Marié, sans enfants. Aucun renseignement. Traces d’ecthyma profond aux deux jambes.
En 1890, tremblement fibrillaire des muscles de la langue et de la face. Troubles de l'intelligence, délire des grandeurs, fait des dépenses
exagérées.
OBSERVATION XXVII (Syphilis)
N..., cultivateur. Mars 1892.
Antécédents. — Syphilis il y a onze ans, traitée pendant cinq mois par les pilules et l’iodure.
En 1892. — Hébétude, parole embarrassée, tremblements de la langue, pupilles inégales. Idées délirantes. |
Placé dans un asile.
OBSERVATION XXVIII (Syphilis)
M. N..., magistrat, 42 ans.
Antécédents. — Mère nerveuse. Syphilis niée, mais affirmée par le frère du malade et avouée ensuite. Infection il y a 10 ans. Traite-
ment très incomplet.
Mai 1892. Depuis quelques mois parole embarrassée, troubles
de la mémoire, tremblement de la langue ; troubles gastriques. Céphalée. Le malade se rend dans une station minérale pour y prendre des douches. Délire avec ictus célébral. On le ramène pour le placer
dans un asile d’aliénés, où il succombe quelques semaines aprés. 8*
te OBSERVATION XXIX (Syphilis)
N..., 50 ans. Mars 1893. | Antécédents. -— Mère très nerveuse. À eu en 1874, pendant son
service, des accidents spécifiques légers, à peine soignés Marié depuis 6 ans, sa femme a fait six fausses couches, la dernière remonte à > mois.
Depuis le mois de septembre dernier, le caractère du malade a changé ; il est devenu excitable. violent; insomnie; hébétude, affaiblissement physique; troubles de la parole, tremblements fibrillaires des muscles de la face et de la langue. Tremblement des mains.
OBSERVATION XXX (pas de syphilis)
Pnse Antécédents. — Hérédité congestive. Alcoolisme. Pas de traces de
syphilis sur le corps. Niée par le malade.
Signes somatiques de paralysie générale.
Troubles de la mémoire, obnubilation intellectuelle.
Si nous examinons toutes ces observations au point de vue des antécédents, nous voyons qu'elles se décomposent de la facon suivante :
Anlécédents Pratique Pratique Total Pour cent hospitalière privée
Syphilis certaine 10 14 24 | Syphilis probable 3 » 3 LEUR Hérédité congestive 3 3 6 200 Hérédité nerveuse 2 4 6 OS Alcoolisme 3 7 5) RES Pas de renseisnements Î » l
La syphilis, on le voit, vient donc en première ligne comme fréquence (93 0/0), laissant bien loin derrière elle l’hérédité nerveuse où congestive (20 0/0) et l'alcoolisme (17 0/0). Quant au surmenage, je n’en ai relevé aucun cas parmi toutes ces observations.
ES
Ce tableau nous montre de plus que la proportion des cas de syphilis avérée est beaucoup plus grande dans la pratique privée (1/3 en plus) que dans la pratique hospitalière. Reinhardt, . Morel-Lavallée, Benedik, etc., avaient déjà fait cette remarque. Morel-Lavaliée y voit un argu'nent en faveur de l’origine spécifique de la pa alysie générale en ce sens que la proportion de syphilitiques augmente avec les facilités de l'anamnèse.
Si nous recherchons de quelle façon ces antécédents, ces causes ont agi, nous trouvons : |
Syphilis seule 15 fois Alcoolisme seul LORS Syphilis et hérédité congestive 3 — Syphilis. hérédité congestive et alcoolisme 2 — Syphilis et hérédité nerveuse 6 — Syphilis et alcoolisme de Hérédité congestive et alcoolisme 1e
Ces renseignements nous permettent de conclure que dans la moitié des cas environ la svphilis agit seule pour provoquer le développement de la paralysie générale ; que dans l’autre moitié une cause prédisposante, secondaire, vient lui préparer le terrain. Nous voilà bien loin de l’opinion de Pàris (1). D’après lui, non seulement la syphilis n’est pas une cause de paralysie générale, maïs il reste même à démontrer qu'elle est une cause prédisp:sante adjuvante.
Dans un des cas (obs. XXX) où 1l n’y a pas de syphilis, c'est l'hérédité congestive, combinée à l’alcool,
() Paris. — Coexislence de la paralysie générale progressive el de la syphilis célébrale. Union médic. 1890, t. IT, p. 327.
Rep er
qui paraît avoir été la cause de la maladie. Quoique cet exemple soit unique, nous pensons que de tous les agents secondaires de paralysie générale le plus puissant est l'hérédité congestive (Ball. Régis.).
Quant au cas où l'alcool est ie seul antécédent, nous avons fait plus haut nos réserves à son sujet.
Nos malades étaient âgés de moins de :
30 ans 1 fois
80 — 35 ans 6 fois
85 — 40 ans 6 fois { soit les 3/5 40 — 45 ans 6 fois |
45 — 50 ans 4 fois
50 — 595 ans 1 fois
Age inconnu 6 fois
Ainsi la paralysie générale, rare avant 30 ans, atteint son maximum de fréquence de 30 à 45 ans, pour devenir exceptionnelle au-dessus de 50 ans.
L'infection avait précédé la paralysie générale de :
Moins de 10 ans, 3 fois de 10 à 12 ans, 9 — — 12 à 14 ans, 8 — nl lens — — 16 à 20 ans, 2 —
d’un temps inconnu, 8 fois
C'est-à-dire que dans la mijeure partie des cas, la syphilis à précédé la paralysie générale de 10 à 14 ans.
Sur les quatre malades femmes, trois avaient mené une vie très irrégulière. Nombre d'auteurs ont déjà signalé ce fait.
Enfin, le traitement spécifique ne nous a jamais donné de résultats, sauf dans un cas (obs. III) où l’améloration fut presque insignifiante.
Paralysie générale à début précoce
À ces observations, j'ai cru devoir ajouter celles de cinq cas de paralysie générale à début précoce, dont quatre récemment publiées en Allemagne et l’autre, inédite, due à l’obligeance de M. le professeur Homèn (de Helsingfors).
Dans un travail paru dans les Archives cliniques de Bordeaux (juillet-août 1892), Régis n'avait pu réunir que 14 observations de ce genre. J’'emprunte celles dont je parle à Hüfler et à Homèn.
OBSERVATION XXXI (Hüfler) (1).
Une enfant de 6 ans fut contaminée par un baiser d’une personne syphilitique. Elle contracta un chancre labial et subit le traitement spécifique.
A lPâge de 20 ans, les parents s’aperçurent que la jeune fille devenait distraite, perdait la mémoire, commettait toutes espèces d'actes déraisonnables. Elle eut des vertiges, présenta de l’embarras de la parole. Hüfler constata de l’irrégularité pupillaire, du tremblement fibrillaire des muscles de la langue, de la trémulation des muscles de la face, de l'embarras de la parole, du tremblement et de la maladresse des mains, de l’exagération du réflexe patellaire, de l’incoordi-
nation des mouvements.
(1) Hüfler, Progressive Paralyse bei einem 21 jæhrigen Mædchen nach vorhergegangenen syphilitischen Infecktion. — Deutsch Zeitsch. f. Nervenheilkunde, 1. II, 1892, p. 478.
Au point de vue intellectuel, lamalade présentait des idées absurdes de richesse et de grandeur ; elle voulait un piano en or, possédait des
statues magnifiques, avait les plus beaux livres.
OBSERVATIONS XXXII, XXXIII, XXXIV, XXXV (Homen) (1).
Antécédents héréditaires. — Père et mère bien portants, niant toute infection spécifique. Polymortalité infantile remarquable. La première grossesse de la mère aboutit à un avortement au 4° mois. Viennent ensuite 11 enfants bien conformés et sains en apparence : 5 moururent : le 2° à l’âge de 1 an !J2, d’athrepsie ; le 7° à 2? semaines, d’athrepsie ; les 8°, 9°, 10°, dans la première semaine après la naissance par dépérissement. Trois d’entre eux, les 5°, 6°, 11°, sont en assez bonne santé. Les trois autres, 1‘, 3°, 4°, présentent les symptômes suivants :
La maladie à un début assez accusé, sans motif apparent aux âges de 20, 12 et 20 ans pour chacun des malades qui présentent des vertiges, de la lourdeur de tête, de la fatigue générale, de la perte d’appétit et bientôt après diminution de l'intelligence, plus spécialement de la mémoire. La marche devient incertaine, chancelante : la mère la compare à la démarche d’un homme ivre. Les trois malades présentent des douleurs osseuses vagues dans les jambes. Petit à petit, les phénomènes s’accentuent, la parole devient trainante, puis embarrassée. Dans les trois cas apparaissent des troubles gastriques avec vomissements, de la paresse pupillaire, une diminution de la sensibilité générale. Puis, les malades arrivent à la période de démence : ils présentent des contractures musculaires, de la sialorrhée, de la dysphagie, sont gàteux et meurent après une durée de 3, 6 et 7 ans.
A l’autopsie dans les trois cas, on trouve : de l’épaississement de la paroi crânienne et de la dure-mère, de l’adhérence de la pie-mère à l'écorce cérébrale, principalement dans la région antéro-supérieure.
Dans les vaisseaux de la base existent des taches laiteuses visibles à
(1) Homèn, Eine eigenthümliche bei drei Geschwistern auftretende typische Krankeiht unter der Form einer progressiven Dementia, etc. — Arch. 1e Psychiatrie, 1891, heft 2, p. 191.
l'œil nu. L’aspect du foie rappelle la cirrhose hypertrophique sans ascite. Au microscope, on constate que le parenchyme est sillonné de tractus conjonctifs en abondance.
Ces trois cas de démence progressive, malgré l’absence de stigmates ou de renseignements sur les antécédents, paraissent, dit l’auteur, être dus à de la syphilis héréditaire tardive. L’endartérite précoce, l'hépatite interstitielle diffuse (mentionnée par les auteurs dans les syphilis héréditaires tardives), les épaississements et les adhérences des enveloppes cérébrales, les douleurs osseuses sans lésion (signalées par Fournier), la dentition tardive, le type infantile, la polymortalité de la famille, ne peuvent s'expliquer que par la syphilis. »
J’ai interrogé M. le Professeur Homèn (1) au sujet de cette observation. Voici sa réponse : « La classification de « mes cas ne me sernble pas facile, pourtant je serais plutôt « porté à les ranger dans la forme démente de la paralysie « progressive. Je dois ajouter qu'autant qu on peut en « juger au début, la même maladie s’est déclarée l'été « passé avec les mêmes symptômes initiaux (lourdeur de « tête, vertiges, faiblesse générale, douleurs diffuses, « vagues, surtout dans les jambes, etc.), chez un « quatrième membre de la même famille, une jeune fille « de 18 ans. »
Ces observations viennent non seulement confirmer l'opinion de Régis et de Clouston, qui disent que la paralvsie générale juvénile est toujours due à la syphilis héréditaire évoluant sur un terrain préparé, elles viennent encore prouver que la syphilis seule, soit acquise (obs. de Hüfler), soit héréditaire (obs. de Homèn), est suffisante pour donner naissance à la méningo-encéphalite.
(1: Homèn, lettre personnelle, 26 janvier 1893.
DORE Dans les observations de Régis, 9 fois sur 10 la syphilis est constatée. Avec ces observations nouvelles le rapport s'élève à 14/15 soit 93.3 0/0.
Un relevé général des chiffres donnés par les dents auteurs nommés dans cet ouvrage nous paraît à sa place à la fin de ce chapitre. (Vour le tableau ci-contre).