LES INDICATIONS, LES RÉSULTATS
Ce traitement mixte arsenico-quinique ainsi combiné nous a donné d’excellents résultats chez les très nombreux soldats évacués d’Orient qui sont passés dans notre service, ou dans les hôpitaux de paludéens dépendant de notre secteur médical. Les succès thérapeutiques ne sont certains que si le traitement est systématiquement appliqué et rigoureusepient réglé, et, répétons-le encore une fois, si la quinine est bien absorbée.
Direction générale. — Nous avons ainsi formulé cette cure initiale dite de blanchiment.
a) Donner systématiquement la quinine pendant deu.x jours [1 grammes par jour) puis l’arsenic les deux jours steivants (20 à 40 centigrammes, 'et même plus, de cacodylate de soude ou d’arrhénal par jour en injections fessières profondes) ; reprendre ensuite la quinine {deux jours) puis l’arsenic {deux jours), et ainsi de suite pendant un mois.
b) Repos de dix jours, qu’il ne faut pas dépasser car une génération parasitaire se développe en 12 à jours environ.
c) Reprise du traitement mixte pendant 20,,;owrs.
La durée de cette cure est donc de 2 mois.
Si pendant cette période le malade ne présenté aucun accès, si son sang ne contient plus de parasites, si son état général est bon, il.est dirigé sur son dépôt qui l’enverra à la « section de paludéens * dont il dépend. Là il sera
5U PALUDISME
observé, l'éeiil-i'ainé pendaul b'» jours, puis envoyé en convalescence el pourra être enfin récupéré dans de bonnes conditions. Si, au contraire, le malade présente des accès, si son sang présente encore des parasites, si son étal général n’est pas satisfaisant, il pourra subir une nouvelle cure de 20 jours. Si cette troisième série n'a ‘pas donné, les résultats suffisants, il est inutile d’insister et il est préférable d’évacuer le malade sur un service de médecine ■générale, car ordinairement, dans ces conditions, ce n’est plus le paludisme qui est directement en cause.
Dahs la suite, soit à la section de paludéens, soit à son corps, ce soldat continuera à prendre de petites doses de . quinine pour maintenir et prolonger les bons effets de la cure qu’il a subie à l’hôpital de paludéens.
L’on a objecté que ce -traitement initial, surtout en ce moment, était relativement long. Je répondrai qu’un traitement quelconque ne peut être utile que s’il est assez longtemps prolongé; la durée de ceux qui ont été proposés jusqu’alors par différents auteurs oscille entre 6 semaines et 3 mois. Pour des malades récemment infectés c’est une économie que de les traiter pendant le lemp^ suffisant; si l’on avait attaqué ainsi, dès le début, les premiers palu; déens, la maladie eût été moins grave et certains n’àuraient pas été hospitalisés pendant des mois et même plusd’une année. Il est d’ailleurs impossible de fixer une limite précise à la durée d’un traitement : tout dépend de l’étal . du malade. Deux mois me' paraissent nécessaires pour atteindre le but que nous avons indiqué; pour quelquesuns ce temps est insuffisant, pour d’autres une cure aussi longue est inutile. Il est surtout important de savoir apprécier les services qu’un homme peut rendre à sa sortie de l’hôpital, car il est contraii’e à tous les intérêts de le faire passer successivement d’une formation dans l’autre. Une sortie trop hâtive ne suffit pas pour abréger la maladie ou accélérer la récupération du soldat.
En outre, il est bon de profiter des circonstances pour faire subir aux paludéens récents des cures quiniques même légères : c’est ainsi que de nombreux blessés ou
h A CURE DE BLAR’CUIMEyr. 51
malades dans des centres de spécialité, et qui sont, en outre, paludéens, seraient utilement traités pour leur paludisme, même latent, pendant leur séjour à riiôpilal.
Voici d’ailleurs, rapidement résumés, les principaux résultats que nous avons obtenus par ce traitement dans différentes formes de paludisme secondaire. Nous ne l’avons pas réglé d’après la variété parasitaire, car d’abord nous ne sommes pas encore certains dé la dualité des deux tierces et en second lieu, les deux formes de tierces sont très souvent rencontrées chez le même malade, soit simultanément, soit à des époques différentes. La forme quarte ne se voit pas chez les soldats d’Orient.
, 2“ Résultats.
a) Paludisme secondaire aigu.simple. — C’est la forme la plus commune.
Dès les premiers jours, les accès disparaissent et pendant toute la période de quinisation la température se maintient aux environs de la normale. Cette action me paraît si réo-ulière que chez un malade en cours de traitement, ta constatalion d'un accès ou d’une température anormale doit attirer la méfiànce du médecin sur la façon dont est absorbée la quinine, ou, si les doses sont suffisantes, t’inciter à rechercher une autre affection superposée au paludisme. Tout récemment j'ai cru voir deux exceptions à cette règle : deux paludéens, malgré le traitement quinique, conservaient des accès: or, il s’agissait de malades atteints d’abcès urineux qui passèrent inaperçus pendant quelque temps : dès qu’ils furent incisés les accès disparurent. Également il faut se méfier des faux accès provoqués par des substances toxiques, comme la feuille de laurier-rose, ou simulés, le malade faisant artificiellement monter le thermomètre surtout lorsqu’approche la date de sortie de l'hôpital.
Chez quelques-uns cependant la température ne tombe pas immédiatement à 57" et pendant une ou deux semaines se maintient le soir aux environs de 58“; ces fébricules sont exagérées par la fatigue, se voient également dans
PAL IJDISME.
l’aimljiase, la lubcrculoso;. mais côderil au Iraitemenl qiiinique lorsque l’hématozoaire est en cause. En cas d’échec, il est bon de pratiquer un traitement d’épreuve antiamibieni qui, en quelques jours en amènera la disparition, si l’amibe est en cause.
L'état général s’améliore très vite ; l’appétit augmente, les forces et les couleurs reviennent en même temps.
Le poids subit parfois une légère baisse au début du traitement, puis augmente ensuite progressivement.
La rate diminue peu à peu de volume, d’autant plus rapidement que la splénomégalie est plus récente. Dans lès splénomégalios chroniques la quinine n’a plus aucune action, et les arsenicaux, le fer, sont plus efficaces.
Les parasites disparaissent du sang et ne reparaissent plus pendant la durée du traitement. Seuls les croissants de la tierce maligne résistent parfois très longtemps; mais sous l’influence de la quinine leur vitalité paraît très diminuée. Nous avons fait contre eux de imiltiples' tentatives thérapeutiques : le bleu de méthylène associé au traitement quiniquc a paru quelquefois aider à leur disparition, mais la quinisation méthodiquement prolongée nous paraît encore l’arme la plus efficace contre ces formes de résistance.
b) Paludisme secondaire aigu à forme grave. Les
formes les plus graves sont constituées par les accès pernicieux. Ils sont de moins en moins nombreux en France.
Dans l’accès algide, la mort survient par collapsu's cardiaque, aussi le traitement d’urgence est l’injection intraveineuse de sérum artificiel adrénaliné : 2 milligrammes d’adrénaline dans 500 à 1000 grammes de sérum. Le traitement quimque passe au second plan, mais doit être commencé aussitôt après la période de collapsus.
Dans l’accès comateux le danger ' vient de l’abondance des parasites. Il faut agir au plus vite et faire absorber rapidement la quinine à doses élevées. Deux grammes par 24 heures sont un minimum : 3 et 4 grammes sont souvent nécèssaires. C’est le triomphe des injections intra-
LA CURE DE BLANCHIMENT. f>3
veineuèes; il faut leur associer les injections intra-musculaires et l’absorption par voie buccale pour atteindre la dose nécessaire.
Souvent les vomissements rendent ce dernier mode d administration impossible, et sans hésiter il faut user largement des voies veineuse et sous-cutanée. En môme temps des injections de sérum physiologique adrénaliné seront pratiquées (500 grammes de sérum auxquels pn ajoute 2 à 3 milligrammes d’adrénaline). Le succès thérapeutique dépend de la rapidité du diagnostic et de l’intervention ; il importe de corser le traitement quinique en usant de
toutes ces voies d’absorption.
La phase critique passée, le malade sera soumis au traitement ordinaire. Il sera bon de continuer l’adrénaline, •car ce médicament, chez certains paludéens asthéniés, pigmentés, peut être très utile. ^
c) Paludisme secondaire complique. — Dans les formes compliquées par une localisation viscéyale, ce traitement peut être en général intégralement appliqué. Bien entendu, le sens clinique du médecin lui indiquera, pour chaque cas particulier, les modifications utiles ou les traitements adjuvants nécessaires, mais il ne doit jamais redouter l’emploi de. la quinine. En particulier dans l’hémoglobinurie et surtout dans la néphrite hématurique, qui nous a paru assez- fréquente, ce traitement nous a donné d’excellents résultats; la phase d’albuminurie qui a suivi l’hématurie a été certainement raccourcie par le traitement qui- ■ nique, et chez plusieurs malades l’albumine disparut au bout de quelques semaines.
Les congestions hépatiques, qui ne sont pas en rapport avec l’amibiase, sont favorablement influencées par les purgations fréquentes au calomel ou au sulfate de soude.
d) Paludisme secondaire latent. — Nous avons suffisamment insisté sur l’importance des foyers parasitaires latents, faisant du paludisme une affection essentiellement ’ chronique, pour que l’on comprenne la nécessité de ne pas limiter le traitement à une seule cure. C’est pourquoi nous jugeons prudent de profiter des occasions qui se présentent,
pour laire subir aux paludéens récents un traitement quinique léger, d’entretien ou de prévention contre les rc- • chutes. De petites doses de médicament sont suffisantes : elles peuvent être répétées chaque mois pendant quelques jours, associées à quelques injections de cacodylate de soude.
Plus tard, les manifestations du paludisme peuvent être extrêmement variées et en l’absence d’accès caractéris tiques ou de parasites dans le sang, l’erreur de diagnostic peut être facile; aus.si est-il bon de se rappeler que le traitement d’épreuve montre souvent la nature de la maladie. Dans ces conditions, un traitement de quelques jours, d’après la formule que nous avons indiquée, suffit à éclaicir la situation.
Je crois avoir assez longuement exposé les motifs qui m’ont amené presque fatalement , à cette formule de traitement. Il ne faut pas en ce moment se laisser entraîner par des idées trop théoriques ou simplement séd.uisantes, mais il faut s’efforcer d’être pratique et ne tabler que suides faits bien acquis. Si la guerre nous a dotés momentanément de nombreux paludéens, elle nous donne en même temps les moyens de lutter plus efficacement qu’à aucune autre époque. En groupant ces malades dans des hôpitaux spéciaux, en les traitant le temps nécessaire, souvent malgré eux, la maladie doit s’éteindre rapidement.
Mais, nous le répétons encore en terminant, ce traitement n’est efficace que s’il est bien discipliné; dans ces conditions, son action est si régulière, qu’en présence d’un échec, le médecin doit aussitôt rechercher si le médicament est bien absorbé, si les doses sont suffisantes, ou ^ s’il ne s’agit pas d’une autre affection. En aucun cas il ne doit douter de la quinine, et le paludisme contracté en Macédoine, apparu au cours de cette guerre, en a montré une fois de plus la merveilleuse efficacité.
renseignements PRAtiques.