DANGERS DE L’'INOCULATION
d'innover. Cet adage s'applique à tous les novateurs, soit en religion, soit en politique, soit en médecine; et il n’y a pas une réforme qui n'ait coûté beaucoup de sang. En niant l’altération des humeurs, Broussais vouluwé asservir à sa doctrine de l’irritation toutes les maladies du corps humain, et ses séides, en voulant prouver les aphorismes du maître, ont puissamment contribué à renverser la doctrine dite physiologique. D'ailleurs, Broussais, dit M. Frappart, est mort demi-converti au magnétisme et à l’homæopathie. MM. Richond, Devergie, et les partisans de Broussais, pensaient que le virus syphilitique était une entité chimérique, que les Symptômes que l’on observait dans certains cas étaient dus à l’irritation des muqueuses génitales et à leur vitalité particulière. Ils disaient avec plus de raison que tous les caractères qu’on avait indiqués pour distinguer les acci— dents syphilitiques de ceux qui ne l’étaient pas, étaient faux et impossibles à saisir, et, pendant quelque temps, on a douté avec eux. (1). Enfin est venu M. Ricord qui, rajeunissant les belles expériences de Hunter sur l’inoculation, à prouvé l'existence matérielle du principe syphilitique qu'on ne voulait admettre qu’en théorie.
En effet, cette reproduction constante de symptômes identiques, est un phénomène qui n’appartient qu’à la syphilis et à certains fluides morbides. Au lieu de chercher, comme le docteur Donné, à reconnaître la nature chimique des écoulements, à distinguer la forme des globules, ou ‘à constater la présence des vibrions et des animalcules microscopiques, on s’est allaché à prouver la reproduction de l’ulcère, du bubon, des pustules, et comme ce caractère ne trompe jamais, du moins dans la période d’ulcération, il s'ensuit qu’on pourrait avoir recours à l’inoculation dans quelque cas de médecine légale, et dans certaines circonstances, où un malade aurait intérêt à prouver qu'il n’est pas atteint de la syphilis.
Cependant plusieurs médecins ont critiqué la mise en pratique de cette méthode, qui, dit-on, est plus brillante quephilanthropique. M. Desruelles s'exprime en ces termes, dans l'excellent traité qu'il a publié : « Depuis » onze ans que nous étudions d’une manière expérimentale les maladies » syphilitiques, nous n'avons jamais pu nous résoudre à inoculer aucune des » lésions syphilitiques; notre position, du moins nous le pensons ; ne nous » permet pas de faire courir des chances incertaines aux soldats de l’armée » confiés à nos soins. »
(4) Personne, disait Dupuytren (Leçons orales), n'oubliera le dévouement scientifique de trois jeunes élèves qui s’inoculèrent Je pus d’un ulcère syphilitique , et dont deux ont
péri martyrs de Jeur erreur. À
Parmi les opposants de la méthode d’inoculation se trouvent deux hommes qui font autorité en pareille matière. Ce sont MM. Rattier et Cullerier, qui affirment « qu’on ne saurait proposer un moyen de diagnostic plus vicieux, ÿ puisqu’en donnant à un malade un ou deux ulcères de plus, les chances » d'infection générale augmentent, de sorte qu’on a donné la syphilis » conslitutionnelle à un homme qui ne l'aurait pas eue peut-être.
Du reste, tout en admirant les expériences sur l’inoculation, je crois qu’il serait peu convenable d'admettre en thèse générale qu'il faille toujours pratiquer cette opération, parce qu’il ne faut jamais, quand il y a doute, essayer d'enrichir les annales de la médecine aux dépens de l’humanité, D'ailleurs, partageant complètement les idées de M. Rattier sur la possibilité de guérir les maladies syphilitiques primitives sans mercure, il me paraît inutile de multiplier les accidents de la maladie, car la sécrétion morbide étant plus considérable, les chances d'infection générale deviennent plus probables (1).
En face d'Esquirol osez le soutenir Ses accablants témoins sont prêts à comparaitre; Interrogéz encor Charenton et Bicêtre.
M. Esquirol, dans sa Wtatistique des causes productives de l’aliénation mentale, prouve qu'il y a cent cinq cas de folie par hérédité sur trois cent cinquanteun, huit occasionnés par la syphilis et quatorze par l'emploi du mercure. M. Capuron dit que la syphilis mal guérie produit souvent la fongosité et le cancer des narines, la carie des os du palais, des os propres du nez, de maux de tête violents, le tremblement, de la convulsion des membres, la paralysie, l’insomnie, l'affection hypochondriaque, mélancolique ou hystérique.
Selon la doctrine d’Esquirol (art. Folie, du Dictionnaire des sciences méd.), la suppression d’un ulcère, d’un exutoire, peut produire la folie aussi bien que l4 rétrocession des dartres, de la goutte. L'abus, l'usage même des médicaments qui agissent fortement sur le système nerveux, ont souvent aussi le même résultat, Il n’est pas rare que des personnes deviennent aliénées
(4) D’ailleurs, si l’on en croit les révélations sur certains faits laissés dans l'ombre, les ulcères produits de l’inoculation n'auraient pas toujours été facilement arrêtés dans leur marche envahissante, et l’expérimentation couvrirait quelques lugubres souvenirs, ainsi que le rapporte le docteur Dugast, dont la bonne foi égale le mérite,