‹ Syrie, Liban et Palestine, géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnéeChapitre 113 sur 190 · JARDINS ET PLAINE · texte numérisé non relu

JARDINS ET PLAINE

MaBalmaoB Bunnites 7.000 )

SyrienB orthodoxes 2 . 000 V 10.000 hab.

IsrAélites 1 000 )

2c — VILLE DE DAMAS

MasalmsuiB BuaaiteB 99.000

r Latins 600 \

Catholigues Maroaites^. . .... 3. m 29300

( Syriens unis 10.800 )

Chrétiens

Non unis { Syriens orthodoxes . . 20 000

< Arméniens grégoriens . 900 \ 21.200

( — protestants . 300

IsraélUeB 4 000

Total. . . 164 000 hab.

Chef-lieu. — Damas est le chef-lieu du vilayet de Syrie, du mèrkèz-sandjaqdeChâmetdu mèrkèz-cazade Damas (C^am-i Chéri/), la résidence du vâliy gouverneur général du vilayel, le siège du quartier général du 3° corps d'armée et da muc/iir (maréchal), gouverneur militaire; des autorités civiles, religieuses et militaires, du vilayet de Souriyè (Syrie) et de tous les services publics du ressort de cette triple juridiction, ainsi que des tribunaux, du corps consulaire, etc., etc., et le principal centre du commerce intérieur de la Turquie d'Asie. La ville de Damas est située par 34«de long, et 33*^30/ de lai., au milieu d'une des plus fécondes et des plus riches plaines du monde, si vaste que, malgré l'extrême pureté, la transparence de l'air, à Damas, on peut, à grand'peine, distinguer les montagnes et les collines qui l'environnent.

La ville, tout entourée de jardins délicieux, ne mesure pas moins de 5 kil. de longueur sur plus de 3 kil. de largeur moyenne. Le quartier de ès-Salakiyèh^ où la plupart des gens riches ont leurs habitations consiste principalement en une longue rue où les édifices magnifiques se succèdent sans discontinuer du nord au sud, à partir des jardins jusqu'à la plaine, pendant plus d'une heure de marche.

La plupart des autres rues sont assez larges et proprement tenues^ mais les maisons sont loin d'être aussi belles que celles

du quartier à'ès-Salahiyèh, Basses, sans apparence et presque sans fenêtres donnant sur la rue, leurs murs, construits avec un mélange de terre et de pierraille, sont gris, fendillés et souvent fendus de part en part. Rien n'est plus facile aux voleurs que de les percer pour pénétrer dans rinlérieur, comme il est dit dans le livre de Job (xxiv, 16) : « lis percent les maisons dans les ténèbres. » Le mode de construction, en Syrie, est resté le même depuis ce temps reculé, et dès lors déjà il n'offrait pas plus de sécurité qu'aujourd'hui. Le manque de solidité, l'aspect triste et misérable d'un grand nombre de maisons ne font que mieux ressortir, du reste, la majesté, la splendeur des 173 mosquées impériales de la ville de Damas et l'étrange et massive beauté de son enceinte crénelée, flanquée de grosses tours carrées, et toute en mosaïque de grands blocs de marbre, de granits de couleurs éclatantes et variées, oii dominent le jaune et le noir. Cette enceinte est comparée par les poètes musulmans à une ceinture de velours parsemée de topazes. D'autres enceintes non moins belles se rencontrent à l'intérieur de la ville, autour des quartiers principaux, des merveilleux bazars couverts, à longues galeries d'arcades de style arabe, prolongeant leur parcours sur plusieurs kilomètres d'étendue. Les nombreuses places ornées de colonnades, où se tiennent chaquejour, autour de fontaines monumentales, des marchés en plein air garnis des plus beaux fruits de l'Orient, sont incessamment fréquentées par une multitude dont es groupes serrés, les costumes de soie aux teintes vives, les armes étincelantes, offrent un spectacle des plus animés.

Ecoles. — On compte dans le mèrkèz-caza et la ville de Damas 480 écoles, dont 173 supérieures, 6 secondaires et 301 primaires, fréquentées par 12.730 élèves, dont 11.95 garçons et 78 tilles, comme suit :

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Il y a lieu, au sujet de plusieurs de ces écoles, d'ajouter ici quelques mois à ce qui a déjà été dit, page 317 et suiv.

Tout d'abord, il convient d'expliquer, — comme cela a été fait plus haut en ce qui concerne les khalouè des druzes, tour à tour écoles supérieures et écoles élémentaires, tantôt pour les hommes, tantôt pour les femmes et filles nubiles, et tantôt pour les enfants de chaque sexe séparément, — que quelque chose d'analogue se produit, à Damas, relativement aux écoles supérieures et aux écoles primaires de la communauté musulmane.

C'est, en effet, dans les 173 mosquées impériales de cette ville qu'ont Heu publiquement les divers cours de théologie, de droit canon, civil et autres, de philosophie, de haute littérature, de sciences abstraites, etc., pour les softa ou étudiants, ainsi que les leçons de lecture, d'écriture, de calcul, de récitation du Qorân, données aux petits enfants, de sorte qu'il y a bien en réalité 346 écoles tant élémentaires que supérieures, mais seulement 173 locaux pour ces écoles; de même que le nombre des bâtiments scolaires des druzes, dans le vilayet de Syrie, n'est, en réalité, que d'environ 288, tandis que le nombre de leurs écoles tant supérieures que primaires est de 1153, fréquentées réellement par env. 12.610 élèves de tout sexe et de tout âge, divisés en quatre catégories instruites séparément.

Le collège des prêtres delà Mission, plus connus sous le nom de Lazaristes, mérite une mention toute spéciale. Son début a été des plus modestes : à une simple classe de catéchisme ouverte dans la maison d'habitation par les missionnaires, ont été ajoutées, en 1833, des leçons de lecture et d'écriture en arabe, et trois ans plus tard, en 1836, il y avait là un véritable externat oîi des cours de français et d'arabe étaient donnés simultanément.

En 1887, sous la direction de M. Crouzet, aujourd'hui vicaire apostolique d'Abyssinie, les classes élémentaires furent transformées, et, de simple école qu'il avait été jusque-là, rétablissement devint collège.

Les cours y sont divisés comme en France, et renseignement y esl donné de lelle sorte qu'un élève peut y terminer ses études secondaires. En 1890, sur la demande de son consul à Damas, le gouvernement français a bien voulu faire don à ce collège d'un cabinet de physique; des collections d'histoire naturelle ont été commencées; en un mot, actuellement, l'enseignement scientifique peut y être donné d'une façon suffisante et conforme aux programmes français.

Toutefois les classes externes ont continué à se développera côté du collège; en ces dernières années, le chiffre total de la population scolaire s'est élevé, comme on le voit au tableau général des écoles du vilayet de Syrie, a 200 élèves.

Le programme des études du collège des lazaristes de Damas comprend aussi huit cours d'arabe, dont deux de Htlérature. Les langues classiques sont facultatives^ ainsi que les langues turque (4 cours) et anglaise (4 divisions).

Les Filles de la Charité, établies à Damas depuis 1854, y ont fondé un grand établissement duquel dépendent, outre l'école primaire d'environ 250 élèves portée au tableau cidessus, plusieurs externats comptant en moyenne à peu près autant d'enfants et un essai de pensionnat où déjà le français, l'arabe et les travaux à l'aiguille sont enseignés à 50 jeunes fllles. L'enseignement des langues européennes autres que le français et celui de la musique sont facultatifs. Les externats sont gratuits.

Un dispensaire pour les indigents et un ouvroir sont annexés au grand établissement des sœurs, qui desservent le premier avec un médecin et y distribuent gratuitement à tous, sans distinction de religion ni de nationalité, leurs soins maternels et les remèdes ordonnés. Druzes, moutéouâli, arabes musulmans et arabes chrétiens de tous rites, kurdes, turkmènes (turkomans), bédouins accourent des points du désert les plus éloignés pour consulter le médecin du dispensaire et faire panser leurs plaies par les sœurs.

Chaque jour il se présente au dispensaire des Filles de|la Charité de 250 jusqu'à 700 malades. Dès la première année de son

fonclionnement, en 1854, le nombre des visites a été, pendant les mois de novembre et de décembre, de 18.789. Le chiffre moyen d'un mois se répartit comme suit :

MngnlmanB, Drnzes, eto . . . } Femmes. . . . 2 721 ) 5 gg^

( Hommes . . . 2. 640 )

Chrétiens de touB rites . . . | Femmes. ... 715 | j q^^

( Hommes ... 304 )

IsraéUtes { Femmes. ... 189 | g^g

( Hommes ... 127 )

Total. . . 6.696

C'est aux écoles chrétiennes et surtout au dispensaire que les populations syriennes, si profondément divisées par leur farouche intolérance réciproque, se sont rencontrées pour la première fois avec des sentiments plus humains. La pratique familière de la charité, égale pour tous, dont chaque jour ils sont témoins et reçoivent les bienfaits, attendrit les cœurs, leur inspire une compassion mutuelle pour leurs communes misères, éveille chez eux la reconnaissance et les habitue, sinon à s'entr'aimer, du moins à se tolérer. Ces résultats moraux, déjà très appréciables, pénètrent de jour en jour dans les masses, si bien qu'à Damas — où l'un des plus illustres héros de l'histoire, le grand émir Abd èl-Qader avait dû, il y a à peine trente ans, descendre armé dans la rue pour arracher des Français, des chrétiens, à l'émeute et les sauver du massacre — les Filles de la Charité circulent aisément à travers la foule. A visage découvert, revêtu de l'habit religieux, doublement exposées ainsi au mépris et à l'insulte, elles ne reçoivent partout, sur leur passage, que des marques de respect et d'admiration. Ce sont les imdm qui, les premiers, les ont introduites dans les maisons musulmanes pour y donner leurs soins aux malades. Sous la conduite d'un enfant, la Fille de la Charité parcourt les campagnes, les villages isolés, que l'on n'ose, d'ordinaire, visiter sans une escorte armée, et elle peut, sans crainte d'aucun danger, se rendre partout où son devoir rappelle.

Comme on le voit, c'est surtout à l'aide de l'instruction répandue parmi les populations les plus hostiles à la civilisation,

c'est encore davantage par l'exercice de la charité, par l'exemple de la vertu désintéressée qu'on peut arriver et qu'on arrive en elTel h calmer rirritation de communautés rivales séparées par des haines séculaires. On n'en peut douter, l'apaisement qui se produit actuellement en Syrie est l'effet, du moins en majeure partie, du développement donné à l'instruction publique, dans ces derniers temps, en Turquie. Un très grand bienfait a été en ce sens l'établissement, aux frais du gouvernement ottoman, de nouvelles et nombreuses écoles chez les Ansariyè du vilayet de Beyrouth. Stimulées par cet effort civilisateur dont elles voient déjà mûrir les fruits à leur portée, les communautés syriennes rivalisent d'ardeur à s'y joindre. Elles en seront bientôt récompensées par l'affermissement du régime de paix, de tolérance réciproque et de justice qui s'impose à ce moment à tous.

Outre les 1 73 mosquées impériales citées plus haut et un grand nombre dechapelles musulmanes, il y a à Damas 1 4 églises, dont 9 aux diverses communautés catholiques, 2 aux arméniens et 3 aux syriens orthodoxes. On y compte aussi un temple protestant et 8 synagogues.

Quoique toutes les mosquées de Damas, pour la plupart anciennes églises byzantines désaffectées et, pour le reste, édifices élevés par les khalifes èmèvi (Omèyyades), soient fort belles, aucune ne saurait être Tobjet d'une mention spéciale, si ce n'est la grande mosquée dite Djâmi' èl-Èmèvi (la grande mosquée omèyyade).

Cette mosquée, détruite en i 893 par un incendie qui n'a laissé que les quatre murs et la crypte de Saint-Jean-Baptiste, où se trouve une précieuse relique du Précurseur de Jésus-Christ, renfermée dans un reliquaire d'or, était un des plus anciens sanctuaires chrétiens. Une inscription grecque trouvée à la porte orientale de la mosquée dit que « l'église du bienheureux Jean- Baptiste fut restaurée par Arcadius, fils de Théodose » (395

Lors de la prise de Damas par les Arabes musulmans, en 633, l'église fut partagée par eux en deux parties, Tune aban-

donnée au culte chrétien, Tautre attribuée aux conquérants. Une seule porte, celle du sud, leur donnait entrée à tous ; les chrétiens se dirigeaient à Touest, tandis que les musulmans allaient occuper Test de l'édifice; mais, par crainle de ceux-ci, les chrétiens n'osaient ni sonner les cloches, ni chanter, ni même prier à haute voix. De leur côté, les musulmans se trouvaient offensés du voisinage des chrétiens dans un même lieu de prière. Enfin, le cinquième khalife èmèvi,Abd èl-Mélik, força les chrétiens de lui céder leur part de l'église de Saint-Jean-Baptisle en échange de quatre autres églises situées dans la ville et de celle de Saint-Thomas, hors des murs. Aussitôt ce marché conclu, le khalife, impatient, prit lui-même une hache, et, retroussant sa robe de soie jaune, il sauta sur le mattre-autel, abattit, aidé de ses émirs, tout ce qui concernait le culte chrétien, ne laissant subsister que les murs nus. Peu après, en la même année 705, Abd èl-Mélik mourut, et ce fut son fils et successeur, Oualid, qui commença les travaux de reconstruction. 11 fit d'abord recouvrir de stuc l'inscription du portail principal, mais cette inscription vient de reparaître, après il 88 ans, à la suite du dernier incendie; elle est ainsi conçue : « Ton règne, ô Christ, ton règne est éternel, et ton pouvoir s'étend sur toutes les générations. » Oualid, menaçant en cas de refus de détruire toutes les églises de la Palestine, demanda à l'empereur byzantin, Juslinien II, qui les lui envoya aussitôt, 1200 ouvriers pour tailler les 12.000 blocs de marbre destinés à ce superbe édifice, classé, dès son achèvement, parmi les merveilles du monde. Son dôme principal, appelé qoubbèt è/2-iV?.sr ( coupole de V Aigle) parce qu'il planait sur toute la ville, reposait sur quatre énormes piliers de granit de Syène; il avait, disait-on, la forme d'une bosse de chameau. La mosquée en son entier avait 200 pas de long sur \ 35 de large du nord au sud ; elle était pavée en mosaïque et revêtue à l'intérieur de marbres précieux jusqu'à une hauteur de plusieurs toises. Au-dessus de ce revêtement, couraient tout autour les pampres d'une vigne d'or. Plus haut encore, tous les pays connus étaient représentés en fine mosaïque sur fond d'or, composée de petits cubes.de pierres et de verre

en toutes couleurs.La^a'aôaoccupailla partie haute du mihrdb, et les autres contrées étaient figurées à droite et à gauche de ce tableau principal avec tout ce qu'elles produisent de plantes, de fleurs et de fruits remarquables. Le nombre des fenêtres était de 74. Trois nefs de 18 pas de largeur, allant de Test à Touest, étaient séparées par des colonnes à chapiteaux d'or, les unes de marbre, les autres de syénite, de granit et de porphyre; plusieurs historiens en ont compté 44, d'autres 54, et quelquesuns 80. Un certain nombre des plus précieuses, venant d'Egypte et ayant coûté des sommes très considérables, avaient été placées au centre de la mosquée et aux abords des portes. Près du dôme principal du qoubbèt èn-Nisr (coupole de VAiglé), on voyait deux autres dômes plus petits; sous la coupole de l'un se trouvait le trésor de la mosquée et, sous l'autre, une fontaine. Le mihrab, sorte de vaste niche tenant lieu d'autel, orienté dans la direction de la Ka'aba, et le mbnbei\ du haut duquel se font les lectures et les interprétations du Qorân^ étaient l'un auprès de l'autre sous la coupole centrale. Dans le premier étaient encastrées deux pierres précieuses du trône de la reine de Saba ; le second était taillé dans un énorme bloc de marbre blanc. Chacune des quatre sectes reconnues comme orthodoxes avait son lieu de prière séparé, orné des plus riches tapis. Deux célèbres exemplaires du Qoràn^ écrits de la main d'^Osmân et d'*Ali, étaient exposés dans cette mosquée à la vénération des croyants qui venaient en foule les baiser; on s'en servait pour les lectures de la grande prière pul)lique du vendredi, faite à haute voix par le khalife. Pendant toute l'année, six cents lampes d'or et d'argent étaient suspendues aux voûtes par des chaînes de même métal, et, durant le mois de ramazan, il y en avait douze mille. Parmi les autres ornements suspendus \\ l'intérieur, il y un grand nombre à^ex-voio du temps que l'église appartenait avait encore aux chrétiens; on les avait conservés, en qualité de talismans, pour préserver la mosquée des insectes.

Toute la toiture de l'édifice était revêtue de plomb incrusté d'or. Les auteurs arabes auxquels tous ces détails sont empruntés disent que, pour se procurer la quantité de plomb suffisante,

on fut obligé d'ouvrir les tombeaux et de dépouiller les cercueils. Plusieurs minarets en forme de hautes tours s'élevaient aux angles de la mosquée. Mohammed ben Chakèr, appuyé sur les plus doctes autorités musulmanes, affirme que sur Tun de ces minarets, celui de TOrient, « après la venue de Dèdjdjâl (rAnté- Christ), Jésus, fils de Marie, doit descendre à la fin des temps pour juger le monde ».

A chaque porte de la mosquée, il y avait une fontaine monumentale, de grands bassins pour les ablutions et une maison de cent chambres. Comme plusieurs autres grands sanctuaires de Tislam, cette mosquée était entourée d'une esplanade très vaste, enfermée dans une enceinte d'arcades voûtées reposant sur une double rangée de colonnes corinthiennes. Au milieu, de grands jels d'eau, des arbres touffus entretenaient une agréable fraîcheur. C'était un des lieux de réunion les plus fréquentés des habitants de Damas qui venaient le soir s'y promener, y faire la lecture, y entendre des conteurs et des improvisateurs. L'un des jets d'eau marquait les heures; outre cela, il jaillissait avec tant de force qu'il soutenait en l'air un melon, à la grande admiration des pèlerins.

Ce qui rendit la mosquée Djâmi'' èl-Emèvi plus spécialement vénérable aux musulmans, ce fut l'insigne relique de saint Jean-Baptiste citée plus haut, qu'ils y découvrirent, d'après l'auteur arabe'de l'histoire de Damas, dans le cours de sa reconstruction, comme suit :

« Yézid ben Ouaqqâs, préposé par le khalife Oualid à la surveillance des ouvriers, racontait, dit cet auteur, le fait suivant : Durant les travaux, nous découvrîmes une crypte, nous en informâmes le khalife qui vint sur les lieux vers la fin de la nuit, un flambeau à la main. Étant descendu dans la crypte, il y trouva une petite chapelle carrée de trois coudées sur chaque face. Elle contenait un cercueil qui renfermait un coffret où nous trouvâmes la tête de Jean, fils de Zacharie.

« Oualid ordonna de la remettre à sa place, puis il ajouta : « Posez dessus une colonne qui se distingue de toutes les « autres. »

trouve résumé dans les chapitres spéciaux du mèrkèz-sandjaq de Châm, pages 322, 353, 375 et suiv.

Localités remarquables. — La banlieue ou plutôt Voasis de Damas se compose des jardins{è/-6rAoûMa)qui entourent la ville, et d'une partie de la plaine ou prairie {èl-Mèrdj) qui s'étend au delà. Tout alentour règne le désert de Syrie bâdiyèt èch-Châm).

L'aspect des jardins est celui d'une forêt touffue, 'exclusivement peuplée des plus beaux arbres fruitiers qui soient au monde. On y rencontre 29 villages formant autant de ravissantes clairières tout embaumées du parfum exquis des fleurs, dont les douces exhalaisons se répandent dans la ville avec la fraîcheur du vent de nord-ouest. Les fruits cultivés dans ces délicieux jardins sont Torange et les diverses autres hespéridées, les pommes et les poires, les coings, les raisins donnant de superbes grappes dont quelques-unes pèsent jusqu'à 2 et 3 kilogrammes; la pêche, Tabricot qui court tout TOrient sous forme de mich-mich^ excellente pale dont le plus grand tort est sa ressemblance avec des rouleaux de papier d'emballage ; les cerises, la prune chantée par les poètes arabes, qui célèbrent à l'envi sa couleur d'or; les amandes, les noix, les olives, les figues, les grenades, les azeroles, fruits de l'azerolier, nom français du c?'atcegus azarolus^ L., un peu plus gros que des cerises, comme elles de couleur rouge et de saveur acidulée. On en fait, à Damas, des confitures parliculièrement estimées. Plusieurs espèces d'arbres fruitiers donnent, dans les jardins de Damas, deux et souvent trois récoltes. Le mûrier y est très commun. Le palmier-dattier se montre en groupes autour des villages et surtout dans la ville. Le cactus dit raquette oxx figuier (flnde se rencontre partout; on en fait des haies; les fellah mangent son fruit. On cultive aussi plusieurs autres cactus pour leurs fleurs aux coloris éclatants et variés.

D'exceUents melons mûrissent sous ces arbres, avec des légumes de toute espèce, dont la culture double le produit de ces jardins vantés à juste titre. On y cultive aussi le chanvre qui y

atteint la hauteur de 4 m. C'est de ces jardins que les historiens et les poètes arabes ont dit : « Si le paradis est sur la terre, ce ne peut être qu'à Damas ; mais s'il est dans le ciel, Damas doit lui disputer la palme de la beauté. » On sait d'ailleurs que Tun des sites le plus généralement attribué au paradis terrestre est celui de Damas.

La gare du chemin de fer de Beyrouth à Damas se trouve à Textrémité de cette dernière ville, du côté qui regarde le désert, situé au delà de la plaine, à Test II faut remonter vers Touest en contournant les murailles durant un parcours de 3 kil. à travers les jardins, pour aller rejoindre le point de raccordement du chemin de fer du Haourân avec la susdite ligne, trajet d<^s plus agréables que Ton puisse imaginer.

Ël-Mèrdj, c'est-à-dire la plaine ou la prairie, dont une partie est comprise dans le mèrkèz-caza de Damas, est située à Test et au sud de la ville. Elle est basse, souvent inondée et perpétuellement couverte d'une vigoureuse verdure; mais on n'y rencontre d'arbres qu'aux alentours des villages, presque tous bâtis sur les rives du Bdrada.

Ces villages, au nombre de 25, sont habités par des musulmans, des grecs orthodoxes et des Israélites ; on découvre de loin leurs nombreux moulins et les jolis groupes de saules pleureurs, de platanes, de peupliers et d'arbres fruitiers, àTombre desquels se cachent leurs maisons construites en pisé. Durant la saison des fleurs et aux diverses époques de la maturité des fruits, ces villages sont autant de buts d'agréables promenades pour les habitants de Damas. Bien qu'au sortir de la ville toutes les branches Aw Bdrada soient de beaucoup diminuées et presque épuisées par les irrigations, les prairies qu'elles traversent sont tellement basses et dénuées d'écoulement que parfois beaucoup d'habitants des villages du Mèrdj ont péri dans les inondations.

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