‹ Syrie, Liban et Palestine, géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnéeChapitre 40 sur 190 · GAZA DE SAIDA · texte numérisé non relu

GAZA DE SAIDA

Orientation; Limites. — Le caza de Saïda esl situé par 32« 58' à 33° 15' de longitude et par 33« 20' à 33^ ?,9' de latitude dans la partie sud du vilayet de Beyrouth, et séparé des sandjaks, du nord de ce vîlayet par le mulessariflik de Djébèl-Libnân (Liban). II esl limité : au nord-est, par ce môme mutessariflik ; à Tesl, parle vilayet de Syrie et le caza de Mèrdj-Ayoûn ; ausud-ouesl, par le caza de Sour, et, à Touest, par la mer Méditerranée.

administrative. — Il est divisé administrativement en 3 nahiés et Ton compte en totalité 137 villes, villages et hameaux. Les trois nahiés sont : Chéqif.Djébaa et Choumâr.

Population. — La population totale du caza de Saïda est de 24.619 habitanls, comme suit :

Mn.«aman.. . . . | ^r^St^Js^meiécuàii) ! \ \ '. \ \mI \ 12 000 hab.

( Latins 150 )

Catholiqnea . . . ] MaroDites 5.300 V 8.950 —

( Syriens unis (inelkites, etc.). . 3.500 )

Syriens orthodoxes 2.8S9 —

Protestants 180 —

Israélites 600 —

Total . . . 24.619 hab.

Chef-lieu. — Saïda, chef-lieu du caza de même uom, est la résidence officielle du caimakam, sous-gouverneur; le siège de deux évêques grecs, Tun uni et l'autre orthodoxe, et d'un évêque maronite, d'un tribunal de première instance au civil el au criminel, appliquant , selon les cas, le béddièt ou droit moderne el le chèr'i ou droit musulman ; d'une municipalité, de sous-directious de la douane, de la dette publique et de la régie des tabacs, d'une agence postale et station télégraphique de service intérieur, c'est-à-dire à correspondance exclusivement turque ou arabe; etc. Saïda est située par 33* 2' de longitude et 33* 34' de latitude, à 60 m. d'altitude moyenne, sur la pente nord-ouest d'un petit promontoire qui s'incline doucement vers lamer, à peu près à égale distance de Beyrouth, l'ancienne Béryte, et de Sour, l'ancienne Tyr, soit environ à 45 kilom. au sud de la première el à 45 kilom. au nord de la seconde.

Popiilatioii du chef-lieu. — La population de la ville de Saïda, comprise dans le chiffre de la population du caza. est de 11.330 habitants, comme suit :

M«.«lm.n,. . . . j Sl'^^I^.U^.ii, ; : : : : ''liiS j S.OOOhab.

( LaUns 130 )

OaUioUqaes . . . ] Marooiles 500 V 2.450 —

( Syriens uois 1.500 )

Syrien! orthodozes 100 —

FrotwtanU 180 —

IsraéUtcB 600 —

Total . . . 11.330 bab.

Saïda occupe l'emplacement de Sidon,lapIus illustre, avec Tyr, des villes de l'antique Phénicie. Il est généralement admis qu'elle fut fondée par les Tyriens, alors qu'ils habitaient encore Palœtyr, située sur le continent, el qu'à leur tour les Sidoniens fondèrent, un an avant la prise de Troie, la nouvelle Tyr qui était située sur une île voisine. Le nom de Sidon était en phénicien el en hébreu Tsidôn, mot qui signifie « la pêche » dans ces deux langues. La Bible y ajoute presque toujours Fépithèle de « grande » : Tsidôn rabbâh. Ce fut une des sept villes du pays des Chananéens, c'esl-a-dire des basses terres, que les Hébreux

ne purent soumeltre. Homère dit des Sidoniens « qu'ils sont habiles en toutes choses «.Leur commerce et leur industrie leur avaient acquis d'immenses richesses, et leur empire colonial s'étendait, dit-on, bien loin au delà de la Méditerranée, jusque dans l'Atlantique et TOcéan Indien. Sidon fut soumise pour la première fois en 840 av. J.-C. par le roi d'Assyrie Salmanasar III. Elle obéit ensuite aux rois de Ghaldée, puis à Alexandre et aux Séleucides qui lui avaient laissé une sorte d'autonomie qu'elle conserva après la conquête romaine, depuis l'an 64 jusqu'à l'an 18 av. J.-C. et fut alors placée par Auguste sous l'autorité d'Hérode.

Au moment où les musulmans s'en emparèrent, sous le khalife Omar, en 740 de notre ère, Sidon faisait partie de l'Empire byzantin. A l'époque des Croisades, elle fut conquise par Baudouin, roi de Jérusalem, se rendit sans résistance au sultan Saladin en 1187, fut reprise parles Croisés et fortifiée par saint Louis en 1253, puis achetée par les Templiers et reconquise définitivement peu de temps après, en 1 291 , par les musulmans. Elle appartient à l'Empire ottoman depuis le règne de Sélim I*' qui s'en rendit maître enl517. Fakhr ed-Din, émir des Druzes, y avait fait bâtir un superbe palais, de beaux han pour les marchands, des bains (^«w/wa/n), des mosquées, et l'avait choisie pour une de ses résidences favorites. Le commerce de la soie y fit alors affluer de grandes richesses. Saïda était redevenue l'un des principaux ports de Damas et n'avait pas perdu cette nouvelle importance après la mort de l'émir druze, lorsque, en 1798, les exigences de la guerre forcèrent Djezzar-Pacha à expulser les Français établis dans cette ville. Celte mesure eut pour conséquence d'enlever au port de Saïda tout son mouvement commercial qui, à la reprise des affaires, alla grossir celui du port de Beyrouth, où les consuls fixèrent leur résidence.

Depuis lors, le port de Saïda, presque entièrement ensablé, n'est guère fréquenté que par de petits voiliers et quelques bateaux des compagnies ottomanes.

Ecoles. — Les écoles du caza de Saïda sont au nombre

total de 126, dont 5 secondaires et 121 primaires, fréquentées par 2.400 élèves dont 1.693 garçons et 717 filles, comoie suit :

iCOLlS ÉLBWt

2 lycées (garçons), 13) élèves

Mosalmaiis 1 peasioooat (filles), 40 — ^11 350

8 écoles primaires (garçons), 180 élèves

! Jésuites : 94 écoles primaires (garçons), 1.005 élèves . — 4 — (filles), 300 —

Sœurs Saint-Joseph, 9 écoles primaires (filles), 277 élève &[ ,,, . .,.. Père8deTerre.Salnte,2 — (garçons), 88 - f *** *-800

Syriens unis, 1 — — 80 —

Syriens ortbodozes 1 40

•D < 4. A S ^ collège (garçons), 100 élèves ) . .^

^'ot«*»«»««l 1 pensionnat (filles), 100 - (2 200

Inraélites 1 20

Total. . 126 2.410

Les écoles delà communauté musulmane^ à Saïda, consistent en 2 lycées de garçons et 1 école de jeunes filles, fondés et entretenus par les soins du ministère de l'Instruction publique, et en 8 écoles primaires de garçons, annexes de mosquées, et relevant en conséquence du ministre du Culte ou ché'ikh ul-islam. L'enseignement secondaire ne diffère en rien de celui des établissements scolaires de même degré de Constantinople, à l'exception de l'importance plus grande donnée à l'arabe, langue du pays. Tous les élèves des deux lycées sont internes, et toutes celles de l'école déjeunes filles sont externes. Dans cette dernière, outre les études classiques, on enseigne aux jeunes filles les ouvrages manuels et les arts d'agrément. L'enseignement des écoles, annexes de mosquées, comporte seulement les langues arabe et turque et la récilatidh du Qoran.

A Saïda et dans les principales localités du caza, les 94 écoles primaires de garçons, dirigées par le R. P. Angelil delaa Société de Jésus », sont toutes absolument gratuites, ainsi que les 4 asiles dirigés par la sœur Gerlrude. Le programme est le même que celui des écoles primaires de France, plus les langues arabe et turque. Il est appliqué, dans les écoles de garçons, par 40 professeurs et, dans celles de filles, par 5 maîtresses, qui enseignent en outre à leurs élèves les ouvrages manuels.

Dans les 9 écoles primaires des « Sœurs de Saint-Joseph de TApparilion », le même enseignement est donné par 9 sœurs, sous la direction de leur supérieure, sœur Marie-Xavier, à 44 internes et 218 externes gratuites, et à 15 externes payantes. Les langues obligatoires sont également le français, l'arabe et le turc.

Les écoles primaires des Maroniles et des Grecs unis sont enlièrement gratuites et régulièrement inspectées par des religieux latins. On y enseigne les mêmes matières et les mêmes langues ; mais dans les deux écoles primaires des Pères de Terre- Sainte, l'enseignement de l'italien y est ajouté.

La communauté grecque orthodoxe de ce cazaet des districts voisins a fondé et entrelient son école de Saïda par les mêmes moyens qu'elle emploie partout en Turquie.

Au collège et au pensionnat des protestants, sous la direction et par les soins de la « Mission presbytérienne américaine » , un bon enseignement secondaire est donné en anglais, en français et en arabe, à 100 élèves internes dont 50 garçons et autant de jeunes rilles,et à 1 20 élèves externes dont 70 garçons et 50 jeunes filles. Celles-ci sont exercées aux travaux manuels et aux arts d'agrément. Quant à l'école israélite, c'est une simple annexe de la synagogue, où l'enseignement se borne aux éléments de l'hébreu et de l'arabe, et à la lecture du Talmudy avec un peu de calcul.

, etc. — On compte à Saïda : 8 mosquées à minarets et de nombreuses zanuyè^ petites chapelles musulmanes sans minarets; 4 églises catholiques, dont 2 latines, l'une aux Jésuites, l'autre aux Franciscains, une à la communauté maronite et une aux Grecs unis; une église grecque orthodoxe, un temple prolestant, une synagogue; 7 cimetières, dont 2 musulmans, l'un aux sunnites (orthodoxes) et l'autre aux chiites (metcouâli,etc.), et chacun des 5 autres respectivement aux communautés latines, maronite, grecque unie, grecque orthodoxe et israôhte; 5 bains publics [hammam) très beaux, parmi lesquels il faut ciierlQ //ammcnn el-c//ê(/i(i (\e nouveau bain), construit par

Témir druze Fakhr ed-Din et remarquable par ses mosaïques 1res bien conservées; 6 kan ou hôtelleries, dont Tun, nommé han fransaoui (le han français), est l'ouvrage du célèbre émir de la famille Maân, auquel Saïda doit la construction d'un certain nombre d'édifices. On peut citer, dans les jardins de Saïda, la propriété de M. Chibli Abèla, oh le tombeau de Tabnif, ancien roi de Sidon, celui dit d' « Alexandre », elles autres merveilles artistiques et archéologiques découvertes par S. E. Hamdy-Bey ont été admirées pour la première fois avant d'aller à ConstaU' linople enrichir le musée impérial ottoman.

Nous croyons que nos lecteurs nous sauront gré de placer ici quelques détails historiques sur le « han français* » de Saïda, que nous venons de citer :

Vers la fin du xvi**- siècle, les Français établis à Saïda obtinrent la propriété et la jouissance exclusive pour eux et leurs descendants, en tant que « Nation Française », d'un vaste bâtiment situé dans cette ville, construit en 1590 par le fameux ^mzr Fakhr ed-Din, chef des Druzes, né en 1563, mort en 1633.

Cet édifice prit dès lors le nom de « han français », ainsi qu'on le désigne encore aujourd'hui. La superficie de cette propriété était d'environ 5.000 m. carrés; elle était divisée en

1. Le /tanouA/tân, en Orient, esluneespèced'hôtellerieoùs^abritent, surles grandes roules de TAsie-Mineure, les caravanes et les voyageurs. — C'est en général un grand bâtiment, de forme rectangulaire ou carrée, entourant uue vaste cour dont le centre est généralement occupé par une fontaine. — Ces établissements sont souvent situés en rase campagne ou en pleine montagne ou Forêt, loin de toute habitation. Au rez-de-chaussée sont les écuries et les remises, où les chameliers, muletiers, palefreniers, etc., couchent à côté de leurs bêtes. Au premier, se trouve une galerie couverte faisant le tour intérieur du bâtiment, sur laquelle donnent des chambres ou cellules qui ne présentent que quatre murs nus, blanchis à la chaux, et une espèce rie cheminée. C'est dans ces chambres que les voyageurs, les pèlerins, les marchands, etc., dorment, font eux-mêmes leur cuisine, et où ces derniers, au besoin, déballent et vendent leurs marchandises.

Dans les villes, le han est à peu près dans les mêmes conditions ; seulement le rez-de-chaussée est généralement occupé, en dehors et en dedans, par des boutiques où Ton vend des marchandises do toutes sortes, en gros et en détail, et par de petites industries; les étages contiennent les comptoirs et les bureaux des banquiers, négociants en gros, administrations diverses, etc.

trois parties dislincles : l^" la a maison ou hôtel consulaire »; 2* le « grand han » ; 3* le « petit han » .

Deux grandes portes doublées de fer, Tune au nord, Taufre au sud du « grand han », donnaient accès aux différents bâtiments qui constituaient cette propriété. Celle du nord regardait la mer, la seconde s'ouvrait sur un terrain vague dépendant du « grand han » et s'éiendant jusqu'à la place du Serai (Hôtel du Gouvernement).

La (( maison consulaire » avait en outre deux entrées particulières sur les bazars, Tune desservant par un escaher le premier étage, Taulre conduisant par un passage voûté à la cour du rez-de-chaussée.

La «maison consulaire », qui comprenait diverses chambres, écuries, communs, cours et chapelle, était affectée au logement du représentant du roi dans les échelles de Saïda, Tripoli, Beyrouth, S'-Jean d'Acre et dépendances.

La dénomination de « grand han » s'appliquait à un vaste bâtiment rectangulaire avec cour intérieure, sur laquelle s'ouvraient, par une galerie circulaire courant au rez-de-chaussée et à l'étage supérieur, les magasins et les appartements des négociants français. Ce rez-de-chaussée était composé de pièces voûtées, séparées les unes des autres, ayant chacune leur porte sous la galerie, et qui servaient de magasins, d'entrepôts et de comptoirs aux négociants.

Lepremierétageétail divisé en appartements indépendants les unsdes autres, et vulgairement appelés « maisons», où logeaient les négociants, leurs commis et plusieurs petits industriels.

Les logements de deux ou trois pièces étaient occupés par différents religieux (Jésuites, Lazaristes, Capucins, Franciscains, etc.), et les locaux où habitaient ces petites communautés, composées quelquefois d'un seul représentant de l'ordre, prenaient la dénomination pompeuse de « couvents ».

Le « petit han » était un rez-de-chaussée que la différence des niveaux des côtés sud mettait de plain-pied, ou à peu près, avec le premier étage des autres constructions.

Cette bâtisse enserrait l'angle sud-ouest du « grand han ». La

partie immédiatement attenante à la <( maison consulaire » était occupée par le tribunal, la chancellerie, la prison et Thospice ou hôpital; le reste avait la même destination que les locaux du « grand han » .

La « maison consulaire » et les deux « han » possédaient chacun leurs puits. Le « grand han » avait en plus un four banal et un bain.

Un vaste souterrain, appelé bèkkè, dont la porte se trouvait dans le « grand han », s'étendait sous la « maison consulaire » et le <c petit han ».

Ces trois bâtiments communiquaient entre eux par deux couloirs situés au premier étage et s'ouvrant sur les deux côtés de Tangle sud-ouest du « grand han » .

Complètement isolé et protégé par d'épaisses murailles, le « han des Francs » devenait ainsi une sorte de forteresse oîi s'enfermaient , en temps de troubles et d'épidémies , les européens protégés par la bannière de France; car, jusqu'au siècle dernier, la France seule avait à Saïda, de par ses traités, un établissement reconnu par la Sublime-Porte, et les européens, à quelque religion ou nationalité qu'ils appartinssent, avaient recours aux bons offices du représentant de la France et ne pouvaient séjourner dans ce pays avec sécurité pour leur personne et leurs biens qu'autant qu'ils étaient reconnus « protégés du roi de France » .

Vers la fin du xviii« siècle, l'état de la colonie du « han français » était assez prospère, et le chiflTre de ses affaires s'élevait annuellement à environ 2.000.000 de fr.

En 1784, le célèbre Ahmed el-Djézzâr, qui devait, quelques années plus tard, tenir tête au général Bonaparte, à S*-Jean d'Acre, avec l'aide de l'amiral anglais Sydney Smith et de l'émigré français Le Phélippeaux, recul du sultan le pachalik de S»-Jean d'Acre. Les vexations de toutes sortes commencèrent pour les négociants français et autres, et, en 1790, un différend étant survenu entre le pacha et le consul de France, les Français, craignant les terribles représailles du pacha, se hâtèrent de fuir en abandonnant tous leurs biens.

En 1 7Ô8, àla nouvelle du débarquement du général Bonaparte en Egypte, Djézzâr- Pacha donna Tordre à son lieutenant Suléïmân, alors gouverneur de Saïda, de s'emparer du « han français », qui fui livré au pillage. Suléïmân, ayant établi sa résidence dans la « maison consulaire », transforma le « han français » en caserne où logèrent, dit-on, les 4.000 hommes de troupes destinées à repousser Farmée française qui venait de mettre le siège devant S'-Jean d'Acre. Sur ces entrefaites, un incendie, dû à la maladresse d'un soldat de la garnison, menaça de détruire le « han français » tout entier. La partie sud-ouest fut surtout endommagée.

Peu de temps après, l'empereur Napoléon, ayant renoué des relations avec Sultan Sélim par le traité de Paris du 24 juin 1802, envoya à Saïda le chevalier Taitbout de Marigny qui ne put cependant se faire restituer le « han français ». Ce ne fut qu'en 1809 que remise en fut faite au chevalier de Ruffin, cousul général de France. Mais cette remise fut incomplète, et plusieurs des anciens émigrés, revenus en 1804, en profilèrent pour s'approprier certaines parties du « han français », entre autres le « petit han » et le terrain vague qui bornait la propriété au sud.

Le « han français » eut encore fort à souflfrir du tremblement de terre de 4837 et du bombardement de 1840.

En 1889, celle propriété, encore fort belle, malgré les divers empiétements que nous venons d'indiquer, menaçait de tomber en ruines. Le gouvernement français envoya à cette époque un agent qui fut chargé de reconnaître l'état du bâtiment et d'indiquer les réparations urgentes à y faire, et en 1891 la Chambre des députés vota un crédit important destiné à la restauration de l'édifice. Cette mission fut confiée à M. Carlier, vice-consul de France, qui avait été déjà chargé des éludes préliminaires, et les travaux de restauration, exécutés sous l'habile direction de M. 0. Carré, architecte délégué ad hoc par le gouvernement français, furent terminés vers la fin de 1893.

Parmi les édifices antérieurs aux émirs druzes, on remarque dans le château-fort de la ville de Saïda une tour bâtie par saint Louis et qui porte son nom. Une autre tour de la même

époque se voit dans une petite île nommée, QalcHat el-Bahr^ dont l'ensemble de fortifications en ruines passe pour remonter jusqu'aux anciens Sidoniens.

La ville de Saïda tire son approvisionnement d'eau du nahr el-Aouèlèh^ ancien fleuve Boslrenus, au moyen d'une conduite souterraine, ouvrage de l'antiquité. Cette conduite fournit directement 80 maisons, bains et mosquées, et se partage ensuite en 92 branches ou mâsoùra (mesure hydraulique) pour l'alimentation de tous les quartiers. 11 existe aussi des fontaines et des puits publics hors la ville.

On ne connaît qu'un moulin à Saïda, mais on en compte 30 tout le long du nahr ez-Zaharâni^ qui coule à peu de dislance au sud de la ville. Toute l'industrie de Saïda, si célèbre et si riche autrefois par sa pourpre et ses verreries, consiste aujourd'hui dans ces 31 moulins à farine, 3 savonneries et 2 filatures de soie. 11 y a 4 pharmacies et 10 boulangeries à Saïda.

Le port sud de Saïda est bordé d'une falaise disparaissant sous les débris de murex (coquillages) dont se sont servis les Phéniciens pour en retirer la pourpre.

Mouvement maritime du port de Saïda. — Nous avons vu, page 49, que le mouvement maritime du port de Saïda était représenté, en 1894, par 891 navires, jaugeant 43.987 tonneaux. Le tableau ci-après montre la part afférente aux pavillons qui ont contribué à ce mouvement :

PAVlLLONS^

ADglaii. .

Hellène.

Ottoman.

Samien.

NOMBRE DES NAVIRES

VAPBURS

Totaux. ..

V0IL1KR9

TOTAL

VAPBURS

TONNAGE

VOILIERS

TOTAL

Production agricole. — La production agricole du caza de Saïda est comprise dans celle du merkez-sandjak de Beyrouth (voir le tableau page 64); elle consiste surtout en céréales, blé, orge et maïs, et en fèves, pois, lentilles, lupins, coton, tabac, soie, olives et oranges.

Les principales exportations de ce caza sont estimées en moyenne annuelle comme suit :

Blé 6.160 tonnes

Orge 3.130 —

Lupin 524 —

Il exporte aussi des oranges et citrons pour Odessa, Constantinople et les îles Ioniennes; des cocons pour la France, des fruits frais de toute espèce pour l'Egypte et Constanlinople, et de l'huile d'olive pour l'Egypte. Ses importations, à l'exception du cuir, du riz et des dattes qui lui arrivent directement de l'Egypte, et du pétrole qui lui vient de Batoum, sont introduites par le port de Beyrouth.

Bestiaux. — On estime la production annuelle de l'élève des bestiaux dans le caza de Saïda, en moyenne, conime suit :

NOMBRE DE TÊTES

Bœufs et vaches 950

Buffles 25

Chevaux 200

Anes et mulets 1.500

Moutons 15.000

Chèvres 45.000

Chameaux 75

Total . . . 62.750 têtes.

Le produit annuel de la taxe des buffles, moulons, chèvres et chameaux, est de 211,000 piastres, soit env. 48.530 fr. Les autres animaux en sont exempts.

Mines. — Il n'y a rien à ajouter ici à ce qui a été dit plus haut, page 26, au sujet des mines de fer, de cuivre et des gisements très importants de lignite du caza de Saïda.

Localités remarquables. — Plusieurs localités du caza de Saïda méritent d'être citées. L'une des plus remarquables est Djéba A chef-lieu du nahié de môme nom, petite ville surnommée eUhalouèh (la douce, la savoureuse) à cause de la grande fertilité de ses vergers et de lexcellent goût de leurs fruits, surtout des coings et des prunes spécialement renommés, et pour la distinguer d'une autre Djébâ'a située dans le mutéssariflik du Liban. Djébâ'a el-halouëh jouit d'un climat des plus sains et d'un site magnifique. La population du nahié est d'environ 3.000 habitants, en partie moutéouâli.

On signale aussi Nabatiyèh, bourg assez considérable, oîi se tient chaque dimanche un marché important, fréquenté par une grande foule d'habitants de tous les districts voisins.

Mezar, autre bourg situé entre les nahiés de Chéqifetde Choumar, est remarquable par ses belles plantations d'oliviers, de mûriers et de figuiers.

Le nahié de Chéqif bêlêd êchchéqif produit du tabac estimé, et celui de Choumar est renommé pour la qualité supérieure des céréales de Teffah et les belles vignes de Rihân et de Bâbliyèh qui font partie de ses dépendances.

A Makhdouchèh, village grec uni situé à 6 kil. au sud de Saïda, se trouvent de nombreux fours à chaux qui fournissent à la consommation de presque toute la région environnante. Il y existe une chapelle dédiée à la Sainte Vierge et désignée par les Arabes sous le nom de Saïdèt el-Manthara. Chaque année, le 8 septembre, jour de la Nativité, une multitude innombrable de chrétiens de tous les rites, de musulmans, de druzes, d'ansariyè, etc., accourt des localités les plus voisines comme les plus lointaines, pour implorer la Vierge de Makhdouchèh, célèbre par ses miracles.

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