‹ Syrie, Liban et Palestine, géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnéeChapitre 64 sur 190 · GAZAS DU SANDJAK DE LATAQIYÊH · texte numérisé non relu

GAZAS DU SANDJAK DE LATAQIYÊH

MERKEZ-CAZA DE LATAQIYÊH

Orientation ; Limites* — Le merkez-caza de Lataqiyèh est silué au nord-ouest du sandjak de même nom et du vilayet de Beyrouth. II est limité : au nord, par le vilayet d'Alep ; à Test, par le caza de Sahioun; au sud, par le caza de Djèbèlèh, et, à Touest, par la mer Méditerranée.

administrative. — II est divisé administrativement en 5 nahiés, qui sont : Lndiqiyèh (Lataqiyèh), Sâhil^ Bèhlouliyèh, Bâir et Boudjaq. II comprend 172 villes, villages et hameaux.

Population du caza. — Sa population totale est de 38.684 hab., comme suit :

Latins 300

Maronites 1.800

Syriens orthodoxes 7.415

Arméniens grégoriens 1.600

Protestants 300

Ansariyè 8.269

Total. . . . 38.684 hab.

Chef-lieu. — Lataqiyèh, chef-lieu du sandjak, du merkezcaza et du nahié de même nom, résidence du mutesmnf^ gouverneur du sandjak; el des autres autorités; centre des divers services administratifs, siège de l'évêque grec orthodoxe de Laodicée, des tribunaux de droit moderne et de droit musulman, civils et criminels, de la direction des douanes, des agences de la dette publique et de la régie coïntéressée des tabacs; station postale et télégraphique de service international (langues turque et française); quartier du détachement de gendarmerie qui fait le service de Tordre public du sandjak, etc., etc. ; est située au pied de collines offrant d'agréables points de vue dans leur développement en ligne courbe de l'est à l'ouest, à partir de la citadelle (Qala'a) jusqu'à Abou Dardar et Tabiyè, adjacentes à. la mer. En se dirigeant de cette ville vers le sud-est, il y a entre Tabiyè et Djèbèlèh environ 30 kil. de distance, et à peu près autant de Djèbèlèh à Baniâs et à Marqab, situées plus au sud. La distance est encore à peu près la même de Lataqiyèh à Qala'at-Sahioun^ située au nord-est de ce chef-lieu de sandjak. Les moukres ou conducteurs de caravanes, de mulets et de chameaux; comptent 24 heures entre Lataqiyèh et Hamah, par Baniâs, tandis que par la route en cours de construction, qui franchit le Djèbèl Ansariyè, le trajet ne sera plus que d'environ 16 heures. Cette même route diminuera aussi la durée du trajet de Lataqiyèh à Homs, effectué également par Baniâs en ce moment, et pour lequel les moukres comptent 34 heures. Le parcours total de Lataqiyèh, Hamah el Homs, sera d'environ 160 kil., soit 29 heures de route.

du chef-lieu. — La population actuelle de la ville de Lataqiyèh, comprise dans le chiffre de celle du merkez-caza, est de 22.000 hab., comme suit :

Musulmans sunnites 12.000 hab.

Latins 300

Maronites 1.200

Syriens orthodoxes 6.600

Arméniens grégoriens. . . . 1.600

Protestants 300

Total . . 22.000 hab

Ecoles. — On compte dans la ville et le merkez-caza de Lataqiyèh 226 écoles, dont 7 supérieures, 9 secondaires et 210 primaires, fréquentées par 4,255 élèves, dont 3.615 garçons et 640 filles, comme suit :

KCrtLES ÉLÈVES

( 7 médressés (droit et théologie) 7 70

Musulmans . . ] 2 lycées, dont 1 de filles 2 300

( 187 annexes de mosquées 187 1.800

(. Pères de Terre-Sainte : 2 écoles primaires,

L,*:-g ) dont 1 de filles 2 120

/ Frères de la Doctrine chrétienne : 1 école

^ primaire 1 80

n — ^wK/.H^^i.-J * gymnase (à Tévôché) 1 80

Grecs orthodoxes^ 7 Icoles primaires, dont 2 de filles 7 570

Arméniens gré- \ a collèges, dont 1 de filles 3 180

goriens \ u écoles primaires, dont 2 de filles 5 350

( 3 collèges, dont 1 de filles 3 403

Protestants . . ^ 8 écoles primaires (villages ansariyè) ... 8 300

Total. . . "226 4.225

Il y a dans la ville de Lataqiyèh 1 1 grandes mosquées à minarets et un certain nombre de chapelles musulmanes. Les 7 médressés précités ne sont pas des édifices spéciaux. Ces facultés de droit et de théologie tiennent leurs cours dans les mosquées, comme il est d'usage en un grand nombre de villes dotées pourtant de médressés magnifiques où logent de nombreux étudiants, même à Brousse et à Gonstantinople« Les églises sont au nombre de 8, dont 5 aux grecs orthodoxes, outre leur évêché où réside l'évêque de Laodicée, 1 aux latins, 1 aux maronites et 1 aux arméniens grégoriens. Les protestants ont aussi un temple.

L'aspect général de la ville, reliée par de récentes constructions à l'ancien port de Séleucus, est très pittoresque. Les mos-

quées et les églises dressent au-dessus des maisons en pierre grise leurs clochers et leurs minarets blancs se détachant harmonieusement sur la verdure pâle des champs d'oliviers qui forment, autour des vieilles murailles sarrasines et franqucs, comme une seconde et large ceinture. Deux châteaux ruinés, datant du temps des croisades et sur Tun desquels est posé le phare, dominent l'entrée du port, non sans Tencombrer quelque peu; mais ce port, si arlislement creusé jadis, si richement décoré, est d'ailleurs en grande partie ensablé, et les splendides colonnes corinthiennes qui Tornaient ne supportent plus aucun des anciens ouvrages.

Le nah7' el-Kébir, qui a son embouchure à 2 kil. environ au nord de la ville, ne pourrait lui fournir ses eaux qu'au moyen de machines élévatoircs, car leur niveau est considérablement inférieur à l'altitude de la ville. Privés de cette source d'alimentation si proche d'eux, les habitants sont réduits à creuser des puits dont l'eau, fort heureusement potable et même très agréable, a de plus le mérite, généralement apprécié, d'être fraîche durant l'été. Certains de ces puits, très profonds, servent même à rafraîchir l'eau qu'on y descend, conservée dans des jarres, de telle sorte que l'usage de la glace est inconnu dans cette ville.

Une carrière située à 4 kil. fournit la pierre dure appelée datour du nom de la localité même. C'est avec cette pierre que l'on construit la plupart des maisons, de préférence au grès nommé ramlè (sable), très commun près de la mer et bien plus facile à extraire, car les pentes de Datour, fort escarpées, rendent les transports très pénibles.

La fondation de Lataqiyèh remonte aux temps les plus reculés ; son plus ancien nom connu est Ramttha, Cette ville était indépendante de la Phénicie. Elle passe pour avoir été fondée par Séleucus Nicator (31 2-280), parce que le fondateur de la dynastie des Séleucides en Syrie la reconstruisit, l'enrichit de nombreux monuments, fit creuser et orna magnifiquement son port, la dota de hauts privilèges et l'appela Laorf/c^e, du nom de sa mère Laodice. Très florissante sous les Séleucides, elle eut beaucoup

à souffrir au début de la domination romaine ; mais bientôt elle jouit d'une nouvelle el plus grande prospérité, due surtout à ses vins renommés. Sous l'empereur Héraclius, les troupes du khalife Omar, commandées par Yézid, s'en emparèrent sans coup férir en l'an 18 de Tbég, (637 de J.-C). Les croisés normands et provençaux, sous la conduite de Bohémond, prince de Tarente, el de Raymond, comte de Toulouse, la prirent aux musulmans en 1099. Le sultan Salah ed-Din (Saladin) la reprit aux croisés lors de la chute du royaume de Jérusalem, en 1 187, et elle resta au pouvoir des sultans d'Egypte jusqu'en 1517, date de la conquête de toutes leurs possessions par Séliml". — Lataqiyèh n'a pas cessé dès lors d'appartenir à l'empire ottoman.

Production agricole. — Les principales cultures du merkez-caza sont l'olivier, le mûrier, la vigne et les céréales, le coton, le tabac, etc. (voir le tableau, page 151).

Bétail. — Le produit de l'élevage dans le merkez-caza de Lataqiyèh est, en moyenne, de 47.718 têtes, comme suit :

TÊTES DE BÉTAIL

Bœufs et vaches 1 .000

Buffles 40

Chevaux 605

Anes et mulets i.OOO

Moutons 9.003

* Chèvres 36.000

Chameaux 70

Total. . . 47.718 tètes

Le revenu moyen des taxes perçues sur les buffles, moutons, chèvres et chameaux, s'élève à 158.415 piastres, soit environ 36.435 fr. par an.

Port; Commerce; Phare. — On trouve plus haut,

page 156, le mouvement maritime et commercial du port de Lalaqiyèh et la situation du phare.

Consulats. — Les puissances représôntées à Lalaqiyèh par des consuls sont : TAllemagne, l'Amérique, F Angle terre, TAutriche-Hongrie, le Danemark, FEspagne, la France, la Grèce, la Hollande, l'Italie, la Perse et la Russie. La France seule est représentée par un consul de carrière.

Antiquités, etc. — Â Lalaqiyèh même, au nord et à l'est de la ville, on rencontre de nombreux restes d'antiquités, notamment des tombeaux et des chambres sépulcrales creusées dans le roc. Des colonnes corinthiennes sont encore debout, çà et là, dans les divers quartiers, mais les plus remarquables par leur élégance et la délicate sculpture de leurs chapiteaux sont celles dont le port était orné du temps des Séleucides, et qui gisent aujourd'hui éparses, à demi ensevelies dans le sable.

On trouve souvent, en creusant des fondations ou même en cultivant les jardins, des statues de marbre mutilées d'anciens rois et de reines de l'époque grecque. Une ancienne église byzantine, convertie en mosquée, garde encore des traces de peintures murales où l'on reconnaît des figures de saints. A l'extérieur, ses murs sont ornés de sculptures représentant des casques et des boucliers romains, faisant présumer que cet édifice était, lors de sa fondation, un monument triomphal. Aucune inscription n'indique la date de sa construction.

De nombreuses ruines d'églises et de monastères ajoutent un intérêt historique aux sites charmants des monts Ansariyè, jadis presque exclusivement peuplés de chrétiens.

GAZA DE DJEBELEH

Orientation; Limites. — Le caza de Djèbèlèh est situé

au centre du sandjak de Lalaqiyèh. Il est limité : au nord, par les cazas de Lataqiyèh et de Sahioun ; à Test, parle vilayet de Syrie ; au sud, par le cazade Marqab, et, à Touest, parla mer Méditerranée.

Division administrative. — Il est divisé administrativement en quatre nahiés, qui sont: Sétnisndn^ Nébi-Ali^ Sèmti Oibli et Mahnouakam, On y compte 247 bourgs, villages et hameaux.

Population. — Sa population totale est de 26.959 hab.,

Maronites 800

Syriens orthodoxes 2.000

Ansarîyè 11.159

Total. . 26.959 hab.

Chef-lieu. — Djèbèlèh, chef-lieu du caza de même nom, résidence du caïmakam, sous-gouverneur, station postale et télégraphique de service intérieur (correspondance en langue turque), agence des administrations de la dette publique et de la régie coïntéressée des tabacs, etc., etc., est située sur la mer Méditerranée, à 30 kil. sud-est de Lataqiyèh et à 25 kil. nord de Marqab.

Sa population, comprise dans le chiffre de celle du caza, est de 3.000 hab., tous musulmans sunnites.

Ecoles. — On compte à Djèbèlèh et dans le caza 310 écoles primaires, dont 260 dans les villages maronites, grecs orthodoxes et ansariyè; ces dernières sont de création toute récente et fondées par l'État pour satisfaire à la demande des habitants idolâtres.

Djèbèlèh est l'antique Gabala où se trouvait un temple du Soleil très fameux, dans lequel le jeune empereur Bassianus, qui prit

de là son nom d'Elagabal (dieu de la montagne du Soleil), fit les fonctions de grand pontife. Les Arabes, sous la conduite de RaB^Tun des généraux d'Abou Obéïdah, généralissime dukhalife Omar en Judée et en Phénicie, s'en emparèrent en 639. D'après le géographe arabe Yaqout, les Byzantins la leur reprirent en 969, mais elle retomba au pouvoir des musulmans en 1081. Bohémond, prince de Tarente, et Raymond IV, comte de Toulouse, entrèrent en 1099 dans cette ville, alors nommée ZibèL Les croisés s'y établirent, et elle devint le siège d'un évêché latin. Raymond de Poitiers, prince d'Anlioche, céda Zibèl aux chevaliers hospitaliers, sur lesquels le sultan éyyoubile Salah ed-Din (Saladin) la conquit en 1187. Enfin, en 1517, lors de la conquête de l'Egypte et de toutes ses possessions asiatiques par le sultan Sélim P% Djèbèlèh fit partie des nouveaux territoires de l'empire ottoman et n'a pas cessé dès lors de lui appartenir.

Le petit port ou plutôt la crique pittoresque de Djèbèlèh, protégée contre les ensablements et l'action des vents du large par des digues, oflFre un sûr abri aux embarcations légères, si bien nommées qerlanghetch (hirondelles) dans la langue du pays. On y voit toujours un certain nombre de ces élégantes barques occupées au chargement ou déchargement de marchandises locales. Sur le rivage, on rencontre des colonnes de granit assez belles, et l'on peut voir près de là des grottes sépulcrales et d'anciennes chapelles chrétiennes creusées dans le roc. On pénètre dans la ville par deux portes, l'une au nord et l'autre au sud, restes des murailles de l'ancienne forteresse byzantine détruite par les Arabes. Djèbèlèh n'a que deux mosquées, dont l'une, très ancienne, renferme le mausolée de son fondateur, le sultan Ibrahim-Edhèm (mort en 161 de l'hég. =: 778 ap. J.-C), et ceux de plusieurs de ses vézirs. Ce monument se trouvait en complet état de vétusté en 1889; par ordre de S. M. le sultan Abd ul-Hamid, il a été restauré, ainsi que le bain [hammam) qui y est annexé à titre de fondation pieuse et l'ancien serai (palais) remarquable par son élégante architecture.

Le bain de la mosquée de Sultan Ibrahim est alimenté, ainsi que la ville, par les eaux de la source el-Fouar^ qui jaillit à

500 m. au nord, Iraverse la ville et la mosquée el va se perdre dans la mer.

Production agricole. — Autour de Djèbèlèh s'étend une vaste plaine ou sahel^ extrêmement fertile et bien cultivée, où la culture des céréales, du coton, alterne avec celle du figuier, de la vigne, du mûrier elles champs où croît ledjèbèli, tabac renommé qui rivalise avec les célèbres crus d'abou-rihaelde Lataqiyèh^ Ces florissantes cultures sont encadrées de gras pâturages où prospère l'élevage des bœufs, des moulons et des chèvres. L'olivier est spécialement cultivé à Gannari. Les villages situés danslamontagne,telsqueAïn-Charqiyè,Aïnèch-ChaqetDjourèl- Béit-Yachoû, jouissent d'un excellent climat, de sites agrestes el de belles vues; on y cultivait autrefois en abondance d'excellent tabac, mais aujourd'hui on s'y occupe surtout d'élever des chèvres ainsi que des abeilles qui donnent un miel très estimé. L'apiculture est également pratiquée avec succès dans la plaine ou « sahel » de Djèbèlèh.

Il existe dans ce cazaune autre plaine très fertile située entre deux petites rivières nommées nahr es-Sin el na/ir Kheisoun, entre lesquelles la distance est d'environ 11 kilom. Gel espace est appelé meïddn eUKhadra. Les Séleucides y avaient des haras. Du côté du nahr es-Sin^ vers l'orient et à sa source, se trouve un tombeau dit des « 40 martyrs » , lieu de pèlerinage fréquenté par de nombreux malades qui viennent y boire l'eau de la rivière pour se guérir. Il est rigoureusement interdit par les habitants du village ansariyè, nommé Djileisè, qui possède ce sanctuaire, d'y venir puiser de l'eau pour l'emporter.

De l'autre côté de la plaine, sur le nahr Kheisoun^ il y a 21 moulins. Les habitants du village de Kheisoun cultivent surtout le figuier, les pastèques, divers arbres fruitiers, et s'adonnent à l'élève des bestiaux.

Bien que cette situation agricole ail lieu de paraître assez salifaisante, presque tous les habitants de la ville de Djèbèlèh sont pauvres el exercent la profession de moukres (muletiers ou chamehers) de préférence à celle de cultivateurs. Il est vrai

que les terrains les plus fertiles des environs étant des vaqouf ou fondations pieuses, le ministère de Tèvqâf, qui administre ces fondations, en emploie le bénéfice à son propre profit.

Bestiaux. — On estime la production moyenne de l'élève des bestiaux, dans le cazade Djèbèlèh, à 47.712 têtes par an, comme suit :

TÊTES DE BÉTAIL

Bœufs et vaches 910

Buffles 15

Chevaux 500

Ânes et mulets 600

Moutons 4.802

Chèvres 40.800

Chameaux 85

Total. . . 47.712 têtes

La somme perçue en taxes sur les buffles^ moutons, chèvres et chameaux, s'élève à 160.607 piastres, soit env. 36.939 fr., par an.

CAZA DE MARQAB.

Orientation; Limites. — Le caza de Marqab est situé au sud du sandjak de Lataqiyèh. Il est limité au nord par le caza de Djèbèlèh ; à Test, par le vilayet de Syrie ; au sud, par le sandjak de Tripoli, et à Touest, par la mer Méditerranée.

Division administrative. — Il est divisé administrativemenl en o nahiés, qui sont : Marqab^ Qadmous et Gliaoudbi. Il contient 393 bourgs, villages et hameaux. Les nahiés sont administrés directement par le caïmakam (sous-gouverneur), à

l'exceplion de celui de Qadmous qui a un mtidir résidant dans un fort du nahié de Ghaouâbi.

Population du caza. — Sa population totale est de 39.671 hab., comme suit :

Musulmans sunnites 2.118 hab.

Maronites 1.200 »>

Syriens orthodoxes 232 »

Ansariyè 27.121 »

Ismaélites 9.000 »

Total. . . 39.671 hab.

Chef-lieu. — Qala^at eUMarqab^ fort d'observation situé à 300 m. d'altitude, est resté le chef-lieu nominal du caza de Marqab, mais la résidence effective du caïmakam, a été transférée en 1884 à Baniâs, village situé au pied de la colline où s'élève le château et au bord de la mer, sur l'emplacement de l'antique Dalanœa de Strabon.

Les circonstances locales assez singulières demandent quelques mots d'explication. L'ancienne résidence des autorités administratives était évidemment peu commode, tant pour ces autorités que pour les habitants du village de Marqab, bâti dans l'enceinte même du châleau-fort. Aussi, dès le transfert du qonaq ou Hôtel du Gouvernement à Baniâs, lieu désert alors, quelques maisons sont-elles venues s'y grouper à l'entour et former une sorte de petit bourg peu important ; mais la population ne s'y est point fixée. Elle n'y vient le matin que pour traiter quelques affaires commerciales et s'en retourne le soir, soit à Qala^at el-Marqab, soit à Besâtin, autre village à 5 kil. env. plus au sud. La durée du trajet est d'une heure et demie. Il faut le même temps pour monter du village de Baniâs jusqu'au fort que pour en descendre, car la colline est très escarpée.

Si l'on ne tenait compte que de la population fixe de Baniâs, qui est d'environ 350 hab. ou de celle de Marqab, son chef-lieu nominal) on n'aurait pas une idée approximative du chiffre

STATISTIQUE DESCRIPIIVE 171

total, du reste, bien faible, des habitants du chef-iieu actuel qui doit, pour être à peu près exact, comprendre la population civile fixe de Qala^at el-Marqab et la population flottante de Bani&s^ avec une partie de celle de Besâtin.

Ainsi combinée^ la population du chef-lieu actuel^ comprise dans le chiffre de celledu caza, n'est que d'environ 1.550 hab., comme suit :

iMusulmans sunnites ilStiab.

Syriens orthodoxes 232 »

Total. . . 1.550 hab.

Les maronites sont en majorité à Besàtiu et forment exclusivement la population de Dar es-Safra, autre gros village voisin, dont les habitants cultivent en grand Tolivier.

Ecoles. — Il y a une mosquée à Baniâs et une église maronite à Besâtin. Il n'existe autour du chef-lieu que 15 écoles, y compris le lycée fondé dans chaque centre d'administration par le ministère de l'Instruction publique ; mais les villages musulmans et ansariyè ont presque tous au moins une école^ ce qui porte le nombre total des établissements d'instruction publique à 200 environ, dont 1 secondaire, fréquentés par 2.060 élèves, comme suit :

KCOLKS éLÈVES

1 lycée à Baniàa l 70

14 écoles primdires autour des trois

MasiUinanB ansariyè. ^ centres da cheMieu 14 140

184 écoles primaires dans les villages musulmans et ansariyè. . . 184 1830

Maronites 1 école primaire à l'église de Besâtin. 1 20

Total ... 200 2.060

Le lycée de Baniâs et 7 écoles primaires sur les 1 4 du cheflieu, sont, ainsi que les écoles récemment fondées pour les Ansariyè, à la charge de TÉtat ; les frais des autres sont défrayés par les habitants.

Aiusi qu'il est dil page 170, Baniâs esl Fancienne Balanœa de Strabon, ville épiscopale. Un de ses évoques assista au Concile de Nicée en 325. Au moyen âge, elle avait encore assez d'importance; les Arabes rappelaient alors Boulounvas et les croisés lui avaient à peu près conservé son nom qu'ils écrivaient en français Walania, d'après la prononciation grecque, presque la même. Cette ville, située sur la rive droite de la petite rivière Valania^ qui; en ce temps-là, formait la limite entre le royaume de Jérusalem et la principauté d'Antioche, existe encore aujourd'hui, n'a plus aucun habitant, quoique dans une situation charmante. Le bourg actuel ne consiste qu'en 58 maisons bâties sur la plage autour du çonaç et environnées de jardins. La rade s'étend devant elles ; le fond est de sable et tout uni, exempt de récifs, de sorte que les bâtiments de gros tonnage pourraient s'approcher à moins d'un mille de la côte.

Cette rade n'est visitée que par des barques à voiles dites qerlanghetch ou hirondelles, sauf dans les cas extraordinaires où quelque bateau à vapeur vient, lors des exportations de céréales, y prendre un chargement de blé. Baniâs n'a pas même un qaïq de pêche.

Produits agricoles. — La généralité des productions du so] est semblable à celle des cazas voisins. On peut toutefois signaler les grandes cultures d'oliviers de Dar es-Safra; les champs d'oignons d'el-Besirèh, près d'une plage, qui donnent une récolte annuelle de 100.000 quintaux, et les récolles de tabacs et de soie, dont la première, d'après l'enregistrement de la régie, est de 25.000 kilos de feuilles; les meilleures sortes sont achetées par cette administration au prix dérisoire de 3 piastres [environ 69 centimes l'oke de 1282 gr.]; le reste est entreposé dans ses magasins. La récolte delà soie est évaluée à 40.000 okes(=51 .317 kilos) de cocons, vendue pour la plus forte partie aux négociants de Beyrouth pour l'exportation à l'étranger. Une minime quantité passe à Hamah pour les fabriques d'étoffes de soie.

Bestiaux. — On obtient de Télève des bestiaux, dans le caza de Marqab, une production moyenne estimée au chiffre total de 73.745 têtes par an, comme suit :

TÊTES DE BÉTAIL

Bœufs et vaches 2.500

Chevaux 700

Anes et mulets 500

Moutons 5.000

Chèvres 65.000

Chameaux 45

Total. . . 73.745 (êtes.

Le montant du produit des taxes sur les moulons, chèvres et chameaux, s'élève à 245.450 piastres, soit environ 56.453 fr. par an.

reinar(|uables. — Le nahié de Qadmous a pour chef-lieu le village de même nom où se trouve un fortin entretenu en très bon état par la population, entièrement composée d'ismaélites qui eu ont fail leur séjour préféré. Non loin, à dix minutes de distance du village de Mèrèdjé, se trouvent les ruinesd'une grande forteresse appelée Qala^at el'Qâf\ ces ruines abandonnées semblent dater du temps des croisades, ainsi qu'un châleau plus petit où le mudir^ directeur du nahié de Qadmous, s'est établi au chef-lieu même du nahié limitrophe de Ghaouâbi, administré directement par le caïmakam du caza de Marqab. On appelle ce château Qala^at el-Ghaouâbi.

On sait que les ismaélites, seuls habitants du nahié de Qadmous, au nombre d'environ 9.000, sont tout ce qui reste des dangereux sectaires nommés hachichin, bathéniens et mèlâhidè qui commencèrent à se faire connaître sous le règne d'el-Moqtadi bi-amn 'llâh (1074-1094 ap. J.-C). 27^ khalife abbâside de Bagdad. Leur fondateur résidait en Perse, dans les montagnes du Déïlèm, où, à l'aide des rêves délicieux provoqués par le « ha-

chîch », il entraînait ses disciples, les kaclûchin, à Tassassinat, en leur promettant, après la mort, un degré plus haut encore de félicité, s'ils succombaient en exécutant ses ordres. Une branche de ces sectaires passa en Syrie et s'établit dans les monts Ansariyè, sous un chef qui prit le nom de cheikh èl-Djébèl « Vieux de la Montagne ». 11 envoyait de là ses émissaires assassiner ceux qu'il avait condamnés, au milieu de leur cour ou sous leur tente entourés de leur armée. Les assassins de Perse furent exterminés en 1257 par Houlagou, petit-fils de Djènghiz-khân; et le sultan d'Egypte, Bibars, quelques années plus tard, anéantitlapuissancc du « Vieux de la iVlontagne »et massacra ses disciples. Quelques débris de cette population, échappés à la destruction, se sont fixés dans le nahié de Qadmous. Leur petit nombre et leur isolement permettent de les regarder comme à peu près inoffensifs, et, d'ailleurs, le bon exemple récent de leurs voisins les Ansariyè leur fera sans doute bientôt apprécier les avantages de la civilisation.

A 150 m. du rivage, au sud de Qala'at el-Marqab, se trouve une grotte nommée el-Basiyèh^ où, d'après une légende locale, la Vierge Marie a séjourné avec l'Enfant Jésus. C'est un lieu de pèlerinage très fréquenté par les habitants chrétiens de tous les rites, qui viennent en foule y vénérer son image à la fête de sa Nativité, le 8 septembre. Il y vient aussi beaucoup de musulmans. Tout auprès s'élève un fort nommé Bordj esSabi ou « fort de l'enfant », communiquant autrefois, dit-on, par une voie souterraine, avec le château de Marqab.

CAZA DK SAHIOUN

Orientation ; Limites. — Le caza de Sahioun est situé au nord-est du sandjak de Lataqiyèh et du vilayet de Beyrouth. Il est limité : au nord, par le vilayet d'Alep; à l'est, par celui de Syrie ; au sud, par le caza de Djèbèlèh, et, à l'ouest, par celui de Lataqiyèh.

Division administrative. — Il est divisé adminislralivemenl en cinq nahiés, qui sont : Sahioun, Tchiftè-Sahioun, Djèbèl eUAkràd, Béït èch-Chélif^i Méhâliyèh, et l'on y compte 428 bourgs, villages et hanoieaux.

Population du caza. — Sa population totale est de 44.516 bab.« comme suit :

Musulmans sunnites 3.820 hab.

iMaronites 400

Syriens orthodoxes 1.625

Ansariyè 38.671

Total. . . 44.516 hab.

Chef-lieu. — Comme pour le caza de Marqab, le chef-lieu nominal du caza de Sahioun n'est pas la résidence etVective du caimakam. Celle-ci est au pelit village de Bâb-Anah, composé de 50 maisons et d'une population de 400 hab., tous musulmans. Ce village est situé non loin du chef-lieu nominal, à l'ouest du caza de Sahioun. Il n'a absolument rien de remarquable que son site agréable, ses nombreux jardins remplis de loute espèce d'arbres fruitiers, et les abondantes sources d'une eau fraîche et pure qui l'arrosent et en font un séjour délicieux. Il ne s'y trouve qu'une seule mosquée.

Quant au chef-lieu nominal, Sahioun, c'est aussi, comme pour le caza de Marqab, un château fort. On le nomme Qala'at Sahioun. 11 est situé à une grande hauteur, sur l'un des contreforts du Djèbèl Dariot/Sy qui appartient à la chaîne des monts Ansariyè. Le château seul, remarquable tant par le pittoresque de ses imposantes ruines que par son passé historique, surplombe la ville, aussi peu intéressante que la résidence effective du sousgouverneur, et dépourvue de ses agréments. Sa population, comprise dans le chiffre de la population du caza, est de 3.000 hab., dont 1.820 musulmans et 1.180 syriens orthodoxes.

La ville de Sahioun est la <^ Saône » des croisés. Le caza actuel est formé de l'ancien fîef de Saône, l'un des plus importants de

la principaulé d'Anlioche. La famille qui le possédait a fourni un chapitre aux lignages d'outre-mer ; on voit paraître le nom de plusieurs de ses membres dans les chartes du xii'' siècle.

Le château et la ville de Saône furent pris parle sultan éyyoubile Salah ed-Dln en 1187. Sahioun devint alors la capitale d*une principauté musulmane composée de Famiyèh (l'ancienne Apamée) de Kafartbâb, Antioche, Balatnous et Lataqiyèh.

Les ruines du château de Saône couronnent une crête resserrée entre deux profonds ravins qui les isolent en se réunissant devant la ville de Sahioun. On y voit encore une des énormes piles du pont qui faisait communiquer cette ville avec la forteresse; on la prendrait aujourd'hui pour un gigantesque obélisque, si sa destination n'était suffisamment expliquée par les autres restes du château des seigneurs de Saône, consistant en un fossé taillé dans le roc vif, Tun des plus étonnants ouvrages laissés par les croisés en Asie; un donjon, des courtines et des tours construites en bloc de grand appareil taillés à bossages.

Production agricole. — Les principales cultures du caza de Sahioun sont les céréales (blé, orge, avoine et maïs); le coton, le mûrier qui rivalise avec ceux du Liban^ bien que la soie provenant des vers nourris de ses feuilles soit assez rude et ne s'emploie guère qu'à fabriquer des ceintures et des passementeries; les arbres fruitiers (pommier, poirier, prunier, abricotier, jujubier, figuier, etc.); le tabac et les divers légumes.

On rencontre, dans les montagnes de ce caza, beaucoup de parties boisées, entrecoupées de clairières formant de bons pâturages. Les herbages ne sont pas non plus rares en plaine. Les essences forestières principales sont les conifères (pins, sapins, cèdres, etc.) et le chêne. Plusieurs cantons sont exploités en charbonnières, qui fournissent la majeure partie de l'approvisionnement de la ville de Lataqiyèh.

Bétail. — Le produit annuel de l'élève du bétail est en moyenne de 57.300 têtes, comme suit :

TÊTES DE BÉTAIL

Bœufs et vaches 1.200

Chevaux 150

Anes et mulets 900

Moutons 10.000

Chèvres 45.000

Chameaux 50

Total . . . 57.300 têtes.

Les taxes sur les moutons, chèvres et chameaux, donnent un produit total de 193.000 piastres, soit env. 44.390 fr. par an.

LMndustrie de la meunerie, sans être très développée dans le caza de Sahioun, y fait cependant Tunique occupation d'un certain nombre d'habitants riverains du nahr el-Kébir, petit fleuve appelé « grand» [kébir) peut-être à cause de sa profondeur et de l'impétuosité de son cours, qui met en mouvement 20 à 30 moulins dans les villages de Ghèlfatiyèh,Tonéïtèh et Sefqoun.

SANDJAK DE BALQA

CHEF-LIKU : IVAPLOUSÈ

Orientation; Limites. — Le sandjak de Balqa est silué au sud du vilayet de Beyrouth. 11 est limité : au nord, par le sandjak de S*-Jean d'Acre; à Test, par le Jourdain qui le sépare du vilayet de Syrie; au sud, par le sandjak ou mutessariflik de Jérusalem, et, à l'ouest, par le sandjak de S*-Jean d'Acre et la mer Méditerranée.

Superficie. — Sa superficie est de 6.664 kil. carrés.

administrative. — Il est divisé administralivement en 4 cazas, qui sont : Naplouse (merkez-caza), Djénin^ Béni-Saab et Djémà^ïn^ et en 9 nahiés, qui sont : NablouSj Djénin^ Charaouyah èch-charqi , Méchdriq el-djérrâr^ Béni-Saab ^ Charaovyah el-gharbi^ Ouâdi èch-Chamar^ Djémd'ïn èvvèl el D;émâ^ïn sdni. On y compte 212 villes, bourgs, villages et hameaux.

Autorités. — Les autorités administratives du sandjak de Balqa, sont : le mutessarif, gouverneur du sandjak, du merkezcaza et du nahié de Naplouse; les trois cdimakam, sous-gouverneurs des autres cazas, et les moukhtar ou chefs de quartiers élus par les habitants des nahiés comme maires et faisant fonctions de mtidir.

Les autorités militaires sont : le fèriç, général de ladivision qui a Beyrouth pour son quartier(Naplouseestle siège du 2'*quarlier du 5*" corps d'armée, dont le quartier général est à Damas), et

les chefs de délachemenis casernes dans les principaux centres du sandjakde Naplousequi relèvent tous de ce général de division. Quant aux autorités religieuses, les musulmans ont leurs mufti, caclij ndib et imdm. Les latins ont une mission patriarcale à Naplouse. Les maronites relèvent de Tarclievêque de Beyrouth; les Grecs unis, de l'archevêque de Tyr (Sour); les Grecs orthodoxes, de l'évêque de Neapolis (Naplouse); les protestants ont leurs ministres, les israélites orthodoxes ont leurs rabbins, et les samaritains ojit à Naplouse un grand-prêlre [kohèn) de la tribu de Lévi, à ce qu'ils affirment du moins.

Tribunaux. — A Naplouse et dans chaque chef-lieu du caza, il existe des tribunaux civils et criminels de même composition que dans les autres régions de ce vilayet, ainsi que des municipalités dont les présidents sont nommés par le gouvernement et les membres élus dans chaque communauté par les habitants.

Gendarmerie. — Le service d'ordre public est assuré par un détachement de 250 gendarmes appartenant au régiment de gendarmerie de Beyroulh.

Postes et Télégraphes. — Il y a dans le sandjak de Balqa deux stations postales et télégraphiques de service intérieur (correspondance en langue turque), l'une à Naplouse et l'autre àDjénîn.

Population du sandjak. — La population totale du sandjak est de 48.979 hab., comme suit :

Musulmans 40.630 hab.

/ Latins 100 )

Gatholiques \ Maronites 3.000 [ 6.104 —

( Grecs unis 5.00Î )

Sjrriens orthodoxes 1.798 —

Protestants 150 —

S Israélites orttiodoxes 117 —

— samaritains 180 —

Total . . . 48.799 hab.

180 VILAYET DE BfcYROUTH

Écoles. — Les écoles du sandjak de Balqa sont au nombre de 228, donl 1 supérieure, 4 secondaires, el 223 primaires et élémentaires, fréquentées par 2.816 élèves, dont 2.525 garçons et 291 filles, comme suit :

ÉCOLES ÉLèVf»

( 1 Wrfrc*«é (droit et théologie) 1 10

Musulmans < 4 lycées 4 40

V 215 écoles, des annexes de mosquées . 215 2.200

gmcb orthodoxe... j \ ^''''^'' ^'^iS'^''' ^'^ §Sif!'!*:v: .V." \ Il

p„t.,,„t. ( ) id. filles.... 1 40

Frot«iUiito I , ,^ garçons.. . ... l 50

i"»«Ht<» j i %: E":::-.;: -. I m

Total.. .. 228 2.816

Climat. — Le climat de cette région est en général fort salubre, surtout dans les parties les plus élevées. La température y est douce pendant Thiver ; d'ailleurs les altitudes des plus hautes montagnes, qui sont les monts Ébal et Garizim, n'atteignent pas 1.000 m.

Production agricole. — La production agricole du sandjak de Balqa consiste surtout en huile d'olive, en céréales, citrons, fèves, fruits et légumes, racine de réglisse, etc., etc., comme suit :

PRODUCTIONS

Blé

Orge

UaXl

Oédrats

Citrons

Ban de fleur d'oranger

Fèves

Fruits frais. . . .

Huile d olive . . .

Légumes frais. . .

QUiHTlT!

hectol.

ktlogr.

A reporter . . . .

VALEUR

francs

Page 1