L’AUTEUR' AU LECTEUR
Le comité d'artillerie de France, qui exerce une autorité à peu près souveraine sur le service de cette arme, a l’intention bien manifestée d’introduire en France un système d’artillerie vicieux dans ses principes et dans sa base , et composé de toutes pièces incohérentes; ce serait, selon moi, un attentat direct à la gloire future de nos armes et à la sûreté de l’Etat. Dès que j’ai été informé des intentions du comité d’artillerie, je me
vr AVIS DE L l ÀUTEüIl
suis hâté de proposer au gouvernement Iran- • çais, comme c’était mon devoir, le système d’artillerie dont je suis l’auteur, dont j’ai
commencé l’exécution à Turin, dès l’an 8,
avec un équipage de a 5 o bouches à feu, et que j’ai terminé en Westphalie, de 1808 à i8i3. Ce système a donc déjà une longue expérience de guerre, et pas une seule réclamation ne s’est élevée contre lui. En Westphalie, ce système a été exécuté sous les yeux du plus grand artilleur de notre époque, du général Eblé, qui y était ministre de la guerre.
Ce général , comme ministre et comme v l’un des plus hommes de bien que la France ait possédés, n’aurait certes pas permis la construction de ce système, si sa bonté ne lui eût pas été démontrée.
Le comité d’artillerie de France ue pouvait avoir aucune idée de ce système, qui n’était bien connu que du général Eblé, du général Lariboissière et de moi. Le comité d’artillerie a cru ne rien trouver de meilleur
AIJ LECTEUR.
que les affûts et caissons anglais ; en *quoi il s’est étrangement trompé. Il ne s’est pas même aperçu quels ont été les motifs qui ont déterminé l’Augleterre à adopter son système d’affûts et caissons; ces motifs sont que l’Angleterre est essentiellement une puissance maritime ; qu’elle ne peut faire la guerre en dehors de son île qu’en embarquant son artillerie. Elle a donc dû chercher, dans les formes de ses affûts et caissons, celles qui se prêtaiept le mieux à leur embarquement et débarquement, et l’emmagasinement dans les vaisseaux; elle a dû négliger toute autre considération militaire, et ne voir que
les considérations maritimes; en cela,, elle
s’est conformée à ses véritables intérêts.
JVIais la France n’est pas dans ce cas-là :
la France est, au contraire, une puissance territoriale, et son artillerie ne doit pas ressembler à celle de l’Angleterre.
Mais le comité était trop avancé avec le
vm
AVIS DK l’auteur
ministère à la fin de 1824» lorsque j'apparus sur un horizon où certes il ne m’attendait ’ guère; et en effet, il ne devait pas m’y attendre; car, sans une cécité à peu près complète dont alors je fus atteint, je n’eusse point fait le voyage de Paris, et le système du comité me fût resté inconnu , et alors , bien sûrement, le mien serait aussi resté dans ma tête.
Mais informé alors des vues du comité, qui, comme je l’ai déjà dit, doivent attirer sur la France les plus grands malheurs militaires et politiques, je me déterminai à proposer mon système au ministère , et je fus
autorisé à en faire construire à Vincennes
toutes les parties. Aussitôt que le comité d’artillerie en fut informé, toutes espèces
d’obstacles s’élevèrent, et dans tous les sa-
Ions de Paris, mon système était condamné sur les assertions du comité, qui, bien certainement, n’en avait et ne pouvait en avoir aucune idée ; car , je le déclare , ce système