III. FAMILLE RUBIS
On a divisé en six espèces les minéraux qui appartiennent à cette famille. Ces espèces sont , la, ceylanite , rautomalite, lespinelle, le saphir, le corindon^ Pémeril, et le chrysoberiL
Toutes ces espèces sont extrêmement dures, et plusieurs d'entre elles sont d'un grand prix à raison de leur beauté.
Espèce I". — Ceylanite
Plconaste <U Haùy.
Le minéral nommé ceylanite f parce que c'est de llle de Crylan qu'on l'apporte en Europe , avait été observé par Rome de Lisle 4 ; mais ce fut Lamétherie qui en donna le premier la description dans le journal de physique de jauvier
Ou trouve le plus ordinairement la ceylanite en masses arrondies ; mais elle se rencoutre aussi quelquefois cristallisée. La forme primitive de ses cristaux est l'octaèdre régulier. Elle se présente souvent sous cette forme ; mais plus ordinairement les bords de l'octaèdre manquent et sont remplacés par des facettes
La couleur de ce minéral paraît être le bleu indigo foncé, passant au noir bleuâtre; mais en l'examinant avec plus d'attention ou juge que cette couleur est le noir verdàtre. Sa surface est rude II est à-peu-prés opaque à l'extérieur ; à Tintérieur son éclat est l'éclatant , et le trèvéclatant,etcet éclat est résineux. S ï cassure est parfaitement conchoïde. Les fragment sont a bords très-aigus. Il raie légèrement le quartz. 11 est aisément frangible , sa pesanteur spécifique varie de 3,7647 à 3,793 i4.Ce minéral est infusible au chalumeau sans addition.
• Brochant. II, 5a5. Haûy Minéral. III, 17. Bournon , Phil Trans. 180a, p. 3 18. Jameson. I, 26.
■ Cristallog. III, i8o. note ai.
* Haùy, Journ. de» Min. N.^XXXVIII, P. 264. 4 Jbid.
PIERRES. 3o5
Espèce a. — Automolite.
Ce minéral n'a été trouvé , jusqu'à présent , qu'à Fahluo, en Suède, dans du talc schisteux. Il paraît avoir été découvert par ('assesseur Gabn, vers i8o5, et bientôt après il fut examiné et analysé par Ekeberg etBerzelius, qui en obtinrent , l'un et l'autre séparément , les mêmes parties constituantes. Ekeberg publia en 1806 un exposé sur ce mi* néral
Sa couleur est le vert foncé. Il se trouve toujours cris* tallisé en octaèdres réguliers, qui ont la forme du spinelle. Les cristaux sout petits. La cassure longitudinale est feuilletée , la cassure transversale est inégale , et un peu concboïde. Les cristaux entiers sont opaques , mais les fragmens sont translucides sur les bords. Le minéral pulvérisé devient d'un vert clair. 11 raie le quartz. Sa pesanteur spécifique est 4,261 Il est infusible au chalumeau. Avec le borax il se fond en un verre , vert lorsqu'il est chaud , mais incolore lorsqu'il est froid. Ses parties constituantes sont :
Alumine 60 * .... 4a 4
Silice 4i7^.... 4
Oxide de zinc... . 24, a5.... 28
Oxidc de fer 9,2$ ... . 5
Soufre et perte. . . — .... 17
Perte 1,7$ —
Non décomposé . — .... 4
Le nom d'automolite (déserteur) a été donné à ce minéral, à raison de la portion de zinc qu'il contient. Comme sa forme cristalline est la même que celle du spinelle, on crut d'abord que i'automolite n'était autre chose que le spinelle , avec des particules de blende mêlées mécaniquement à travers le cristal. J'ai même eotendu dire par quelques personnes
« Afhandlingar. I, 84.
» Ekeberg , Afhandlingar. I , 88. Quelquefois on remarque quelques pelils points de galène don* le cristal. Sa pesanteur spécifique est alors 4>^> * 4* C'est san* doulr à raison de quelque rm'lange sem-
blable que Hauy donne à ce minéral une pesanteur spécifique aussi grande que celle de /),(xjQg. Lucas. 1 1 , 237. ' Ekeberg, Gehlen's Jouro. V, 443.
4 Vauquclin, Gehlen's Journ. Secondseries.il, 38.
3o6 MINÉRAUX SIMPLES.
qu'elles pouvaient distinguer le mélange a l'oeil nu. Mais comme la pesanteur spécifique de l'automolite est plus considérable que celle du spinelle, ou celle de la blende, il est évident que le minéral doit être quelque chose de plus qu'un mélange mécauique des deux ; mais si c'est un composé chimique des deux minéraux, il mérite d'être considéré comme espèce distincte. Berzelius a donné à ce minéral le nom de gahnite. 11 est difficile de se former uue idée exacte de sa composition. Je pense que l'échantillon de ce minéral, que Vauqnelin a analysé, devait être impur, Ekeberg et Berzelius n'y ayant pas découvert la présence du soufre.
EspicE 3. — Spinelle.
Spinelle et Rubis balai de Kirwan : Rubis spinelle octaèdre de Dehsle; Spinelle de Gradin.
Cette pierre, qui nous vient de l'île de Ceylan, qui a été trouvée aussi dans la pierre à chaux grenue , provenant des éjections du Vésuve, et dans la carrière de pierre à chaux 1 , dépeodant de la fonderie de fer d'Oker , en Sudermauie, en Ôucde, est ordinairement cristallisée. La forme de sa molécule intégrante est le tétraèdre régulier. La forme primitive de ses cristaux est un octaèdre régulier composé de deux pyramides à quatre faces appliquées base à base , dont chaque côté est un triangle équilatéral. Dans quelques cas deux côtés opposés des pyramides sont plus larges que les deux autres, et quelquefois aussi les bords de l'octaèdre manquent et sont remplacés par des faces étroites. Ces figures ainsi que d'autres variétés des cristaux de ce minéral ont été décrites par Romé de Lis le et par Xabbé Estner *. Le spinelle se rencontre aussi cristallisé en tétraèdres, en rhomboïdes dont les faces sont à angles de i ao° et de 6o°, en dodécaèdres rhomboïdaux et en prismes à 4 pans terminés par des pyramides tétraèdres 3.
La couleur du spinelle est le rouge, passant au bleu d'un côté, et dr l'autre au jaune et au brun. Du rouge carmin, la couleur passe au rouge cramoisi , au rouge cochenille et
• Celle pierre à chaux est primitive, ainsi que cela est évident d'après l'expose que donne H i singer , de la structure de cette partie du pays Samling. titl m MineralogiskGeografi ofrer Sverige. p. i5o.
• Crûtall. II , arô; Etmer'a Min., p. 173.
• Beurnon.
PIERRES. 90y
au rouge de chair ; elle passe également au bleu de prune , et violer, au bleu d ind.go ; et aussi au rouge de sang, au jaune d orange et au brun rougeâtre. La surface de ce minéral est Jisse; il est très - éclatant, et cet éclat est celui du verre Sa cassure est parfaitement conchoide et quelquefois elle est imparfaitement lamelleuse. Les fragmcns sont à bords ai'us 11 est transparent et translucide. 11 raie fortement le quartz" 11 est raye par le saphir. Sa pesanteur spécique est de 3,57o ■ à
ïi7°r j Cha UmeaU le SPinel,e est «nfusible sans addition. H se fond avec le borax. Les anciens semblent avoir classé cette pierre parmi leurs hyacinthes*.
La table qui suit présente la composition de la ceyîanite e du spinelle,d après les expériences les plus exactes qui eu aient ete faites jusqu'à présent. ^
Ceyîanite.
SpineUe.
Matière non déterminée
IOO
La constitution du spinelle paraît être essentiellement celle de 1 atome magnésie, et de 6 atomes alumine. J'ai placé la
1 Klaproth.
» Lowry, Jameson's Mineralogy. I,3i, « Plio, Lib. XXXVII. c. ix.
* Collet-Descotills , Ann. deChim. XXXIII, n. B Klaprolh, Reitrage. II , 10.
. 4 Vauqnrlin , Journ. des Min. N.» XXXVIII, 80. ' Benelius , Afbaodliogar. 1 , 99.
3d8 M1NS&1VX SIMPLES.
ceylanite avec cette substauce, parce qu'en faisant abstraction de l'oxide de fer, qui peut n'être qu'accidentellement présent, les parties composantes de la ceylanite paraissent être les mêmes que celles du spinelle. Dans l'automolite , l'oxide de zinc semble être substitué à la magnésie. L'alumine dans ces minéraux fait-elle la fonction d'acide ?
Espèce 4* — Saphir,
Etiiteirt. Les pierres qu'on appelait ordinairement pierres précieuses, se distinguèrent d'abord à raison de leur couleur. On douna les noms, savoir : de rubis à celles qui étaient rouges ; de topazes à celles qui* étaient jaunes*, de saphirs à celles de couleurs bleue, et à' améthystes à celles dont la couleur était pourpre. On remarqua bientôt après, cependant, que la plupart des propriétés qui donnaient le plus ae prix à ces pierres se rapportaient à leur dureté; et comme celles qui étaient de la plus belle espèce venaient de l'orient, elles furent habituellement désignées parmi les autres pierres de même couleur, en ajoutant à leur dénomination l'épitbète orientale. Les minéralogistes s'étaient accoutumés à considérer ces pierres comme des espèces distinctes , lorsque Rome de Lisle observa qu'elles se rapportaient toutes entre elles dans la forme de leurs cristaux , dans leur dureté et dans la plupart de leurs autres propriétés; et Werner fit peu de terap. après la même remarque. Ces observations suffirent pour faire considérer ces pierres comme étant de la même espèce , et en conséquence, 9 n'en fui fait qu'une seule espèce par Rome de Lisle lui-même, par Kirwan et par plusieurs autres écrivains minéralogistes modernes. Rome de Lisle donna le nom de rubis à l'espèce; mais cette dénomination ayant été assignée depuis à un minéral différent, Hauy inventa le terme nouveau de télésie; cependant Werner et Lamctherie ont approprié à cette espèce le nom de saphir, ce qui a clé en général adopté par les minéralogistes.
Le saphir se trouve dans les indes orientales, et spéciale* ment dans le royaume d? Pégu et dans file de Ce) lan. Il est le plus souvent cristallisé. Les cristaux ne sont pas de grande dimension. Leur forme primitive, ainsi que Bournon l'a démontré , est un rhomboïde dont les angles sont de 86* et de 0,4°, et qui est, par conséquent, à-peu-près rectangulaire. Bournon a décrit an-moins huit modifications de cette forme*
MSftftlf» 309
On peut considérer sa forme primitive comme composée de deux pyramides trièdres unies base à base, dont les angles solides sont composés des trois angles aiguës des faces. Les buit modifications de cette forme consistent : 1*. Eu ce que le sommet des pyramides est remplacé par une face perpendiculaire à l'axe et de dimension diverses. 20. En ce que les bords de la base des pyramides primitives sont remplacés par des faces parallèles à Taxe, qui séparent les pyramides par un prisme hexaèdre à plans rhombes. Souvent cette modification tourne en un prisme bexaèdre régulier. 3*. En ce qu'il se fait un décaissement sur les angles applatis de la base, qui rend les pyramides hexaèdres, de manière que souvent aussi le cristal est un dodécaèdre, composé de deux pyramides hexaèdres appliquées base à base. Mais il arrive très-rarement que l'une et l'autre de ces pyramides soient complètes. Cette modification se trouve souvent combinée avec la seconde. 4°* En ce que l'angle solide au sommet est remplacé par trois faces qui deviennent quelquefois assez larges pour faire disparaître les faces du rhomboïde primitif, et convertir le cristal en un rhomboïde secondaire dont les angles des faces sont de 1 14° et 66°,5'. 5.° En ce que par une même sorte de décaissement plus rapide, il se produit un rhomboïde encore plusaigu, dout les faces ont des angles de 1 1 7* et 63°,6'. 6.° Eu ce que de semblables décroissemeus, encore plus rapides» forment on troisième rhomboïde de plus en plus aigu, dont les faces ont des angles de 1 1 9°, 1 4' et de 600,46'. 7*. En ce que les angles aigus qui restent sur la base des pyramides primitives éprouvent un décroissement , qui convertit le cristal en un prime bexaèdre dont les faces correspondent avec les angles solides de la base des pyramides
Îirimitives. 8*. En ce que souvent c'est Une pyramide à six aces dont l'angle solide au sommet mesure a4°- Chacun des bords de la pyramide est remplacé par une facètte qui fait delà pyramide un dodécaèdre*. Les cristaux sont coin* plets. Les surfaces planes sont souvent striées en travers. Le saphir se rencontre aussi en petits morceaux roulés.
Les couleurs du saphir sont le bleu et le rouge. Du bleu de Prusse , il passe au bleu d'indigo , au bleu d'azur , au bleu violet , au bleu de lavande, au bleu de lilas, au bleu
♦ Phil. Iran*. 1802, p. *5o.
3lO MINÉRAUX SIMPLES.
de ciel et au vert foncé : du bleu lilas, il tourne au rouge de fleurs de pêcher, au rouge cramoisi, au rouge de cochenille, au rouge de carmin; et aussi au rouge de rose, au blanc rougeâtre et au blanc jaunâtre : du bleu de lavande , il passe au gris de perle , au gris bleuâtre et au blanc bleuâtre. Il est trèséclatant. Son éclat est celui du verre. Sa cassure est parfaitement conchoïde. 11 passe du transparent au translucide. Il «si à réfraction simple. Le saphir est, après le diamant, le plus dur des minéraux. Il est aisément frangible. Sa pesanteur spécifique varie de 3,916 à 4^83 ». Traité au chalumeau, if est infusible. Avec le borax, il se fond sans effervescence*
Espèce 5. Corindon
Corundum de Gmelin ; Spath adamantin de Klaproth «t de Kirwan ;
. Corindon de Haiïy : Corivindum de Wodward.
Hiitoire. . Quoiqu'il paraisse que le corindon ait été connu du doc* leur Wodward, on peut cependant regarder le docteur Black comme étant celui qui le distingua le premier d'autres minéraux. En 1768, M. Berry, lapidaire à Edimbourg, en *eçut une caisse qui lui fut envoyée de Madras par le docteur Anderson. Le docteur Black s'assura que les échantillons de ce minéral contenus dans~ la caisse différaient de toutes les autres pierres conowes en Europe , et à raison de la dureté du minéral , il le nomma spath adamantin. Quoi qu il en fut de ces premières observations faites relative* ment à ce minéral, on peut dire qu'il était à peine connu des minéralogistes d'Europe, lorsque M. Greville de Londres, dont les travaux ont si puissamment contribué aux progrès de la science de la minéralogie, parvint en 1784 à s'en procurer, de l'Inde, des échantillons qu'il distribua aux chimistes les plus distingués pour en faire l'analyse. M. Grreville apprit aussi que ce minéral poriait dans l'Inde le nom de coruodum. On le trouve dans î'Iridostan, non loin du fleuve Cavery , au sud de Madras , dans drs roches granitiques dune dureté considérable, participant de la nature de la pierre
» Lowry et Haùy.
■ Kirwan's Min. I; Klnproth , in heob. Berlin. VIII . *g5, et Beitrage. I, fc. Greville elle comte de Bournon , Phil. Tran«. i-yS. p. 4o3. Nicholson's Journ. II, SJo, et III, 5. Haut , Journ de Phys. XXX , tr)î. ; et Journ. des Min. XXVIII, â6j ; et Minerai. III j i. Brochant. I, 356. Jauié»on. i, \\.
PIERRES. 3ll
elle-même '.Il se rencontre aussi à la Chine, dans l'île de Ceylan, à Ava, etc. Le comte de Bournou fit remarquer la ressemblance qui existe entre ce minéral et le sr.phir, dans une dissertation qu'il publia conjointement avec M. Greville dans les Transactions philosophiques pour 1798; et il annonça comme uue chose probable que le corindon peut bien n'être qu'une variété du saphir, et que la différence qu'on remarque entre ces deux minéraux est due à l'impureté des échantillons qui en ont été jusqua présent appottés en Europe. Cette conjecture a été pleinement confirmée depuis par une dissertation postérieure du comte de Bournon, et par l'analyse chimique qu'en a faite Chenevix *. We«ner subdivise ce minéral en deux sous-espèces, savoir : le corindon et le spath adamantin ; mais ces deux sous - espèces semblent n'être réellement que des variétés, ou tout au plus des sous-espèces de la même espèce. La principale différence consiste dans les couleurs. La première se trouve dans l'Inde -, la seconde en Chine.
Le corindon se rencontre en masse, en morceaux roules et cristallisés. Ses cristaux sont de même forme que ceux du saphir. Sa couleur se compose de différentes nuances de vert , de bleu , de rouge et de brun. Sa surface est raboteuse. A l'extérieur il est mat; à l'intérieur il est éclatant ; son éclat est celui du verre ; sa cassure est lamelleuse. Le clivage est quadruple. Les fragmeus sont rbomboïdaux.Ilest translucide. Il raie le quartz. Il est aisément frangible. Sa pesanteur spécifique est de 0,70 * à 4, 180
Espèce 6. Êmeril 5.
Ce minéral est apporté en Angleterre de File de Naxos où il faut qu'il existe en grande abondance. On le trouve aussi en Allemagne, en Italie et en Espagne. Il se rencontre tonjours en masses informes et mêlé avec d'autres minéraux. Ce minéral a été habituellement considéré comme une mine de fer, parce que toujours il contient l'oxidc de ce métal. Sa couleur tient le milieu entre le noir grisâtre et le gris bleuâtre.
» Garrow et Gretille, Nicholson's Journ. II , 5$u.
* Phil. Trans. 180a, p.*33.
* Klaproih.
4 Greville , Nirholson's Jour. III, 11.
* Jameson. 1 , 8g.
3ia MINÉRAUX SIMPLES.
Il est peu éclatant, c'est l'éclat du diamant. Sa cassure est inégale à petits grains, quelquefois esquilleuse. Les fragmens sont à bords obtus ; il est quelquefois en concrétions distinctes à grains fins. Il est opaque. H cède à peine à l'action de la lime. U se rompt difficilement. Sa pesanteur spécifique de 4 environ. On fait un grand usage de ce minéral pour polir les corps durs.
La table qui suit présente la composition de ces trois derniers minéraux, d'après les meilleures analyses qui en aient été faites jusqu'à présent*