‹ Systeme de chimie. Traduit de l'anglais sur la 5. éd.Chapitre 46 sur 136 · Du froid · texte numérisé non relu

Du froid

Après avoir exposé les méthodes indiquées pour connaître

la quantité relative de calorique dans les corps à la même

température, et les différentes hypothèses établies concernant

la recherche de leur calorique absolu, il ne nous reste plus

que quelques observations à faire sur la soustraction de ce

ealorique des corps, ou sur ce qu'on appelle dans le langage

Sensation ofdîuaire ,/ro/û?. Lorsque le calorique se combine avec nos

€t iTu froid" propres corps, ou s'en sépare, nous éprouvons, dans le pre-

cipu^uée. rriiercas, la sensation de la chaleur^ et dans le second, celle du

froid. Lorsque je pose la main sur un fer chaud, une portion du

calorique du fer l'abandonne pour entrer dans ma main, et il

eu résulte pour moi la sensation de la chaleur. Si, au contraire,

je touche un morceau de glace , le calorique s'échappe avec

rapidité de ma main pour se combiner avec la glace, et

j'éprouve la sensation du froid. Ainsi, c'est l'entrée du calorique

dans nos corps , qui produit sur nous l'effet delà chaleur,

comme c'est de sa sortie de nos corps que résuke pour nous

la sensation du froid. On appelle corps chaud, celui qui

communique du calorique aux corps environnans; et corps

froid, celui qui absorbe le calorique des autres corps. La

force des sensations , que nous éprouvons, de la chaleur et

du froid, dépend de la rapidité avec laquelle le calorique"

DU CALORIQUE. i Aj

entre (Jans nos corps ou s'en échappe; et cette rapidité est proportionnelleà la différence de température entre nos corps et la substance chaude ou froide, ainsi qu'à ]a faculté conductrice de cette substance. Plus la température d'un corps est élevée, plus la sensation de chaleur quil communique est forte; de même aussi, plus la température du corps est basse, et plus le froid qu'il fait éprouver est considérable; lorsque la température est la même, les sensations dépendent de la faculté conductrice de la substance.

Ainsi ce qu'on appelle vi,lgairement le froi'd, n'est autre chose que l'dbstnce de la quantité ordinaire de calorique; et en disant quun corps est froid, nous n'exprimons autre chose SJnon qu'il y existe moins de calorique qu'il n'en contient ordinairement , ou que sa température est plus basse que cède de nos corps.

Quelques physiciens ont cependant soutenu que le froid ne résultait pas simplement de la soustraction du calorique raais encore de l'addition de quelque chose de positif, d'un^'d"lS« corps particulier doué de quahtés spéciliques. Cette opinion ^"^°"^'^'^"que partageaient Muschenbioeck et de Mairan , paraît en gênerai avoir été celle des physiciens du commencement du i«.e siècle. Suivant eux, le froid est une substance de nature saline ayant beaucoup de ressemblance avec le nitre flottant continuellement dans l'air, et charriée par le vent en corpuscules d'une grande ténuité, auxquels ils donnèrent le nom de partie Jes frigorifiques.

Ces savans furent portés à adopter cette hypothèse, par 1h diffîcu te qu'ils trouvèrent à expliquer autrement la réfutlf^ congélation de l'eau. Jls la considéraient comme l'effet produit par ces particules frigorifiques , qui s'insinuaut d elles-mêmes, comme des coins, entre les molécules de leau, en détruisaient la mobilité et la convertissaient en glace. Ce fut le docteur Black qui, en découvrant la véritable cause de cette conversion , bannit à jamais ^e% re-ions de la philosophie, ces molécules frigorifiques' dont ceux, qui en étaient les partisans, ne purent jamais donner^ d autres preuves de leur existence, que la facilite quelles leur présentaient pour l'explication de certaines apparences; aussi, dès qu'on put' rendre raison de ces apparences sans avoir recours à cette supposition, tout motif de l'établir fut détruit, et on cessa de s'^xx occuper.

l4^ CORPS IMPONDÉRABLES.

néfiexion l^,e senl fait qui ait pu donner quelque consistance a l'opi-

apparenle da. ir-i ^ ^-^iii , - "

froid. mon qac le troid est un corps , resuite de la tres-cuneuse expérience suivante de M. Picîet*. Il plaça deux miroirsconcavesd'étaiu à la distance de trois mètres environ l'un de l'autre; il mit au foyer de l'un de ces miroirs un thermomètre à air très-sensible ; et au foyer de l'autre , un raatras de verre rempli de neige ; à l'instant où le maîras fut en expérience, le thermomètre descendit de plusieurs degrés , et il remonta dès que le matras eut été retiré. En versant de Tacide nitrique sur la neige que contenait le raatras (ce qui augmente le froid), le thermomètre descendit de quelques degrés plus bas.

î\lâis cette expérience intéressante s'explique d'une manière satisfaisante , au moyen de la théorie de Prévost sur le calorique rayonnant. D'après elle , l'abaissement du thermomètre est réellement du à ce que le calorique rayonné est en proportion plus petite que celle ordinaire.

11 est possible de produire un très-grand degré de froid, en mêlant ensemble différens solides susceptibles de devenir subitement liquides. On en a déjà expliqué la raison; mais comme on a souvent l'occasion de faire usage en chimie de mélanges semblables , pour parvenir à exDoser les corps à l'influence d'une température suffisamment basse, nous pensons qu'il pourra être utile d'indiquer les différentes substances, dont on peut se servir avec avantage

* Cette expe'rience , ou an moins une s€'nil)]able, avait été faite tlenuis long temps, et se trouve rapporte'e clans les Essais de l'acaflcraie fJel Cinienlo , traduits par AValler , en 1684, p. io3. On y présente ainsi le de'tail de la neuvième expérience sur le froid réfléchi : « Voulant essayer si un miroir concave , placé en a^anl d'une masse

V de glace du poids de 5oo livres, produirait quelque répercussion

V sensible tle froid sur un thermomètre très-délicat de 4^^" ? placé à j) son foyer, )a vérité est qu''îl commença immédiatement à s'abaisser ; i) mais , à raison de sa grande proximité de la glace, il y avait lien as D doiUer lesquels, des rayons de froid directs ou réfléchis, étaient » les plus efficaces. JXous nous avisâmes, à cet effet, de couvrir le 3j miroir, et alors ( quelle qu'en puisse être la ca'îse) Tesprit-de-vin w commença réellement à s'élever. Quoi qu'il en soit, nous ne pouj) vons pas assurer que cela ne provint pas de quelqu'autre cause que » de la non-réflexion du miroir, parce que nous manquâmes, eu ») faisant ces essais , de ce qui nous aurait été néce^isaire pour rendre ») nos expériences bien exactes ». lî parait également que rexpéricnce de Pictet avait été faite par André Gaertner, mécanicien du Roi de Pologne , et publiée par lui en 1783.

Voy. yînn. de Chini. LXXI, i5g.

DU CALORIQUE. l^g

ponr\et objet, ainsi que les degrés de froid qu'on peut obtenir avec chacune d'elles.

•^ iM. Fahrenheit est le premier qui ait fait des expé- Méian-^cs nenccs sur les mélanî:;cs frigorifiques; mais ce sujet a éte^^^S'^'-^f'î^'' beaucoup plus complètement traité par M. Walker, dans differens mémoires publiés dans les transactions philosophiques de 1787 à 1801. Le professeur Lowitz y a fait , depuis , plusieurs additions intéressantes ; et il a particubèremenl reconnu, quVu mêlant de \ hydrochlorate de chaux avec de la neige, on obtenait un très-grand de^ré de froid". Ses expériences ont été dernièrement répétées avec beaucoup d'étendue par ]\I. Walker' : on en trouvera les résultats dans la table suivante.

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