‹ Système de logique deductive et inductive, exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifiqueChapitre 64 sur 71 · DA L'INBUGTHN · texte numérisé non relu

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rait pas être expliqué par ces causes constituerait uh résidu, qui, seul, témoignerait d’une distinction originelle ét en donnerait la mesure. Mais les partisans de cette opinion n’ont pas songé à se pourvoir de ces conditions logiques indispensables à l'établissement de leur doctrine.

Ces exemples étant, nous l’espérons, suffisants pour faire comprendre l'esprit de la Méthode des Résidus, et les trois autres méthodes ayant été si pleinement expliquées, nous pouvons clore ici l'exposition des quatre méthodes, considérées dans leur application aux combinaisons les plus simples et les plus élémentaires des phénomènes.

$ 6. — Le docteur Whewell a exprimé une opinion trèsdéfavorable quant à l'utilité des quatre méthodes, et, en même temps quant la propriété des exemples par lesquels j'ai essayé de les éclaircir. Voici ce qu’il en dit (4) :

« Quant à ces méthodes, la première remarque à faire tout d'abord est qu'elles prennent pour accordé la chose même qui est la plus difficile à découvrir, la réduction des phénomènes en des formules comme celles qu’on indique. Lorsque un assemblage complexe de faits s'offre à nous, par exemple, ceux impliqués dans les découvertes précédemment citées, l'orbite des planètes, la chute des corps, la réfraction de la lumière, les mouvements cosmiques, l'analyse chimique; et lorsque, dans ces cas, on a cherché à découvrir la loi de la nature qui les régit, ou, si l’on préfère s'exprimer autrement, le trait commun à tous, qui a songé à ABC et abc? La Nature ne présente pas les faits dans cette forme. Et comment les-y réduirons-nous ? Lorsque, dites-vous, on rencontre la combinaison de ABC avec abc et de ABD avec abd, alors on peut tirer la conclusion ; d'accord; mais quand et où trouveronsnous ces combinaisons ? même à présent que les découvertes sont faites, qui nous indiquera quels sont les éléments ABC et abc des cas qui viennent d’être cités? qui nous dira quelle est celle de ces méthodes à laquelle ces recherches réelles et heureuses peuvent servir d'exemple? qui retrouvera ces

(4) Philosophie de la découverte, p. 263, 264.

formules dans toute l’histoire des sciences, telles qu'elles sé sont formées et accrues en réalité, et nous fera voir que cés quatre méthodes ont fonctionné activement dans leur formation, ou qu’on jetterait quelque lumière sur leur marche progréssive en les rapportant à ces formules ? »

Le docteur Whewell ajoute qué dans le présent ouvrage les méthodes n'ont pas été appliquées « à une grande masse d'exemples saillants et authentiques de découvertes, s'étendant à l’histoire entière de la science », ce qu’il aurait fallu faire pour prouver que les méthodes possèdent « l’avantage » (que le docteur Whewell attribue à la sienne), d’être celles « au moyen desquelles toutes les grandes déeouvertes dans la science ont, en réalité, été faites » (p. 277).

Les objections dirigées ici contre les Canons de l'induction ressemblent tout à fait à celles qu'au dernier siècle des hommes de valeur, comme le docteur Whewell, adressaient au Canon reconnu du Raisonnement. Ceux qui protestaient contre la logique d’Aristote disaient du Syllogisme, ce que le docteur Whewell dit des Méthodes Inductives, « qu’il prend pour accordée la chose la plus difficile à découvrir, la réduction de l'argument en formules comme celles qu’on indique ». La grande difficulté, disaient-ils, est d’établir votre syllogisme, et non, après qu'il est établi, de juger s’il est correct. Comme question de fait, ils avaient, et le docteur Whewel a, comme eux, raison. La plus grande difficulté dans les deux cas est, d’abord, d’avoir la matière de la preuve, et, ensuite, de la réduire à la forme propre à la rendre concluante. Mais si l’on entreprend de la réduire sans savoir d quoi, on n’est vraisemblement pas près de faire beaucoup de progrès. Il est plus difficile de résoudre un problème de géométrie que de juger si une solution proposée est bonne ; mais ceux qui ne seraient pas capables de juger la solution, quand elle est trouvée, n'auraient guères de chance de la trouver eux-mêmes. Et l’on ne peut pas dire non plus que juger une induction après qu'elle est faite soit chose tout à fait aisée, et qui n’a besoin ni d'aides, ni d'instruments ; car les inductions erronées, les mauvaises conclusions tirées |

de l’expérience, sont aussi communes, et même, sur certaines questions, plus communes que les inductions légitimes. L'office de la Logique Inductive est de fournir des règles et des modèles (comme le sont les règles syllogistiques pour le Raisonnement) aux arguments inductifs, qui ne sont concluants qu’autant qu'ils s’y conforment. C’est là ce à quoi les Quatre Méthodes prétendent pourvoir, et pourvoient en effet, je pense, de l’aveu universel des expérimentateurs et des savants qui les ont employées toutes longtemps avant que personne ait songé à mettre la pratique en théorie.

Les adversaires du syllogisme ont aussi devancé le docteur Whewell dans l’autre partie de son argument. Ils disaient qu'aucune découverte n’avait été faite par syllogisme, et le docteur Whewell dit, ou semble dire, qu’il n'en a été fait aucune par les quatre Méthodes d’Induction. Aux premiers contradicteurs l'archevêque Wbhately à très-pertinemment répondu que si leur argument contre le syllogisme était bon, il serait bon contre l'opération même du raisonnement, car ce qui n’est pas réducüble en syllogisme n’est pas un raisonnement; et si l'argument du docteur Whewell est bon, il est bon contre toute les inférences de l’expérience. Dire qu'aucune découverte n’a été faite par les quatre Méthodes, c’est dire qu'il n’en a été fait aucune par l’observation et l’expérimentation, car, certainement, s’il y en a eu quelqu’une, elle a été faite par des procédés réductibles à l’une ou à l’autre de ces Méthodes.

Cette divergence de nos vues sur ce point explique pourquoi il n’est pas satisfait de mes exemples. En effet, je ne les ai pas choisis en vue de satisfaire ceux qui demanderaient qu'on leur prouve que l'observation et l’expérience sont des modes d'acquisition de la connaissance. J'avoue que je n’avais d'autre but en les choisissant que d’éclaircir et de faciliter l'intelligence de ces méthodes par des exemples concrets. Si J'avais voulu justifier les procédés mêmes, comme moyens d'investigation, je n'aurais pas eu besoin de chercher bien Join, ni d'employer des cas compliqués et difficiles. Comme

spécimen de la constatation d’une vérité par la Méthode

de Concordance, j'aurais pu prendre cette proposition, « les chiens aboient ». Ce chien-ci, ce chien-là et cet autre correspondent à ABC, ADE, AFG ; la circonstance d’être chien répond à À, et Aboyer à a. Comme vérité connue par la Méthode de Différence, la proposition « le feu brûle » aurait suffi. Avant de toucher le feu je ne suis pas brûlé; voilà BC. Je touche le feu et je suis brûlé; voilà ABC, aBC.

Ces procédés expérimentaux familiers ne sont pas des inductions pour le docteur Whewell. Ils sont cependant parfaitement homogènes à ceux qui, même dans sa propre exposition, forment la base de la pyramide de la science. En vain essaye-t-1l d'échapper à cette vérité en imposant les restrictions les plus arbitraires au choix des cas recevables comme exemples d’'Induction. Ils ne peuvent, selon lui, être bons, ni lorsqu'ils offrent encore matière à discussion (p. 265), ni, généralement, s'ils sont empruntés aux faits psychologiques ou sociaux (p. 269), ou à l'observation ordinaire et à la vie pratique (pp. 241-247). Ils doivent être tirés exclusivement des généralisations par lesquelles les savants ont remonté jusqu'aux lois supérieures et compréhensives des phénomènes naturels. Or, il est rarement possible, dans ces recherches complexes, d'aller beaucoup au delà des premiers pas sans le secours de la Déduction et sans l’aide temporaire des hypothèses, comme je le soutiens, avec le docteur Whewell, contre l’école empirique pure. Ces cas ne pouvant pas être choisis comme exemples d’application des principes de l'observation et de l'expérimentation pures, le docteur Whewell s’en prévaut à tort pour dire que les Méthodes expérimentales ne servent à rien dans la recherche scientifique; oubliant que si ces méthodes n'avaient pas fourni les premières généralisations, les matériaux auraient manqué à la mise en œuvre de l'induction, telle même qu’il la conçoit. |

Ïl est, du reste, facile de répondre à ce défi de montrer à quelles des quatre méthodes certains cas importants de recherche scientifique peuvent servir d'exemples. « La détermination des orbites planétaires, » — si et en tant

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que c’est un Cas d’induction, — tombe sous la Méthode de Concordance (4). La loi de « la chute des corps,» à savoir, qu’ils parcourent des espaces proportionnels aux carrés des temps, fut — c’est historique — une déduction de la première loi du mouvement; mais les expériences par lesquelles elle fut vérifiée et par lesquelles elle aurait pu être découverte étaient des exemples de la Méthode de Concordance ; et la déviation apparente de la loi produite par la résistance de l’air fut expliquée par des expériences :n vaeuo, qui étaient des applications de la Méthode de Différence. La loi de « la réfraction des rayons lumineux» (la proportion constante des sinus d'incidence et de réfraction dans chaque substance réfringente) fut établie par une mensuration directe et, par conséquent, par la Méthode de Concordance. Les « mouvements cosmiques » ont été déterminés par des opérations mentales très-complexes, dans lesquelles prédominait la Déduction; mais les Méthodes de Concordance et des Variations Concomitantes ont eu une large part dans l'établissement des lois empiriques. Tous les cas, sans excèption, « d'analyse chimique » sont des exemples marquants de la Méthode de Différence. Quiconque entend ces matières, et le docteur Whewell lui-même, ne trouverait pas la plus petite difficulté à désigner les « éléments ABC et abc » de ces cas.

Si l'on a fait des découvertes par l’observation et l’expérimentation seules sans la Déduction, les quatre méthodes sont des procédés de découverte. Mais ne seraient-elles pas des procédés de découverte, il ne serait pas moins vrai pour cela qu’elles sont les seuls procédés de Probation ; et, à ce titre, les résultats même de la Déduction s'y rapportent. Les grandes généralisations commencées comme Hypothèses doivent à la fin être prouvées, et c’est, en réalité (comme on le montrera plus loin), par les Quatre Méthodes qu’elles le sont. À la vérité, cette distinction n’a pas de chance d'agréer au docteur Whewell, car c’est une particularité de

(£) Voir sur ce point le second chapitre de ve Livre.

son système de ne pas admettre la nécessité de la Preuve dans les cas d’induction. Si, après avoir établi une hypothèse et l'avoir soigneusement rapprochée des faits, on ne trouve rien d’inconciliable avec elle, c’est-à-dire si l'expérience ne l'infirme pas, il est pleinement satisfait, du moins jusqu’à ce qu’une hypothèse plus simple, également conciliable avec l'expérience, se présente. Assurément, si c’est là l’Induction, les quatre méthodes ne sont pas nécessaires. Mais admettre qu'il en est ainsi, c’est, selon moi, avoir une idée radicalement fausse de la nature de la constatation des vérités physiques.

L’induction a, pratiquement, tellement besoin d’une sorte de pierre de touche semblable à celle du procédé syllogistique pour le Raisonnement, que des conclusions contraires aux notions les plus élémentaires de la logique inductive sont tirées sans défiance aucune par des hommes éminents dans les sciences, sitôt qu'ils sortent du terrain des faits où ils n'étaient pas réduits à la seule ressource du Raisonnement. Quant aux hommes instruits, en général, il est douteux qu'ils soient maintenant meilleurs juges d’une bonne ou mauvaise induction qu'ils ne l’étaient avant que Bacon eût écrit. Le perfectionnement des résultats de la science ‘s'étend rarement à ses procédés, ou, si cela a lieu, c’est pour le procédé d'investigation seulement et non pour celui de la Preuve. Il n’est pas douteux que plusieurs lois de la nature ont été établies en formant d’abord des hypothèses dont on a reconnu ensuite la conformité avec les faits; et que beaucoup d’erreurs ont été détruites par la connaissance de faits inconciliables ; mais non en remarquant que la direction de la pensée qui avait conduit à l'erreur était elle-même fautive, et que ce vice intrinsèque aurait pu être connu indépendamment des faits qui infirmaient telle ou telle conclusion. C’est ce qui fait que, tandis que l’esprit humain a pratiquement fonctionné correctement en beaucoup de cas, la faculté pensante est toujours restée aussi faible; et que sur tous les sujets où les faits qui contrôleraient les résultats ne sont pas accessibles (comme c’est le cas pour le

monde invisible et même pour le monde visible des régions planétaires), les hommes les plus savants raisonnent aussi pitoyablement que les plus francs ignorants, parce que, bien qu’ils fassent beaucoup de bonnes inductions, ils n’apprennent pas par là (et le docteur Whewell pense qu’il n’est pas nécessaire qu'ils l'apprennent) les principes de la preuve inductive.

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