‹ Système de logique deductive et inductive, exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifiqueChapitre 66 sur 71 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

$ 1. — Le mode d'investigation qui, par suite de l’inaps plicabilité constatée des méthodes directes d'Observation et d'Expérimentation, reste comme principal instrument de la connaissance acquise ou à acquérir relativement aux

condilions et aux lois de réapparition des phénomènes les plus complexes, s'appelle, au sens le plus général, la Méthode Déductive; et consiste en trois opérations : 1° une Induction directe; 2 un Raisonnement ; 8° une Vérification.

J'appelle le premier pas du procédé une opération Inductive, parce que c’est une induction directe qui doit être la base du tout, bien que dans beaucoup de recherches particulières l'induction puisse être remplacée par une déduction antérieure ; mais les prémisses de cette déduction préalable doivent avoir été établies par l'induction.

Le problème de la Méthode Déductive consiste à déterminer la loi d’un effet d’après les lois des diverses tendances dont il est le résultat commun. En conséquente, la première condition à remplir est de connaître les lois de ces tendances, la loi de chacune des causes concourantes, ce qui suppose une observation ou une expérimentation préalable pour chaque cause séparée, ou une déduction préliminaire dont les prémisses supérieures doivent dériver aussi de l’observation ou de l’expérimentation. Ainsi, s’il s'agit des phénomènes sociaux ou historiques, les prémisses dotvent être les lois des causes dont dépendent les phénomènes de cet ordre; et ces causes sont les actions des hommes, ainsi que les circonstances extérieures sous l’influence desquelles le genre humain est placé et qui constituent la condition de l’homme sur la terre, La Méthode Déductive, appliquée aux faits sociaux, doit done commencer par rechercher, ou doit supposer qu’on a déjà recherché, les lois de l’activité humaine et ces propriétés des choses extérieures par lesquelles sont déterminées les actions des hommes en société. Naturellement quelques-unes de ces vérités générales seront obtenues par l'observation et l’expérience, d’autres par déduction. Les lois les plus complexes des actions humaines, par exemple, peuvent être déduites des lois plus simples, mais les lois simples ou élémentaires seront toujours ct nécessairement déterminées par l'induction directe.

Ainsi donc, constater les lois de chacune des causes qui concourent à la production de l’effet est le premier Désidératura de la Méthode Déductive. Connaître ce que sont les causes à rechercher peut être difficile ou ne l’être pas. Duns les cas qui viennent d’être cités, cette première condition est aisément remplie. Que les phénomènes sociaux dépendent des actions et des impressions mentales des hommes, c’est ce qui n’a jamais été mis en doute, quelque imparfaitemient qu'on ait pu savoir par quelles lois ces impressions et cés actes sont régis, ou à quelles conséquences sociales ces lois conduisent naturellement. Il ne peut pas davantage, lorsque les sciences naturelles ont pris un certain développement, y avoir du doute quant aux lois dont dépendent les phénomènes de la vie, puisqu’ellés doivent être les lois mécaniques et chimiques des substances solides et fluides qui constituent les corps organisés, du milieu dans lequel ls subsistent, et, conjointement, les lois vitales particulières des différents tissus composant la structure organique. Dans d’autres cas, en réalité beaucoup plus simples que ceux-là, il n’a pas été aussi facile de voir bien clairement de quel côté il fallait chercher les causes ; dans le cas, par exemple, des phénomènes célestes. Jusqu'au moment où, en combinant les lois de certaines causes, on a trouvé que ces lois expliquent tous les mouvements du ciel observés et donnent le moyen de faire des prédictions qui sont toujours vérifiées, on a ignoré que ces lois étaient les causes. Mais qu’on pose la question ou avant qu’on soit ou alors qu’on est déjà en mesure de la résoudre, elle doit, dans les deux cas, étre réso< lue. Les lois des différentes causes doivent être d’abord déterminées pour pouvoir en déduire les conditions de l'effet.

Le mode de détermination de ces lois n’est et ne peut être que la quadruple méthode de la recherche expérimentale déjà exposée. Il ne nous reste plus qu’un petit nombre de remarques à faire sur l’application de cette méthode aux cas de Composition des Causes.

Il est évident qu'on ne peut espérer trouver la loi d’une

tendance par une induction tirée des cas dans lesquels cette tendance est contrebalancée. Les lois du mouvement n’auraient jamais été manifestées par l'observation. de corps tenus en équilibre par l'action de deux forces opposées. Alors même que la tendance n'est pas, au sens ordinaire du mot, contrebalancée, mais est seulement modifiée, par la combinaison de ses effets propres avec les effets d’autres. tendances, on est encore dans une position défavorable pour déterminer sa loi particulière. Il n’aurait guère été possible de découvrir qu’un corps en mouvement tend à continuer de se mouvoir en ligne droite, par une induction des cas où le mouvement est infléchi en une courbe par une force accélératrice. Malgré les ressources fournies dans ces occasions par la Méthode des Variations Concomitantes, les principes d'une expérimentation judicieuse exigent que la loi de chacune des tendances soit étudiée, si c'est possible, dans des cas où la tendance agit seule ou combinée seulement avec des forces dont l’effet peut, d’après ce qu’on en sait déjà, être calculé et défalqué.

Ainsi donc, dans les cas, malheureusement très-nombreux et importants, où les causes ne se laissent pas séparer et observer chacune à part, il est fort difficile d'établir avec la certitude voulue les fondements inductifs nécessaires pour servir de support à la méthode déductive. Cette difficulté se manifeste au plus haut degré dans l'étude des phénomènes physiologiques, étant impossible d'isoler les agents divers qui composent collectivement un corps organisé sans détruire les phénomènes mêmes qui sont l’objet de la recherche :

— fn poursuivant la vie dans les êtres que nous disséquons Nous la perdons à l'instant où nous la saisissons.

Et j'incline à penser qu’à cause de cela la physiologie est sujette à plus de difficultés, et est moins susceptible de progrès que la science sociale elle-même ; attendu qu'il est moins difficile d'étudier les lois et les opérations d’un

esprit à part des autres esprits, que les lois d’un organe ou tissu du corps humain à part des autres tissus ou organes.

On a judicieusement remarqué que les faits pathologiques, ou, en langue ordinaire, les maladies, dans leurs formes et degrés divers, sont pour la physiologie -un trèsutile équivalent de l’expérimentation proprement dite, car elles nous présentent souvent une aliération définie dans un organe ou une fonction, sans que les autres organes ou fonctions soient affectés, du moins dans le premier moment, Il est vrai que par suite des actions et réactions continuelles de toutes les parties de l’économie, le trouble d’une fonction ne peut guère se prolonger sans s'étendre à plusieurs autres; et quand cela a lieu, l'expérience perd presque toute sa valeur scientifique. Tout dépend de l’observation des premières traces du désordre, qui, malheureusement, sont nécessairement les moins apparentes, Si, cependant, les fonctions et les organes non affectés au début s’affectent ensuite dans un ordre de succession bien déterminé, on aura par là quelque donnée sur l’action qu’un organe exerce sur un autre ; et l’on obtiendra parfois une série d'effets qui pourront avec assez de sûreté être rattachés à la lésion locale primitive. Mais pour cela il est nécessaire de savoir que l'affection primitive était locale; car si elle était, comme on dit, constitutionnelle, c’est-à-dire, si lon ignore dans quelle parue de l’économie animale elle a pris naissance ou quelle est précisément la nalure du désordre survenu dans cette partie, on n'est pas en mesure de dire lequel de ces dérangements était la cause, lequel l'effet, lequel a été produit par un autre, et lequel par l’action directe, quoique tardive peut-être, de la cause originelle.

Indépendamment des faits pathologiques naturels, nous pouvons en créer d’artificiels; nous pouvons expérimenter, même au sens populaire du terme, en soumettant l'être vivant à quelque agent extérieur, comme le mercure de notre premier exemple ou la section d'un nerf pour découvrir les fonctions des diverses parties du système nerveux.

Comme cette expérience n’a pas pour but la solution directe d’une question pratique; mais de découvrir les lois générales desquelles, subsidiairement, les conditions d’un effet particulier donné pourront être dérivées par déduction, les meilleurs cas à choisir sont ceux dont les circonstances peuvent être le mieux déterminées; et tels ne sont pas gé. néralement ceux dans lesquels une question de pratique est engagée. Le mieux est d’expérimenter, non dans l’état de maladie qui est essentiellement variable, mais dans l'état de santé qui est comparalivement stable. Dans l’un entrent en jeu des influences insolites dont on n’a aucun moyen de prévoir les résultats; dans l’autre, le cours des phénomènes physiologiques habituels n’éprouverait, comme on peut le pré sumer en général, aucun trouble, si l’on n’y introduisait pas une cause perturbatrice.

Telles sont, avec l’aide accidentel de la Méthode des Variations Concomitantes (laquelle n’est pas moins encombrée des difficultés particulières du sujet que les méthodes plus élémentaires), nosressources inductives pour déterminer les lois des causes considérées séparément, lorsque nous ne pouvons pas les expérimenter à l’état actuel d’isolement. L'insuffisance de ces ressources est si manifeste, qu’on ne peut être étonné de l'état arriéré de la physiologie, science dans laquelle notre connaissance des causes est si imparfaite que nous ne pouvons ni expliquer, ni sans le secours de l’expérience spécifique, prévoir nombre de faits constatés par l'observation la plus ordinaire. Heureusement, nous sommes beaucoup mieux informés sur les lois empiriques des phénomènes, c’est-à-dire sur les uniformités au sujet desquelles nous ne pouvons pas encore décider si elles sont des cas de causation ou simplement ses résultats. Non-seulement l’ordre de succession des faits organiques et vitaux, depuis le premier germe de l’existence jusqu’à la mort, a été trouvé uniforme et très-exactement constatable; mais, par une large application de la Méthode des Variations Concomitantes à tous les faits d'anatomie comparée et de physiologie, on a pu, en outre, déterminer avec une

grande précision les conditions de structure organique correspondant à chaque classe de fonctions. Si ces conditions organiques sont foutes les conditions, ou si même elles sont des conditions, ou simplement des effets collatéraux de quelque cause commune, nous l’ignorons absolument, et l'ignorerons probablement toujours, à moins que nous ne puissions construire un corps organisé et voir s’il vivrait.

C’est dans ces conditions si défavorables que, pour les cas de cette nature, nous avons à faire le pas inductif initial dans l’application de la Méthode Déductive aux phénomènes complexes. Mais heureusement ce n’est pas là le cas le plus ordinaire. En général, les lois des causes de l'effet peuvent être dérivées par l'induction de cas comparativement simples ou, au pis aller, par déduction, des lois des causes plus simples obtenues de cette manière. Par cas simples, il faut entendre ceux où l’action de chaque cause ne se trouvait pas mêlée ou interposée, du moins dans une grande étendue, à d’autres causes dont les lois étaient inconnues ; et c’est seulement lorsque l'induction qui fournit les prémisses à la Méthode Déductive reposait sur des cas semblables, que l'emploi de cette méthode pour déterminer les lois d’un effet complexe a donné de brillants résultats.

$ 2. — Lorsque les lois des causes ont été déterminées et que le premier pas de la grande opération logique a été fait d’une manière satisfaisante, il y a à faire le second, qui consiste à déterminer, d’après les lois des causes, quel sera l'effet produit par une combinaison donnée de ces causes. Ce procédé est un calcul, dans l’acception la plus large du mot, et souvent même il implique des opérations de calcul proprement dit. C’est un Raisonnement; et lorsque notre connaissance des causes est assez avantée pour s'élever jusqu'aux lois numériques précises qu’elles suivent dans la production de leurs effets, le raisonnement peut prendre pour prémisses les théorèmes de la science des nombres dans toute l’immense étendue de cette science. Non-seulement il nous faut souvent le secours des plus haules mathé-

matiques pour nous metire à même de calculer un effet dont la loi numérique est connue; mais, même avec ce secours, nous ne pouvons pas avancer beaucoup. Aïmsi, dans un cas aussi simple que le problème de trois corps gravitant l’un vers l’autre en raison directe de leur masse et en. raison inverse du carré de la distance, toutes les ressources du calcul n’ont pu jusqu'ici fournir une solution générale, mais seulement approximative. Dans un autre cas un peu plus complexe, mais cependant des plus simples qui se présentent en pratique, celui du mouvement d’un projectile, les causes qui influencent la vitesse et la portée d’un boulet de canon peuvent être connues et calculées ; la force de la poudre, l’angle d’élévation, la densité de l’air, la force et la direction du vent; et c’esl pourtant un des problèmes mathématiques les plus difficiles de combiner toutes ces causes de manière à préciser l'effet résultant de leur action collective.

Les théorèmes de géométrie donnent aussi, comme les théorèmes d’arithmétique, des prémisses au raisonnement, dans les cas où les effets ont lieu dans l’espace et impliquent le mouvement et l'étendue, comme dans la mécanique, l'optique, l'acoustique, l’astronomie. Mais lorsque la complication augmente et que les effets dépendent de causes si nombreuses et si variables qu’elles ne peuvent être formulées en nombres fixes, ou en lignes droites et en courbes régulières (comme en physiologie, sans parler des phénomênes sociaux et psychiques), les lois numériques et géométriques ne sont applicables, quand elles le sont, que sur une échelle assez étendue pour que la précision des détails soit sans importance; et, bien que ces lois jouent un trèsgrand rôle dans les exemples les pius éclatants de l’investigation de la nature par la Méthode Déductive, comme la théorie Newtonienne des mouvements célestes, elles ne font pas toujours nécessairement partie du procédé. Il consiste essentiellement à conclure d’une loi générale à un fait particulier, c’est-à-dire à déterminer, au moyen des circonstances du fait, le résultat requis pour l’accomplissement de

la loi dans ce cas. Ainsi, dans l'expérience de Torricelli, si le fait de la pesanteur de l'air avait été préalablement , connu, il eût été facile, sans aucunes données numériques, de déduire de la loi générale de l'équilibre que le mercure s’arrêterait dans le tube à la hauteur où la colonne de mercure balancerait exactement une colonne d'air d’un diamétre égal, parce qu’autrement, l’équilibre n’existerait pas.

À l’aide de ces déductions des lois séparées des causes, on peut, dans une certaine mesure, trouver une réponse à ces deux questions : une certaine combinaison de causes étant données, quel sera l'effet produit? — Quelle combinaison de causes, si elle existait, produirait tel effet donné? Dans le premier cas, on juge que l'effet aura lieu dans certaines circonstances complexes dont les divers éléments sont connus; dans l’autre, on juge suivant quelle loi (sous quelles conditions antécédentes) un effet complexe donné sera produit.

$ 3. — Mais, pourra-t-on dire, est-ce que les mêmes raisons qui font rejeter comme illusoires les méthodes d’observation et d’expérimentation directes dans J'investigation des loïs des phénomènes complexes ne militent pas avec une égale force contre la Méthode de Déduction? Puisque dans chaque ces particulier une multitude d’influences, souvent inconnues, se croisent et s’entremêlent, quelle assurance avons-nous que nous les avons toutes rassemblées dans notre calcul à priori? Combien n'y en a-t-il pas que nous devons ignorer ? Et parmi celles que nous connaissons, combien il est probable que quelques-unes ont été oubliées? Et les eussions-nous même réunies toutes, quelle prétention plus vaine que de sommer les effets de plusieurs causes, sans connaître les lois numériques de chacune, condition le plus souvent impossible à remplir, et qui, même remplie, le calcul à faire est, dans le cas le plus simple, hors de la portée de la science mathématique avec tous ses derniers perfectionnements !

Ces objections ont une valeur réelle et seraient sans réponse s’il n’y avait pas de contre-épreuve par laquelle on peut reconnaître si quelqu’une de ces erreurs a été commise dans l’application de la Méthode Déductive. Mais cette contre-épreuve existe; et son emploi constitue, sous le titre de Vérification, le troisième élément essentiel de la Méthode Déductive, sans lequel tous les résultats qu’elle peut donner n’ont guère d'autre valeur que celle d’une conjecture. Pour que les conclusions obtenues par déduction soient garanties, il faut que, soigneusement comparées, elles se trouvent d'accord avec les résultats de l’observation directe partout où on peut le constater. Si, lorsque nous avons une expérience à leur comparer, cette expérience les confirme, nous pouvons nous y fier dans d’autres cas pour lesquels l’expérience spécifique nous manque encore. Mais, si la déduction a conduit à conclure qu’un effet donné résulterait de telle ou telle combinaison de causes, ‘il faudra, dans tous les cas où cette combinaison ayant existé l'effet n’a pas eu lieu, pouvoir montrer, ou du moins conjecturer sur des raisons probables, ce qui l’a empêché de se produire; si on ne le peut pas, la théorie est imparfaite et on ne doit pas encore s’y fier. La vérification, en outre, n’est complète qu’autant que quelques-uns des cas où la théorie est confirmée par le résultat observé sont aussi complexes que ceux quelconques à l'égard desquels son application pourrait être réclamée.

Si l’observation directe et la comparaison des faits fournissent des lois empiriques de l'effet (vraies dans tous les cas observés ou dans le plus grand nombre), la vérification la plus sûre dont la théorie soit susceptible serait qu’elle conduisit déductivement à ces mêmes lois empiriques; qu’elle rendit compte par les lois des causes des uniformités complètes ou incomplètes observées dans les phénomènes, ces uniformités devant exister si ces causes sont réellement celles dont les phénomènes proviennent. Ainsi 1l était rationnel d’exiger d’une bonne théorie des mouvements célestes qu’elle conduisit déductivement aux lois de Kepler; et c’est ce que fit la théorie Newtonienne. .

Il est donc important, pour faciliter la vérification des. théories obtenues par déduction, qu’un aussi grand nombre que possible de lois empiriques des phénomènes soient déterminées par une comparaison des eas, conformément à la Méthode de Concordance; et que, en outre, les phénomênes mêmes soient décrits de la manière la plus complète et la plus exacte, en tirant de l'observation des parties l’expression correcte, la plus simple possible, du tout, comme lorsque la série des positions dans le ciel d’une planète fut exprimée d’abord par un cercle, puis par un système d’épicycles, et enfin par une ellipse.

Il importe de remarquer que des cas complexes qui n’auraient servi de rien pour la découverte des lois simples auxquelles nous réduisons les phénomènes, deviennent néanmoins, après qu’ils ont servi à vérifier l’analyse, une confirmation additionnelle des lois mêmes. Quand même nous n’aurions pas pu extraire la loi des faits complexes, si la loi, abtenue d’ailleurs, se trouve d'accord avec le résultat d’un cas complexe, ce cas constitue une nouvelle expérimentation sur la loi, et sert à confirmer ce qu’il ne pouvait faire découvrir. C’est une nouvelle épreuve du principe dans - un groupe de circonstances différent, servant accidentellement à éliminer quelque circonstance qui n'aurait pas été déjà exclue, et dont l'élimination aurait exigé une expérience impossible à exécuter. C’est ce qui ressort d’une manière frappante d’un exemple précédemment cité, quand on constata que la différence entre la vitesse observée et la vitesse calculée du son résultait de la chaleur développée par la condensation qui a lieu dans chaque vibration sonore. C'était une application, dans des circonstances nouvelles, de la loi du développement de la chaleur par la compression, et elle fut un surcroît de preuve de l’universalité de cette loi. Une loi de la nature a donc un degré de plus de certitude s’il se trouve qu’elle explique quelque cas complexe, auquel on ne pensait pas qu’elle fût liée; et c’est là une considération à laquelle les investigateurs scientifiques

attachent habituellement plutôt trop que pas assez de valeur. |

C'est à la Méthode Déductive, ainsi définie dans ses trois parties constituantes, l’Induction, le Raisonnement et la Vérification, que l'esprit de l’homme doit ses plus éclatants triomphes dans l’investigation de la Nature. Nous lui devons toutes les théories qui rassemblent des phénomènes nombreux et compliqués sous quelques lois simples, qui, considérées comme lois de ces phénomènes, n'auraient jamais pu être découvertes par l’étude directe. On peut se faire une idée de ce que nous a valu cette méthode par l'exemple dès mouvements planétaires, un des cas les plus. simples de la Composition des Causes, puisque (sauf un petit nombre d'exemples d’importance secondaire) chacun des corps célestes peut, sans trop d’inexactitude, être considéré comme influencé par l’attraction de deux corps seulement, le soleil et une planète ou un satellite, lesquels, avec la réaction du corps lui-même et la force tangentielle (rien, Je crois, n'empêchant de donner ce nom à la force engendrée par le mouvement propre du corps et agissant dans la direction de la tangente) (1), constituent seulement quatre agents, du concours desquels dépendent les mouvements de ce corps; nombre beaucoup moindre, sans aucun doute, que celui des agents qui déterminent ou modifient les autres grands phénomènes naturels. Comment aurions-nous pu, par la simple comparaison des orbites ou des vitesses de différentes planètes, ou des vitesses ou positions différentes de la même planète, déterminer la combinaison de forces d’où résultent les mouvements des planètes et de la terre? Malgré la régularité de ces mouvements, régularité que présentent rarement les effets d’un -concours de causes, et bien que le retour périodique du même effet donne la preuve positive que toutes les combinaisons de causes reviennent aussi

(4) Il n'y a pas à craindre qu’on confonde cette acception du terme avec

celle qu’il a quand on parle de la « force tangentielle » dans la théorie des perturbations planétaires.

périodiquement, on n'aurait pas su ce qu’étaient ces causes si, par bonheur, l'existence d’influences tout à fait semblables sur notre terre n’avait pas mis les causes elles-mêmes à portée d’être expérimentées dans des circonstances $imples. Comme nous aurons l’occasion plus loin d'analyser ce remarquable exemple de la Méthode de Déduction, nous n'en dirons rien de plus ici, et nous passerons à cette application secondaire de la Méthode Déductive qui a pour

but, non de prouver, mais d’expliquer les lois des phénoménes.

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