VI. — Conclusion sur les attributs
§ 13. — Ainsi donc tous les attributs des corps classés sous la Qualité ou la Quantité sont fondés sur les sensations que nous recevons de ces corps etpeuvent être définis : les pouvoirs qu'ont les corps d'exciter ces sensations. La même expHcation générale convient, avons-nous vu, aux attributs compris sous la Relation. Ces derniers ont également leur fondement dans quelque fait ou phénomène dont les objets en relation sont des parties; ce fait ou phénomène n'étant et n'exprimant pour nous autre chose que l'ensemble des sensations ou autres états de conscience par lesquels il nous est manifesté, et la Relation étant simplement l'aptitude d'un objet à concourir avec l'objet en rapport avec lui à la production de cette suite de sensations ou états de conscience. Nous avons dû, à la vérité, reconnaître un caractère un peu différent à certaines relations particulières, celles de succession et de simultanéité, de ressemblance et de dissemblance, lesquelles, n'.étant pas fondées sur un phénomène distinct des objets en relation, n'admettent pas la même analyse. Mais, bien que ces relations ne soient pas fondées comme les autres sur des états de conscience, elles sont elles-mêmes des états de conscience. La ressemblance n'est que notre sentiment de ressemblance, la succession notre sentim.ent de succession ; ou, si cela était contesté, — discussion qu'on ne pourrait aborder ici sans outre-passer les bornes de la logique, — il reste certain, du moins, que notre connaissance et même la possibihté de la connaissance de ces relations ne
80 DES NOMS ET DES PKOPOSlTIONS.
concerne que celles qui existent entre des sensations ou autres étals de conscience; car, quoiqu'on attribue la Ressemblance, la Succession, la Simultanéité aux objets et aux attributs, c'est toujours en vertu de la Ressemblance, Succession ou Simultanéité des sensations que les objets excitent, et sur lesquelles ces attributs sont fondés.
§ ili. — Dans ce qui précède, nous avons, pour simplifier, considéré seulement les corps et laissé les esprits. Mais tout ce que nous avons dit des premiers s'applique, mutatis mutandis, aux derniers. Les attributs des esprits sont comme ceux des corps fondés sur des sentiments, des états de con* science ; mais dans un esprit nous avons à considérer ses propres états, eten outre les états qu'il détermine dans d'autres esprits. Tout attribut d'un esprit consiste, soit à être affecté, soit à affecter les autres d'une certaine manière. D'un esprit considéré en lui-mêm.e on ne peut rien affirmer que la série de ses propres sentiments. Lorsqu'on dit d'un homme qu'il est pieux ou superstitieux, sérieux ou gai, on eniend que les idées, les émotions, les volitions exprimées par ces mots entrent poui* une part considérable dans la série de sentiments et d'états de conscience qui constitue l'existence intellectuelle et morale de cet homme.
Indépendamment de ces attributs d'un esprit fondés sur ses propres états, il y en a d'autres fondés, comme pour le corps, sur les sentiments qu'il excite dans les autres esprits. A la vérité un esprit ne peut pas, comme un corps, exciter des sensations, mais il peut exciter des pensées ou des émotions. L'exemple le plus remarquable, sous ce rapport, est l'emploi des termes qui expriment l'approbation ou le blâme. Ainsi lorsque nous disons du caractère d'un individu qu'il est admirable, nous voulons dire qu'il excite le sentiment d'admiration, et aussi quelque chose de plus, car le mot implique que non -seulement nous éprouvons de l'admiration, mais que nous approuvons ce sentiment en nous-mêmes. Dans certains cas où un seul attribut semble être affirmé, il y en a en réalité deux, dont l'un représente un état de l'esprit
même, l'autre un état déterminé dans d'autres esprits, comme lors(jue nous disons d'un homme qu'il est généreux. Le mo générosité exprime un certain état d'esprit, mais, étant un terme de louanî:>e, il exprime aussi que cet état (i'esprit excite en nous un aulre état me;ital, appelé l'approbation. L'affirmation est donc en ce cas double, et se formulerai ainsi : certains sentinfienîs composent habiîuellement une partie de l'existence morale de cette personne, et l'idée de ces sentiments excite en nous ou en d'autres le sentiment de l'approbation.
On peut donner aux corps, de même qu^aux esprits, des attributs fondés sur des idées et des émotions, comme lorsqu'on parle de la beauté d'une statue, car cet attribut se fonde sur le sentiment particulier de plaisir que la statue nous fait éprouver et qui n'est pas une sensation, mais une émotion.