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dénotât des individus non contenus dans le genre, et elle doit connoter quelque chose de plus, car, sans cela, elle contiendrait le genre tout entier. Animal dénote tous les individus dénotés par Homme , plus beaucoup d'autres. Homme, par conséquent, doit connoter tout ce que Animal connote, autrement il pourrait y avoir des hommes qui ne seraient pas des animaux, et il doit connoter quelque chose de plus qtie ne connote animal, autrement tous les animaux seraient des hommes. Ce surplus de connotation, qui est ce que l'espèce connote de plus que le genre, est la DifTerentia ou différence spécifique. En d'autres termes, la Differentia est ce qui doit être ajouté à la connotation du genre pour compléter la connotation de l'espèce.
Le mot Homme, indépendamment de ce qu'il connote en commun avec Animal , connote aussi la Rationalité, et, au moins, quelque chose d'approchant de cette forme extérieure connue de tous, et que nous nous contentons d'appeler la forme humaine, n'ayant pas de nom pour la désigner directement en elle-même. La Differentia ou différence spécifique de l'homme, en tant qu'appartenant au genre animal, est donc cette forme extérieure et la possession de la Raison. Les aristotéliciens disaient que c'était la Raison, sans la forme extérieure. Mais avec cette théorie ils auraient été obligés d'appeler les Houyhnhnms des hommes. La question n'a jamais été posée, et ils n'ont pas été mis en demeure de décider comment l'existence de tels êtres aurait inffué sur leur conception de l'essentialité. Quoi qu'il en soit, ils trouvaient cette parcelle de Differentia très- suffisante pour distinguer une espèce de toutes les autres choses existantes, quoique par ce moyen ils n'épuisassent pas la connotation du nom.
§ 6. ^ — Mais ici il est nécessaire d'observer, pour ne pas laisser trop restreindre la notion de la Différence, qu'une espèce, même rapportée au même genre, n'aura pas toujours la même différence; elle pourra en avoir une autre suivant le principe et le but particulier de la classification. Ainsi, un naturaliste observe les diverses espèces d'ani-
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maux et établit la classificalioii qu'il juge le mieux appropriée, au point de vue zoologique, à l'idée qu'on doit en avoir. Dans cette vue, il trouve à propos d'adopter comme une de ses divisions fondamentales celle des animaux à sang chaud et des animaux à sang froid ; ou bien des animaux respirant par des poumons ou respirant par des branchies ; ou bien celle des carnivores et des herbivores, frugivores et granivores ; ou des animaux marchant sur la plante du pied ou sur l'extrémité des doigts, distinction sur laquelle Guvier a étabH quelques-unes de ses familles. En faisant cela, le naturaliste crée des choses véritablement nouvelles, qui ne sont pas du tout celles auxquelles l'animal individuel est spontanément et familièrement rapporté; et l'on n'aurait jamais songé à leur assigner une place si prééminente dans l'arrangement du règne animal, si l'on n'avait pas eu en vue une convenance scientifique ; et la liberté de faire ainsi est illimitée. Dans les exemples précédents la plupart des classes sont Réelles, puisque chacune de leurs particularités est l'indice d'une multitude de propriétés appartenant à la classe qu'elle caractérise. Mais, même dans le cas contraire, c'està-dire si les autres propriétés de ces classes pouvaient toutes être déduites, par quelque procédé, de la particularité sur laquelle la classe est fondée, même alors le naturahste serait autorisé à établir ses divisions principales sur ces propriétés dérivées, si elles étaient d'une importance capitale pour le but particulier qu'il a en vue.
Si donc la simple convenance pratique suffît pour nous autoriser à tracer dans nos grandes distributions des objets des lignes qui ne coïncident pas avec les distinctions de Nature, et de créer ainsi, au sens populaire, des genres et des espèces qui ne sont pas du tout des genres et des espèces au sens rigoureux, nous serons à fortiori en droit, lorsque nos genres et espèces sont des espèces et des genres réels, de marquer leur distinction par celles de leurs propriétés que les besoins et convenances pratiques nous recommandent le plus fortement. Si dans un genre donné nous taillons une espèce, l'espèce homme, par exemple, dans le genre
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animal, avec Fintention que la particularitc qui doit nous guider pour l'application du nom Homme soit la Rationalité, la rationalité est alors la Différence de l'espèce homme. Supposons, au contraire, qu'étant naturalistes, nous taillions, d'après des vues particulières de notre science, dans le genre animal la même espèce Homme, mais avec l'intention que la distinction entre l'homme et les autres çspèces animales doive être, non la rationalité, mais « quatre dents incisives à chaque mâchoire, des canines solitaires, et la station droite » ; il est évident que le mot homme, employé au sens du naturaliste, ne connote plus alors la rationalité, et connote les trois propriétés énumérées ; car ce que nous avons expressément en vue en imposant un nom fait certainement partie de sa signification. On peut donc ériger en maxime, que toutes les fois qu'un genre étant donné, une espèce est circonscrite dans ce genre par une différence assignable, le nom de l'espèce doit être connotatif, et doit connoter la différence ; mais la connotation peut être spéciale, non impliquée dans la signification usuelle du terme, et résulter de son emploi comme terme d'art ou de science. Le mot Homme, dans l'usage ordinaire, connote la rationalité et une certaine forme, mais il ne connote pas le nombre et la nature des dents. Dans le système de Linnée il connote le nombre des incisives et des canines, mais il ne connote ni la rationalité, ni une forme particulière. Le mot homme a, par conséquent, deux acceptions différentes, bien qu'il ne soit pas considéré comme ambigu, parce que dans ces deux cas il dénote les mêmes objets individuels. Mais on peut supposer un cas où l'ambiguïté deviendrait évidente. Il suffît d'imaginer qu'on découvrît quelque nouvel animal ayant les trois caractères distinclifs de l'humanité assignés par Linnée, mais qui n'aurait ni la raison, ni la forme humaine. Dans la manière ordinaire de parler, ces animaux ne seraient pas appelés des hommes, mais en histoire naturelle ils pourraient être ainsi appelés par les partisans, s'il s'en trouvait, de la classification Linnéenne ; et alors s'élèverait la question de savoir si le mot homme continuerait d'être employé en deux sens, ou
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si la classification seraii abandonnée et, avec elle; la signification technique du terme.
Des mots non connotatifs peuvent, de la manière ci-dessus indiquée, acquérir une connotation spéciale ou technique. Ainsi le mot Blancheur ne connote rien; il dénote simplement l'attribut correspondant à une certaine sensation; mais si nous voulions faire une classification des couleurs, et justifier, ou même seulement indiquer, la place assignée à la Blancheur dans notre arrangement, nous pourrions la définir : « la couleur produite par le mélange de tous les rayons simples » , et ce fait, quoique nullement impliqué dans la signification usuelle du mot Blancheur, et connu seulement par une investigation scientifique, fera partie de sa signification dans un traité d'optique, et deviendra la Difï'erentia de l'espèce (^).
La Différence, donc, d'une espèce peut être définie en disant qu'elle est cette partie de la connotation du nom spécifique, soit usuelle, soit spéciale et technique, qui distingue l'espèce en question de toutes les autres espèces du genre auquel elle est rapportée.
§ 7. — Maintenant que nous en avons fini avec Genus, Species et Differenlia, nous trouverons peu de difficulté à nous faire une idée nette des deux autres Prédicables et de leur rapport entre eux et avec les trois premiers.
Dans la terminologie Aristotélique, le Genre et la Différence sont de Vessence du sujet, ce qui, on l'a vu, veut dire seulement que les propriétés signifiées par le genre et par la différence font partie de la connotation du nom qui dénote l'espèce. D'un autre côté, Proprium et Accidens ne font pas partie de l'essence, et ne sont dits de l'espèce qu'ûcadentellement. Ils sont l'un et l'autre des Accidents, au sens
(1) Si toutefois on accorde une différence à ce qui n'est pas réellement une espèce. Car la distinction des espèces, au sens où nous l'avons expliquée, n'étant pas applicable aux attributs, il suit de là que bien qu'on puisse ranger les attributs en classes, ces classes ne peuvent être acceptées pour des genres pu des espèces que par courtoisie.
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large dans lequel l'accident est opposé à l'essence , bien que dans la théorie des prédicables, Accidens soit un accident particulier et Proprium un autre. Proprium, disaient les scholastiques, est attribué accidentellement^ mais nécessairement ; ou, comme ils l'expliquaient mieux, il signifie un attribut qui, à la vérité, ne fait pas partie de l'essence, mais qui en découle et en est une conséquence, et est, par conséquent, inséparablement lié à l'espèce. C'est ainsi, par exemple, que les propriétés du triangle, bien que non comprises dans sa définition, doivent nécessairement appartenir à tout ce qui tombe sous cette définition. Accidens^ au contraire, n'a aucune connexioa avec l'essence; il peut aller et venir, et l'espèce reste ce qu'elle était auparavant. Si une espèce pouvait exister sans ses Propria , elle pourrait exister sans ce à quoi ces Propria sont nécessairement liés comme conséquences, et, par conséquent, sans son essence, sans ce qui la fait espèce. Mais un Accident séparable ou non séparable de l'espèce dans un cas donné peut en être supposé séparé sans entraîner nécessairement une altération dans ses propriétés essentielles, puisque l'accident est sans connexion avec elles.
Un Proprium de l'espèce peut donc être défini un attribut qui appartient à tous les individus de Tespèce, et qui, bien que non connoté par le nom spécifique, découle cependant de quelque attribut que le nom connote, soit dans son acception usuelle, soit dans une acception spéciale.
Un attribut peut dériver d'un autre de deux manières, et ily a conséquemment deux sortes de Proprium. Il peut en dériver comme une conclusion dérive des prémisses, ou comme un effet de sa cause. Ainsi l'attribut d'avoir les côtés opposés égaux, qui n'est pas un de ceux que le mot Parallélogramme connote, suit néanmoins de ceux qu'il connote et qui sont d'avoir les côtés opposés formés de lignes droites et parallèles et quatre côtés. L'attribut donc d'avoir les côtés opposés égaux est un Proprium de la classe Parallélogramme, et un Proprium de la première espèce, qui suit, par voie de démonstration^ des attributs connotés. L'attribut
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de la Parole est im Proprium de l'espèce homme, puisque, sans être connoté par le mot, il dérive d'un attribut que le mot connote, l'attribut rationalité. Mais c'est là un Proprium de la seconde espèce qui suit par voie de caiisation. Comment se fait-il qu'une propriété dérive ou peut être inférée d'une autre ; sous quelles conditions cela se peut-il, et quel est le sens précis de ces expressions? Ce sont là des questions dont nous nous occuperons dans les deux livres suivants. Pour le moment, il suffît d'établir que le Proprium, qu'il soit posé par démonstration ou par causation, l'est toujours nécessairement ; c'est-à-dire que son absence serait inconciliable avec quelque loi qui nous semble faire partie de la constitution de notre faculté pensante ou de l'univers.
§ 8. — Sous le dernier prédicable, Accidens, sont compris tous les attributs d'une chose qui ne sont pas impliqués dans la signification (usuelle ou technique) du nom, et qui n'ont, autant qu'on peut le savoir, aucune connexion nécessaire avec les attributs connotés par le nom. On les divise communément en Accidents Séparables et Inséparables. Les accidents inséparables sont ceux qui , bien que n'ayant pas, qu'on sache , de connexion avec les attributs constitutifs de l'espèce, et pouvant, par conséquent, ce semble, être absents sans rendre le nom inappKcable et changer l'espèce en une autre espèce, ne sont cependant en fait jamais absents. On exprime ceci d'une manière plus précise en disant que les accidents inséparables sont des propriétés appartenant universellement, mais non nécessairement, à l'espèce. Ainsi, la couleur noire est un attribut du corbeau, et, autant qu'on peut le savoir, un attribut universel. Mais si l'on découvrait une race d'oiseaux Blancs, ressemblant sous les autres rapports aux corbeaux , on ne dirait pas : ce ne sont pas des corbeaux; on dirait : ce sont des corbeaux Blancs. Corbeau, par conséquent, ne connote pas la couleur noire, et la couleur noire ne peut pas non plus être inférée d'un des attributs quelconques que le nom, usuellement ou techniquement employé, connote. Non-seulement, donc, on peut
concevoir un corbeau blanc , mais encore on ne voit pas pourquoi un animal pareil ne pourrait pas exister. Cependant, comme on ne connaît que des corbeaux noirs, la couleur noire est, dans Fétat présent de notre connaissance, un accident, mais un accident inséparable de l'espèce corbeau. Les accidents séparables sont ceux qu'en fait on trouve absents de l'espèce, et qui ne sont ni nécessaires, ni même universels. Ils sont de ceux qui n'appartiennent pas à chaque individu de l'espèce, mais à quelques-uns seulement, ou qui appartiennent à tous, mais pas toujours. Ainsi la couleur d'un Européen est un des accidents séparables de l'espèce humaine, parce qu'elle n'est pas un attribut de tous les hommes. Être né est aussi (au sens logique) un accident séparable de l'espèce homme, parce que, quoique ce soit un attribut de tous les humains, il ne l'est qu'à un certain moment. A fortiori, les attributs qui ne sont pas constants, même chez le même individu, comme d'être dans un Heu ou dans un autre, d'avoir chaud ou froid, d'être assis ou de marcher, doivent être classés parmi les accidents séparables.