DE LA MÉTHODE DÉDUCTIVE
§ 1. — Le mode d'investigation qui, par suite de l'inap* plicabilité constatée des méthodes directes d'Observation et d'Expérimentation, reste comme principal instrument de la connaissance acquise ou à acquérir relativement aux
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conditions et aux lois de rcapparilion des phénomènes les plus complexes, s'appelle, au sens le plus général, la Méthode Déductive; et consiste en trois opérations : 1"* une Induction directe ; 2" un Raisonnement ; 3° une Vérification.
J'appelle le premier pas du procédé une opération Inductive, parce que c'est une induction directe qui doit être la base du tout, bien que dans beaucoup de recherches particuUères l'iaduction puisse être remplacée par une déduction antérieure ; mais les prémisses de cette déduction préalable doivent avoir été établies par l'induction.
Le problème de la Méthode Déductive consiste à déterminer la loi d'un eiï'et d'après les lois des diverses tendances dont il est le résultat commun. En conséquence, la première condition à remplir est de connaître les lois de ces tendances, la loi de chacune des causes concourantes, ce qui suppose une observation ou une expérimentation préalable pour chaque cause séparée, ou une déduction préliminaire dont les prémisses supérieures doivent dériver aussi de l'observation ou de l'expérimentation. Ainsi, s'il s'agit des phénomènes sociaux ou historiques, les prémisses doivent être les lois des causes dont dépendent les phénomènes de cet ordre; et ces causes sont les actions des hommes, ainsi que les circonstances extérieures sous l'inlluencc desquelles le genre humain est placé et qui constituent la condition de l'homme sur la terre. La Méthode Déductive, appliquée aux faits sociaux, doit donc commencer par rechercher, ou doit supposer qu'on a déjà recherché, les lois de l'activité humaine et ces propriétés des choses extérieures par lesquelles sont déterminées les actions des hommes en société. Naturellement quelques-unes de ces vérités générales seront obtenues par l'observation et l'expérience; d'autres par déduction. Les lois les plus complexes des actions humaines, par exemple, peuvent être déduites des lois plus simples, mais les lois simples ou élémentaires seront toujours et nécessidremcnt déterminées par l'induction directe.
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Ainsi donc, constater les lois de chacune des causes qui concourent à la production de l'efTet est le premier Desideratum de la Méthode Déductive. Connaître ce que sont les causes à rechercher peut être difficile ou ne l'être pas. Dans les cas qui viennent d'être cités, cette première condition est aisément remplie. Que les phénomènes sociaux dépendent des actions et des impressions mentales des hommes, c'est ce qui n'a jamais été mis en doute, quelque imparfaitement qu'on ait pu savoir par quelles lois ces impressions et ces actes sont régis, ou à quelles conséquences sociales ces lois conduisent naturellement. Il ne peut pas davantage, lorsque les sciences naturelles ont pris un certain développement, y avoir du doute quant aux lois dont dépendent les phénomènes de la vie, puisqu'elles doivent être les lois mécaniques et chimiques des substances solides et fluides qui constituent les corps organisés, du milieu dans lequel ils subsistent, et, conjointement, les lois vitales particulières des diflerents tissus composant la structure organique. Dans d'autres cas, en réahté beaucoup plus simples que ceux-là, il n'a pas été aussi facile de voir bien clairement de quel côté il fallait chercher les causes ; dans le cas, par exemple, des phénomènes célestes. Jusqu'au moment où, en combinant les lois de certaines causes, on a trouvé que ces lois expliquent tous les mouvements du ciel observés et donnent le moyen de faire des prédictions qui sont toujours vérifiées, on a ignoré que ces lois étaient les causes. Mais qu'on pose . la question ou avant qu'on soit ou alors qu'on est déjà en mesure de la résoudre, elle doit, dans les deux cas, être résolue. Les lois des différentes causes doivent être d'abord déterminées pour pouvoir en déduire les conditions de l'etfet.
Le mode de détermination de ces lois n'est et ne peut être que la quadruple méthode de la recherche expérimentale déjà exposée. Il ne nous reste plus qu'un petit nombre de remarques à faire sur l'application de cette méthode aux cas de Composition des Causes.
li est évident qu'on ne peut espérer trouver la loi d'urie
tendance par une induction tirée des cas dans lesquels celle tendance est contrebalancée. Les lois du mouvement n'auraient jamais été manifestées par l'observation de corps tenus en équilibre par l'action de deux forces opposées. Alors même que la tendance n'est pas, au sens ordinaire du mot, contrebalancée, mais est seulement modifiée, par la combinaison de ses effets propres avec les effets d'autres tendances, on est encore dans une position défavorable pour déterminer sa loi particulière. Il n'aurait guère été possible de découvrir qu'un corps en mouvement tend à continuer de se mouvoir en ligne droite, par une induction des cas où le mouvement est infléchi en une courbe par une force accélératrice. Malgré les ressources fournies dans ces occasions par la Méthode des Variations Concomitantes, les principes d'une expérimentation judicieuse exigent que la loi de chacune des tendances soit étudiée, si c'est possible, dans des cas où la tendance agit seule ou combinée seulement avec des forces dont l'effet peut, d'après ce qu'on en sait déjà, être calculé et défalqué.
Ainsi donc, dans les cas, malheureusement très-nombreux cl importants, où les causes ne se laissent pas séparer et observer chacune à part, il est fort difficile d'établir avec la certitude voulue les fondements inductifs nécessaires pour servir de support à la méthode déductive. Cette difficulté se manifeste au plus haut degré dans l'étude des phénomènes physiologiques, étant impossible d'isoler les agents divers qui composent collectivement un corps organisé sans détruire les phénomènes mêmes qui sont l'objet de la recherche :
— En poursuivant la vie dans les êtres que nous disséquons Nous la perdons à Vinstant où nous la saisissons.
• Et j'incUne à penser qu'à cause de cela la physiologie est sujette à plus de difficultés, et est moins susceptible de progrès que la science sociale elle-même ; attendu qu'il est moins difficile d'étudier les lois et les opérations d'un