CHAPITRE IV
DES PROPOSITIONS
^1 — En traitant des Propositions, comme déjà en traitant des Noms, il convient d exposer d abord queliiues considérations comparativement élémentaires sur leurs formes et leurs variétés, avant d^entreprendre l'analyse de leur signification, qui est le sujet et le but propres decespre-
liminaires.
Une proposition, avons nous dit précédemment, est un discours dans lequel un prédicat est affirmé ou nié d^m sujet. Un prédicat et un sujet sont tout ce qui est nécessairement requis pour faire une proposition. Mais comme on ne peut pas conclure en voyant seulement deux noms unis ensemble qu'ils sont un prédicat et un sujet, c'est-à-dire que l un des deux devra être affirmé ou nié de l'autre, il faut necessairement qu'il y ait quelque moyen d'indiquer que telle est l'intention de celui qui parle, quelque signe pour faire distinouer une attribution de tout autre espèce de discours. C'est ce qui se fait quelquefois par une légère modification d'un des mots, appelée inflexion, comme lorsque nous disons le Feu brûle ; le cbangement du second mut brûler (l'infinitif) en brûle indique que nous entendons affirmer le prédicat Brûler du sujet Feu. Mais celle fonction est plus communément remplie par les mois est, quand on entend affirmer, nest pas, quand on entend nier, ou par quelque autre temps du verbe être. Le mot qui sert amsi de signe de prédication s'appelle, comme nous l'avons dit déjà, la copule II importe de ne laisser aucun vague dans la conception de la nature et de l'office de la copule; car les notions confuses sur ce point sont une des causes qui ont donne un air de mystère à la logique, et fait tourner ses spéculalions en logomachies.
H paraît d'abord que la copule est quelque chose de plus qu'un simple signe de prédication; qu elle signifie aussi ['existence La proposition : Socrate est juste, semble impliquer,
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non-seulement que la qualité jifste peut être affirmée de Socrale, mais de plus, que Socrate est, c'est-à dire existe. Ceci, cependant, montre simplement qu'il y a ambiguïté dans le moi est, mot qui, non-seulement fait fonction de la copule dans Taffirmalion, mais a, en outre, un sens propre, en vertu duquel il peut être lui-même le prédicat d'une proposition. Mais que son emploi comme copule n'enferme pas nécessairement l'affirmation d'existence, c'est ce qui ressort d'une proposition comme celle-ci : e Un centaure est une fiction des poètes, » proposition dans laquelle il ne peut pas être impliqué que le centaure existe, puisque la proposition elle-même énonce expressément que l'objet n'a pas d'existence réelle.
On remplirait des volumes des spéculations frivoles sur la nature de l'Être (tô ov, oùai'a, Ens, Entitas, Essentia, etc.) qu'a fait naître celle double signification du mot être, auquel on voulait trouver un sens qui s'appliquât à tous les cas, et qu'on supposait devoir exprimer toujours la même idée, quand il signifie simplement exister et (juand il signifie être quelque chose de déterminé, comme être Sociale, être vu, être un fantôme, et même être une non-entité. Le brouillard formé dans ce petit coin se répandit de trèsbonne heure sur toute la surface de la métaphysique. Nous ne pouvons pourtant pas nous croire supérieurs à ces grands génies, Platon et Aristote, parce que nous sommes maintenant en mesure d'éviter les erreurs dans les(|mlles ils sont, peut-être inévitablement, tombés. Le chauffeur d'une macliine à vapeur produit, par son action musculaire, de bien plus grands effets que n'aurait pu en produire Milon de Crotone; mais il n'est pas pour cela un homme plus fort. Les Grecs ne connaissaient guère d'aulres langues que la leur propre, et il leur était, par conséquent, plus difficile qu'à nous d'actjuérir l'aptitude à démêler les ambiguïtés. Un des avantages de l'étude de plusieurs langues, et principalement de celles dont de grands esprits se sont servis pour exposer leurs pensées, est la leçon pratique qu'elle nous donne relativement à l'ambiguïté des mots, en montrant
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que le même mot dans ane langue correspond, en diverses occasions, à des mots diiïcrenls dans une aulre. Sans cet exercice, les inlellii^ences même les plus fortes trouvent de la diCficLillé à croire que les choses qui portent le même nom n'ont pas aussi, sous un rapport ou sous un autre, une même nature, et bien des fois elles dépensent sans profit beaucoup de travail (comme il est arrivé souvent aux deux philosophes grecs) en de vaines tentatives pour découvrir en quoi C(msiste celte nature commune. Mais, l'habitude une fois prise, des esprits très -inférieurs sont capables d'apercevoir les ambiguïlés qui snnt communes à plusieurs langues; et il est surprenant que celle dont il est ici question ait été méconnue par presque tous les auteurs, biefi qu'elle existe dans les langues modernes comme dans les anciennes. Hobbes avait déjà remarqué la masse de spéculai ions futiles produite [)ar une fausse conception de la nature de la copule ; mais M. Mill (1) est, je crois, le premier qui ait netiement caractérisé l'ambiguïté, et fait voir combien d'erreurs dans les systèmes de philosophie reçAis lui sont imputables. Elle n'a guère moins vicié les systèmes modernes que les anciens, bien que, n'étant pas encore complètement soustraits à leur influence, ces erreurs ne nous y paraissent pas aussi
absurdes.
Nous exposerons maintenant en peu de mots les principales distinctions existant entre les propositions, ainsi que les termes techniques le plus communément employés pour les exprimer.
§ 2. — Une proposition étant un discours dans lequel une chose est affirmée ou niée d'une autre chose, la première division est celle des propositions Affirmatives et Négatives. Une proposition affirmative est celle dans laquelle le prédicat est affirmé du sujet, comme : César est mort. La négative est celle dans laiiuelle le prédicat est )iié du sujet, comme : César n'est pas mort. La copule dans cette der-
(1) Analyse de Vesprit humain, p. 126 et suiv.
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niére forme consiste dans les mots ri est pas, qui sont le sione de négation; est élant celui de l'alTlrmation.
"^Quelques 1 giriens, notamment flnbbcs, établissent autrement cette distinction. Ils n'admettent qu'une seule forme de la copule et attachent le signe négatif au prédicat. «César ggl j^^it. » — « César n'est pas mort » sont, disent-ils, des propositions qui s'accordent dans le sujet seul, et non dans lesujet et le prédicat à la fois. Pour eux, le prédicat de la seconde proposition serait constitué par « n'est pas mort» et non par « mort ^ ; et en conséquence ils définissent la proposition négative, celle dont le prédicat est un nom né-alif. Ce point, quoique peu important pratiquement, doit être cité comme un exemfde assez fré(iuent en logique, où, par une apparente simplification, qui est purement verbale, le sujet devient plus embmuillé qu'auparavant. L'idée de CCS auteurs était qu'ils pouvaient se passer de la distihction entre l'aKirmalif et le négatif, en considérant la négation comme l'affirmation d'un nom négatif. Mais qu'entend-on par un nom négatif? C'est un nom exprimant V absence d'un attribut. Ainsi, quand nousaffirmonsun nom nngatif, ce que nous affirmons est l'absence et non la présence d'une chose. Nous ne disons pas que queb^ue chose est, mais que quelque chose n est pas, opération à l'expression de laquelle aucun mot né semble mieux convenir que le mot Nier. La distinction fondamentale est entre un fait et la non existence de ce fait, entre voir une chose et ne pas la voir, entre César mortel César pas mort Si cette distinction était purement verbale, la généralisation qui réunit en un seul ces deux modes d'énonciation serait véritablement une simplification; mais la distinction étant réelle et portant sur les faits, c'est cette généralisation (jui, en supprimant la distinction, est verbale, et tend à obscurcir le sujet en considérant la différence entre deux sortes de faits comme une différence entre deux sortes de mots. Mettre deux choses ensemble ou les mettre et garder chacune à part, seront toujours des opérations différentes, quelques tours d'adresse qu'on fasse avec les raots.
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La même remarque peut s'appliquer à la plupart des distinctions établies entre les propositions suivant ce qu'on appelle \eur?7wdaiité, telh' (jue la différence de temps : a le soleil s'est levé, le soleil se lève, le soleil se lèvera. » Ces différences pourraient, comme celle de l'affirmation et de la né- <Tati()n, être interprétées en considérant la circonstance du temps comne une simple modification du prédicat : a le soleil est un ohjet s'étont levé, le soleil est un objet se levant maintenant, le soleil est un objet qui se lèvera à H avenir »; mais cette simplilication serait purement verbale. Passés, présents ou futurs, ces levers ne sont pas des espèces différentes de levers ; ces circonstances de temps se rapportent à l'événement annoncé, au lever quotidien du soleil. Elles affectent, non le prédicat, mais l'applicabilité du prédicat à un sujet particulier. Ce que nous disons être passé, présent, futur, n'est pas ce qui est siïî^nirié par le sujet et par le prédicat; mais spécialement et expressément ce qui est signifié par l'assertion, par la proposition même, et non par l'un ou Fautre ou par l'un et l'autre de ses termes. En conséiiuence, la circonstance de temps se rapporte proprement à la copule qui est le signe de prédication, et non pas au prédicat. Si l'on ne peut pas dire la même chose des modalités comme cellesci : « César peut être mort; César est peut-être mort; il est possible que César soit mort », c'est uniquement parce que ces modifications sont tout à fait d'un autre genre, n'annonçant rien de relatif au fait même, mais se rapportant seulement à noire situation d'esprit à l'égard de ce fait, à savoir, l'absence de non-croyance positive à son existence. Ainsi ^ César pe?ft être mort » signifie a je ne suis pas sûr que César soit vivant ».
§ 8. — Une seconde division des propositions est celle en Simples et Complexes. Une proposition simple est celle dans lai|uelie un seul prédicat est allirmé ou nié d'un seul sujet; la pro^)osilion complexe, celle dans laquelle il y a plus d'un sujet ou plus d'un prédicat, ou à la fois plusieurs sujets et plusieurs prédicats. ^
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A première vue celte division a l'air d'une absurdité, en ce qu'elle établit gravement une distinction des choses en une et en plus d'une, comme si on divisait ies chevaux en chevaux individuels et en attelages de chevaux. Et, en effet, souvent ce qu'on appelle une proposition complexe n'est pas une proposition du tout, mais consiste en plusieurs propositions réunies ensemble par une conjonction ; celle-ci, par exemple : « César est mort et Brutus est vivant, » ou même celle-ci : « César est mort, }7îais Brutus est vivant. » Il y a là deux assertions distinctes; et on pourrait aussi bien appeler une rue une maison complexe, comme ces deux propositions une proposition complexe. Les termes syncatégorématiques et et mais ont sans doute une signification ; mais cette signification est si loin de faire des deux propositions une proposition unique, qu'elle y en ajoute une troisième. Les particules sont des abréviations et, en général, des abréviations de propositions, une sorte de tachygraphie par laquelle une pensée dont l'expression développée exigerait une ou plusieurs propositions est suggérée à l'esprit tout à la fois. Ainsi les mots : César est mort et Brutus est vivant seront équivalents à ceux-ci : César est mort, Brutus est vivant, si l'on vent que les deux premières propositions soient pensées ensemble. Si Ton disait : César est mort, 7nais Brutus est vivant, le sens serait équivalent aux mêmes trois propositions à la fois, plus cette quatrième : e Entre les deux propositions précédentes il y a un contraste, j> soit entre les faits mêmes, soit entre les sentiments avec lesquels on désire que ces faits soient considérés.
Dans ces exemples les deux propositions sont manifestement distinctes, chaque sujet ayant son prédicat séparé et chaque prédicat son sujet. Cependant, pour abi éger et éviter des répétitions, on lie souvent ensemble les deux propositions, comme dans celle-ci : « Pierre et Jacques prêchèrent à Jérusalem et en Galilée, » laquelle contient quatre propositions : Pierre prêcha à Jérusalem , Pierre prêcha en Galilée, Jacques prêcha à Jérusalem, Jacques prêcha en Gahlée.
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On a vu que lorsque les propositions comprises dans ce qu'on appelle une proposition romplexe sonl énoncées absolument, sans condition ni restriction, celle prétendue proposition n'est pas une proposition du tout, mais un amas de propositions, puisque ce qu'elle exprime ne consiste pas en une seule assertion, mais en plusieurs nssertions (jui, vraies jointes ensemble, le sont aussi séparément. Mais il y a une classe de propositions qui, bien qu'offrant une pluralité de sujets et de prédicats et pouvant ainsi, en un sens, être considérées comme forméiB de plusieurs propositions, ne contiennent cependant qu'une seule assertion, et dont la vérité n'implique pas du tout la vérité des propositions simfdes qui les compo^ent. C'est ce qui a lieu lorsque les propositions simples sonl reliées par la particule ou, comme ; Ou A est B ou C est l) ; ou par la particule si, comme : A est B si C est D. Dans le premier cas, la proposition est appelée disjonctive, dans le second coiulitionnclle. Ces deux classes étaient anciennement comprises sous le titre commun iVh/pnihétiques. Ainsi que l'ont remarqué l'archevêciue Wbately et d'autres; la forme disjonctive est réductible à la condition^ nelle, une proposition disjonctive étant équivalente à plusieurs conditionnelles. « Ou A est B ou C est D » signifie « Si A n'est pas B, C est D ; et si C n'est pas D, A est B. » Toutes les propositions hypothétiques, donc, quoique disjonctives par la forme, sont conditionnelles par le sens; et les mots Hypothétique et Conditionnel peuvent être, ainsi qu'ils le sont d'ailleurs généralement, employés comme synonymes. Les propositions dans lesquelles l'asserlion ne dépend pas d'une condition sont appelées catégoriques par les logiciens.
Une proposition hypothétique n'est pas, comme les prétendues propositions complexes, une pure agrégation de propos lions simples. Les propositions simples qui font partie des termes dans lesquels elle est énoncée, ne font pas partie de l'assertion qu'elle exprime. Lorsqu'on dit: « Si le Koran vient de Dieu, Mahomet est le 4)rophète de Dieu, » on n'entend pas affirmer que le Koran vient de Dieu ni que Mahomet est
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le prophète de Dieu. L'ure et Fautre des propositions simples peut être fausse et la pix)positîon hypothétique être incontestablement vraie. Ce qui est énoncé, ce n'est pas la vérité de ces proposition?, mais la pc^ssibiiiléd'inférence de l'une à Taulre. Quel est donc le sujet, quel est le prédicat de la proposition hypothétique? « Le Koran » n'en est pas le sujet, ni non plus « Mahomet », car il n'y est rien affirmé ou nié ni du Koran ni de Mahomet. Le sujet réel de prédication est la proposition entière : a Mahomet est le prophète de Dieu ^ et l'affirmation est que c'est là une inféronce légitime delà proposition : ^c Le Koran vient de Dieu. » Le sujet et le prédicat d'une proposition hypothétique sont donc dos noms de propositions. Le sujet est une proposition; le prédicat est un nom général relatif, applicable à des propositions. Et ceci fournit même un nouvel exemple à l'appui de la remarque déjà faite que les particules sont des abréviations ; puisque « Si A est B, C est D » se trouve être une abréviation de cette assertion : « la proposition C est D est une inférence légitime de la proposition A est B. d
La ditférence entre les propositions catégoriques et les hypothéliiiues n'est donc pas aussi grande qu'elle le paraît d'abord. Dans la forme hypothétique, comme dans la forme catégorique, un seul prédicat est affirmé d'un seul sujet; mais une proposition conditionnelle est une proportion concernant une proposition ; le sujet de l'assertion est lui môme une assertion. Et ce n'est pas là même une propriété exclusive des propositions hypothétiques. Il y a encore d'autres classes d'assertions portant sur des propositions. Une proposition, comme tant d'autres choses, possède des attributs qui peuvent lui être appliqués. L'attribut affiirmé d'une proposition hypothéti^iue est qu'elle est une inférence d'une autre proposition ; mais cet attribut n'est qu'un de ceux, en grand nombre, qui pourraient être énoncés. On peut dire : « Le tout est plus grand que la partie, est un axiome en nialliématiques; » « Le Saint-Esprit procède du Père seul est un dogme de l'Église Grecque ; » (( la doctrine du droit divin des Rois a été rejetée par le Parlement à l'époque de b
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Révolulion; » a Tlnfaillibilité du Pnpe n'a aucun fondement dans rÉcriture. » Dans tous ces cas, le sujet de raffîrmation est une proposition entière, et tous les prédicats se rapportent à ces diverses propositions: a Le tout est plus grand que la partie » « Le Saint Esprit procède du Père seul >» <l Les Rois ont un droit divin >> « Le pape est infaillible. »
Ayant ainsi reconnu qu'il y a entre les propositions hypothétiques et toutes les autres bien moins de diffénnce qu'on ne rimaginerait d'après leur forme, on ne saurait trop comment expliquer le haut rang qu'elles occupent dans les traités de logique, si on ne se souvenait que ce qu'elles affirment d'une proposition, savoir, qu'elle est une inférence de quelque chose autre, est précisément celui de ses attributs qui, plus que tous les autres, intéresse le logicien.
§ 4. — Une autre des divisions ordinaires des propositions est celle qui les classe en Universelles, Particulières, Indéfmies et Singulières ; distinctions fondées sur le degré de généralité dans lequel le nom, sujet de la proposition, doit être entendu. En voici des exemples:
Tous les hommes sont mortels.
Quelques hommes sont mortels.
L'homme est mortel
Jules César est mortel . . . .
Universelle, Particulière. Indéfmie.
Singulière.
La proposition est singulière lorsque le sujet est un nom individuel. Il n'est pas nécessaire que le nom individuel soit un nom propre, a Le Fondateur du christianisme fut crucifié, » est aussi bien une proposition singulière que « le
Christ fut crucifié. i>
Lorsque le nom, sujet de la proposition, est un nom général, on peut entendre affirmer ou nier le prédicat, soit de toutes les choses que ce sujet dénote, soit seulement de quelques-unes. Lorsque le prédicat est affirmé ou nié de toutes et chacune des choses dénotées par le sujet, la proposition est universelle, lorsque de quelques-unes seulement, elle est particulière. Ainsi : Tous les hommes sont mortels, Chaque
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homme est mortel, sont des propositions universelles. Nul homme n'est immortel est aussi une proposition universelle, puisque le prédicat Immortel est nié de tout individu dénoté par le terme Homme ; la proposition négative étant exactement équivalente à celle-ci : Tout homme est non immortel. Mais « Quelques hommes sont sages, » a Quelques hommes ne sont pas sages, » sont des propositions particulières ; le prédicat Sage étant dans un cas affirmé, dans l'autre cas nié non de tous les individus dénotés par le terme homme, mais seulement d'une portion quelconque de ces individus, sans spécifier quelle portion ; car si cette portion était déterminée, la proposition serait changée en Singulière, ou en Universelle avec un sujet dillerent, par exemple, « Tous les hommes convenablement élevés sont sages. » Il y a encore d'autres formes de propositions particulières, comme: (L La plupart des hommes sont imparfaitement élevés; » le degré d'étendue de la portion du sujet à laquelle se rapporte le prédicat étant indifférente , tant qu'il demeure incertain comment cette portion doit être distinguée du
restant.
Lorsque la forme d'expression ne montre pas clairement si le nom général, sujet de la proposition, doit s'entendre de tous les individus qu'il dénote ou seulement de quelquesuns, la proposition est appelée Indéfinie par quelques logiciens-, mais c'est là, comme le remarque rarchevêque Whately, un solécisme analogue à celui des grammairiens qui mettent sur leur liste des genres le genre douteux. Celui qui parle peut entendre énoncer une proposition universelle ou une particulière, quoiqu'il ait négligé de déclarer précisément laquelle ; et il arrive souvent que, les mots dont il se sert ne la précisant pas, le sens du discours ou l'habitude du langage y suppléent. Ainsi, quand on dit que « l'Homme est mortel, » personne ne doute que l'assertion doit s'entendre de tous les êtres humains ; et le mot indicatif de l'universalité n'est communément omis que parce que le sens du discours est évident bans cela. Dans la proposition « Le vin est bon, » on comprend tout aussi vite, quoique par
y4 DES NOMS ET DES PROPOSITIONS.
(l'aulres raisons, que l'asserlion ne doit pas .-ire prise universellement, mais particulièremenl (1).
Quand un nom général vaul pour tous et cliacun des individus dont il est le nom, ou, en d'autres termes, qu'il dénoie, les logiciens disent qu'il est distribué ou pris distributivement!' Ainsi dans la proposition « Tous les hommes s.-.nt mortels, » le sujet Homme est distribué, parce que la mortalité est alTirniée de tout et de chaque homme. Le prédicat Mortel n'est pas distribué, parce que les seuls mortels dont il est parlé dans 'a proposition sont ceux qui se trouvent être des hommes; tandis que ce terme peut comprendre, et comprend en effet, un nombre indélini d'êtres outre les hommes. Dans la proposition a Quelques hommes sont mortels, ). le sujet et le prédic-t sont tous deux non-distnbues. Dan« celle-ci « Nuls hommes n'ont des ailes, » le sujet et le prédicat sont tous deux distribués. Non-seulement l'attribut
d'avoir des ailes est nié de la classe entière des hommes, mais celte classe est séparée et exclue de la classe tout entière des choses ailées, et pas d'une partie seulement de
rplt6 cltlSSG.
Celte terminologie, très-utile pour l'exposition et, la démonstration des règles du syllogisme, nous met en étal de définir avec concision les propositions universelles et particulières. L'Universelle est celle dont le sujet est distribue ; la Particulière esl celle dont le sujet n'est pas distribué.
Il y a entre les propositions beaucoup d'autres distinctions que celles dont il vient d'être parlé, et quelques-unes sont fort im[)ortantes; mais nous trouverons plus tard des occasions meilleures d'en faire l'exposition et l'explicalion.
(1) Elle peut, cepondant, êire considérée comme équivalente à une universelle avec un prédicat différent, par exemple, « Tout vin esl bon. qu(X vin, »» c'esl-à dire « est bon eu égaid aux qualités qui le font êlre du vin. »