DE L'INDUCTION EN GÉNÉRAL
qu'on peut atteindre plus aisément. Ainsi, la distance de la lune à la terre a été déterminée par une voie Irès-délournée. L'observation directe n'a fourni pour cette détermination que la constatation, au môme instant, des distances zénithales de la lune vue de deux points de la surface de la terre très-distants. Ces distances ani^ulaires fixées, leurs suppléments l'étaient aussi, et puisque l'angle au centre de la terre sous-tendu par la distance entre les deux lieux d'observation était déductible, parla trigonométrie sphérique, de la latitude et longitude de ces lieux, l'angle à la lune sous-tendu par la même ligne devenait le quatrième angle d'un quadrilatère dont les trois autres angles étaient connus. Les quatre angles étant ainsi déterminés, et deux côtés du quadrilatère étant des rayons de la terre, les deux côtés restants et la diagonale, ou, en d'autres termes, la distance de la lune aux deux lieux d'observation et au centre de la terre, pouvaient être fixés par des théorèmes de géométrie élémentaire. A chaque pas de cette démonstration, nous faisons une nouvelle induction représentée, dans l'ensemble de ses résultats, par une proposition générale.
Non-seulement le procédé par lequel un fait astronomique est ainsi constaté est exactement le même que celui par lequel cette science établit ses vérités générales , mais on aurait pu, tout aussi bien, au lieu d'un fait particulier, conclure une proposition générale (comme c'est le cas, avonsnous vu, de tout raisonnement légitime). Même, à strictement parler, le résultat du raisonnement est ici une proposition générale ; c'est un théorème sur la distance, non de la lune en particulier, mais d'un objet inaccessible quelconque, montrant le rapport de cette distance avec d'autres quantités. Et, quoique la lune soit presque le seul des corps célestes dont la distance à la terre puisse être réellement déterminée de cette manière, c'est par des circonstances tout accidentelles que les autres corps célestes n'offrent pas les données requises pour l'application du théorème, car le théorème est aussi vrai de ces astres qu'il l'est de la lune (1).
(1) Le docteur Wheweli pense qu'il ne convient pas Ue donner le nom
Nous pourrons donc, sans crainte d'erreur, en traitant de l'induction, borner notre attention à l'établissement des propositions générales. Les principes et règles de l'induction, en tant qu'instituée à cette fin, sont les principes et les règles de toute induction ; et la logique de la Science est la
d'Induction à une opération qui n'aboutit pas à l'établissement d'une vérité générale. « L'induction, dit-il {Philosophie de la découverte^ p. 245), n'est pas la même chose que l'expérience et l'observation. L'induction est l'expérience ou l'observation sciemment considérées sous une forme générale. Cette vue consciente et cette généralité sont des éléments essentiels de la connaissance qui est Science. » Et il critique (p. 2/H) la manière dont le mot Induction est entendu dans cet ouvrage, induement étendu qu'il serait « non-seulement aux cas dans lesquels l'induction générale est sciemment appliquée à un exemple particulier, mais encore aux cas dans lesquels l'exemple particulier est fourni par l'expérience entendue au sens grossier dans lequel on peut l'attribuer aux brutes, et qui, certainement, ne permet pas d'imaginer que la loi y soit dégagée et comprise comme proposition générale. » Par cet usage du terme , dit M. Wheweli, « on confond la connaissance avec les tendances pratiques ».
Je repousse aussi fortement que le docteur Wheweli l'application des mots Induction, Inférence, Raisonnement à des actes de pur instinct et d'impulsion animale, sans intervention de rintelligence. Mais je ne vois aucune raison de restreindre l'emploi de ces termes aux cas dans lesquels rinférence a lieu dans les formes et avec les précautions requises pour la rigueur scientifique. Sans doute, la connaissance expresse, distincte et rélléchie des lois générales, comme telles, est essentielle à l'idée de Science ; mais, dans le cours de la vie, elle manque dans les neuf dixièmes des conclusions tirées de l'expérience, qui sont des inférences de cas connus à un cas supposé semblable. J'ai cherché à montrer que c'est là une opération aussi légitime et la même, en substance, que celle de s'élever des cas connus à une proposition générale ; ce dernier procédé offrant d'ailleurs pour la correction une sécurité que l'autre n'a pas. Dans la Science, l'inférence doit nécessairement passer par l'étape intermédiaire d'une proposition générale, parce que la Science a besoin de ses conclusions pour Mémorandum et non pour une application immédiate. Mais les inférences propres à diriger la pratique, tirées par des personnes incapables le plus souvent d'exprimer en termes exacts la généralisation correspondante, peuvent révéler et révèlent souvent une vigueur intellectuelle égale à celle qu'on a déployée dans la science; et si ces inférences ne sont pas inductives, que sont-elles donc? La limitation imposée au terme par le docteur Whewel semble entièrement arbitraire ; elle n'est ni justifiée par la distinction fondamentale entre ce qu'il admet et ce qu'il veut en exclure, ni sanctionnée par l'usage^ du moins depuis Reid et Stewart, qui sont les principaux législateurs (pour la langue anglaise) de la terminologie métaphysique moderne.
324 t>Ë L'iNDUCÎIôN.
Logique universelle, applicable à toutes les recherches possibles.